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Affronter l’endométriose par des changements alimentaires : nutrithérapie et espoir selon Fabien Piasco

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Temps de lecture estimé : 11 minutes

Diététicien nutritionniste, diplômé d’un Master en nutrition et de diplômes complémentaires, Fabien Piasco voue ses travaux, ses livres et ses consultations à la nutrithérapie. Qu’est ce que la nutrithérapie ? C’est le fait de ne plus subir les effets nocifs de l’alimentation moderne d’une part mais aussi d’utiliser ce que nous mangeons comme la meilleure arme contre les baisses de régime ou les maladies ! Dans mon cas précis, je suis atteinte d’endométriose interne (adénomyose) – maladie gynécologique touchant aujourd’hui 1 femme sur 10. Cette pathologie n’est malheureusement pas du tout rare et très influencée par les perturbateurs endocriniens de notre alimentation et de notre environnement. Mon mode de vie étant malgré tout sain, j’ai voulu en savoir plus pour moins voire ne plus subir les dérives écologiques de notre monde et effectuer les changements nécessaires.

Cet interview de Fabien Piasco met en lumière plusieurs sujets spécifiques à l’endométriose mais aussi à l’impact de ce que nous mangeons, qui que nous soyons. Des conseils utile à tous ceux qui veulent être acteurs de leur santé sans passer à côté des changements inéluctables de notre société.

Entre obésité, gâchis et crainte alimentaire : notre société actuelle a-t-elle un rapport pathologique à l’alimentation ?

Question Hotsteppers : les perturbateurs endocriniens

Dans l’endométriose, il est question de nombreux facteurs, génétiques et environnementaux mais le sujet des perturbateurs endocriniens revient à chaque fois. Qu’est-ce qu’un perturbateur endocrinien en quelques mots ? Pensez-vous que l’industrie alimentaire en 2019 soit plus toxique qu’il y a 50 ans et plus….”perturbante” pour le corps ?

Réponse de Fabien Piasco : « les aliments sont de plus en plus toxiques »

Les perturbateurs endocriniens sont des substances étrangères au corps et qui miment nos propres hormones. Elles sont généralement issues des industries, donc produites par l’homme. Le gros problème est que les perturbateurs endocriniens, comme les dioxines, les BCP, certains pesticides, sont des polluants organiques persistants.

Ils restent donc présents dans les sols, les nappes phréatiques, et ne disparaissent pas.

Ainsi l’environnement est de plus en plus pollué.

C’est en ça que les aliments sont plus toxiques, car l’environnement l’est de plus en plus, par accumulation.

Question Hotsteppers : ne sommes-nous pas omnivores ?

Le médecin Jean Michel Lecerf qui travaille à l’Institut Pasteur de Lille prend souvent position pour l’omnivorisme et contre le sectarisme alimentaire. Il met le doigt sur le besoin croissant d’un certain nombre de personnes à se rallier à des styles alimentaires pour asseoir une forme d’identité. Leur approche serait anxiogène. Pourtant, manger devrait avant tout être source de plaisir, de partage, de sensations, de souvenirs mêmes. Qu’en pensez-vous ? Allons-nous trop loin dans nos précautions alimentaires ? Y-a t-il des raisons selon vous de se méfier de l’alimentation moderne même si l’on n’a aucune pathologie ou gêne ?

Réponse de Fabien Piasco : il faut parfois accepter d’opérer de gros changements alimentaires

J’ai pu voir dans ma pratique des personnes atteintes de pathologies très lourdes totalement transformées avec des alimentations spéciales qualifiées de « régimes restrictifs »…

Soyons clair, les maladies des pays occidentaux sont en grande partie dues…à l’alimentation !

Bien sûr il y a d’autres facteurs comme la sédentarité, mais l’alimentation joue un rôle majeur.

On pourrait d’ailleurs parler de plusieurs nutritions :

  • l’approche conservatrice, non restrictive, pour ne surtout pas toucher aux traditions, ou risquer de gêner le plaisir (argument très discutable), également sous l’influence des lobbies de l’agro-alimentaire…
  • et puis la nutrition du futur, celle issue de la médecine fonctionnelle et nutritionnelle. Cette dernière repose sur des découvertes récentes. On cherche à traiter le problème à la racine.

Il faut donc parfois opérer de gros changements alimentaires.

Et croyez-moi, une personne qui souffre aura bien plus de plaisir justement à ne plus souffrir plutôt qu’à « savourer » des aliments industriels, ou même « traditionnels « .

J’ai pu voir dans ma pratique des personnes atteintes de pathologies très lourdes transformées avec des alimentations spéciales, qualifiées de régimes retsrictifs.

petit déjeuner sans gluten antioxydant
Exit le pain, beurre et café au lait : place à l’avoine, aux granolas nümorning et aux boissons antioxydantes !

Question Hotsteppers : doit-on faire attention quand on n’est pas « malade » ?

Pensez-vous que l’alimentation (mais aussi les produits d’entretien, cosmétiques, les packagings en plastique, etc.) de notre époque soient plus délétères pour les femmes sujettes à l’endométriose ou pour tout le monde ?

Réponse de Fabien Piasco : il faut parfois accepter d’opérer de gros changements alimentaires

Les aliments pollués par du bisphénol, des phtalates, dioxines, pesticides sont délétères pour tout le monde.

L’exposition via les cosmétiques et les produits d’entretien est aussi un problème. Pour la femme atteinte d’endométriose ces substances jouent probablement comme un facteur important. Sans pouvoir affirmer le lien de causalité, une récente méta-analyse de 17 études montre clairement un lien statistique entre dioxines, PCB, organochlorés et endométriose.

Des études ont aussi révélé des faits inquiétants au sujet de deux plastifiants : bisphénols et phtalates.

Présents à de hautes concentrations dans le sang de femmes atteintes d’endométriose, ils sont indétectables dans le sang de celles qui n’ont pas la maladie…

Recommandations nutritionnelles spécifiques à l’endométriose

Question Hotsteppers : quel serait le Top 10 des recommandations nutritionnelles à suivre pour une femme atteinte d’endométriose ?

Votre livre est une mine de détails, d’explications et de références spécifiquement adressées aux femmes souffrant d’endométriose, à leur entourage, ou aux professionnels de santé qui veulent élargir leur spectre de connaissances. Quel serait selon vous le “Top 10” des recommandations les plus récentes à suivre pour améliorer sa condition générale grâce à l’alimentation, dans le cadre d’une endométriose ?

Réponse de Fabien Piasco : 10 conseils alimentaires à suivre pour affronter l’endométriose et améliorer sa santé

Avoir une alimentation très majoritairement végétale

Le but est de moins s’exposer aux polluants organiques persistants (POPs), dont la bio accumulation est plus importante dans les animaux, et particulièrement dans leur graisse.

Manger bio

Dans la mesure du possible, toujours pour ne pas trop s’exposer aux perturbateurs endocriniens (ici les organochlorés).

Eviter le plastique

Contenants, film étirable, cannettes et conserves métalliques, poêles au revêtement anti-adhésif à base de PFOA.

Toutes ces choses agissent comme des xéno-estrogènes, des perturbateurs endocriniens de type œstrogénique.

Eviter les aliments industriels

Aliments ultra-transformés, produits raffinés et sucres simples ajoutés. En effet l’hyperglycémie entraîne un stress oxydatif et engendre de l’inflammation (tous deux facteurs de progression de la maladie).

Miser sur les antioxydants

Fruits et légumes colorés, certaines épices également.

Il y a certains « aliments vedettes » : agrumes, myrtilles, olives noires à la Grecque, thé vert déthéiné bio, curcuma, cannelle de Ceylan ou de Madagascar, gingembre, romarin…

Toutes les explications et les justifications scientifiques (études) sont dans le livre.

Prêter attention aux oméga-3

Il faut bien veiller aux apports en oméga-3 EPA et DHA que l’on trouve dans les petits poissons gras et les œufs de filière oméga-3 (poules nourries aux graines de lin).

En effet ce type d’acide gras est précurseur de molécules anti-inflammatoires (prostaglandines de type 3, résolvines et marésines), et sont aussi des compétiteurs des oméga-6 (acide arachidonique) et des molécules inflammatoires qui peuvent en découler.

Les oméga-3 d’origine végétale sont aussi important mais dans une moindre mesure. Faiblement convertis en formes actives ils sont néanmoins les compétiteurs des oméga-6 d’origine végétale (eux aussi inflammatoires).

On privilégiera donc les huiles de colza et cameline et on évitera celles de tournesol et pépins de raisin.

Peu ou pas d’alcool

On évite l’alcool, et ce pour trois raisons !

  • Il est associé à une augmentation du risque d’endométriose,
  • il élève le taux d’œstrogènes circulants,
  • et il détériore la muqueuse intestinale en favorisant l’hyperperméabilité (elle-même vectrice d’inflammation).

Mollo sur le café

Même si les preuves ne sont pas formelles à ce sujet, le café et la caféine élèvent le taux d’œstrogènes circulants, irritent les intestins (acrylamide issu de la torréfaction) et sont associés à des problèmes de fertilité (une des complications de l’endométriose).

Tester le sans gluten vaut le coup

Une étude a montré que trois femmes atteintes d’endométriose sur quatre voient leurs douleurs diminuer de façon drastique avec un tel régime !

Après avoir réalisé un test sanguin pour vérifier s’il n’y pas la maladie cœliaque, essayer un régime sans gluten.

Faire le test avant est important car commencer à manger sans gluten pourrait le fausser.

Mais pourquoi quand même manger sans gluten si le test est négatif ?

Tout simplement car on peut être sensible au gluten non cœliaque. Une étude a montré que trois femmes atteintes d’endométriose sur quatre voient leurs douleurs diminuer de façon drastique avec un tel régime !

Bien conduite une alimentation sans gluten ne présente aucun danger pour la santé.

Les produits laitiers sont eux aussi souvent arrêtés. Il n’y a pas de preuve dans ce sens pour l’endométriose, mais si la personne présente une intolérance au lactose et/ou une hypersensibilité immunitaire à a caséine, alors l’éviction peut considérablement soulager !

A noter que les produits laitiers constituent le vecteur numéro 1 de dioxines dans l’alimentation humaine, et qu’ils contiennent de vraies hormones (+ d’autres éléments non favorables expliqués dans le livre).

Essayer une alimentation pauvre en FODMAPS

Si atteinte digestive, syndrome de l’intestin irritable associé à l’endométriose (ce qui est courant), essayer une diète pauvre en FODMAPs.

Il s’agit d’un acronyme en anglais pour « Fermentable Oligosides, Disaccharides, Monosaccharides And Polyols ».

En gros ce sont des sucres non digérés qui vont fermenter dans l’intestin, créant des ballonnements, des distensions, de l’inconfort, voire des douleurs.

Il faut consommer des aliments pauvres en FODMAPs pendant 4 semaines puis réintroduire les aliments écartés un par un, en doses progressives, jusqu’à trouver le seuil de tolérance.

Recommandations nutritionnelles pour TOUS

Les femmes souffrant d’endométriose peuvent halluciner en voyant la quantité d’habitudes alimentaires à moduler voire transformer dans leur vie ! Si les résultats sont là et que leur qualité de vie augmente, elles n’auront bien entendu pas envie de revenir en arrière et seront prêtes à faire les efforts nécessaires. Pourtant, je reste persuadée qu’il ne faut pas attendre d’être malade ou d’avoir un coup dur pour prendre soin de soi.

J’ai voulu creuser le sujet avec ces quelques questions à Fabien Piasco.

Question Hotsteppers : le régime anti-inflammatoire n’est-il bénéfique qu’aux personnes malades ?

Quelles autres pathologies ou gênes peuvent bénéficier d’un régime anti-endométriose ou d’une bonne partie des recommandations de ce régime alimentaire ?

Réponse de Fabien Piasco : une alimentation bénéfique à toutes les situations inflammatoires

Ce type d’alimentation peut profiter à tout individu atteint d’une maladie inflammatoire (arthrose, arthrite, etc.). La version la plus aboutie, qui ressemble au régime Seignalet, peut considérablement améliorer les maladies auto-immunes (diminution de la perméabilité intestinale, des réactions immunitaires et inflammatoires).

L’alimentation pauvre en FODMAPs est aussi en effet utilisée pour soulager les personnes atteintes du syndrome de l’intestin irritable.

Question Hotsteppers : un conseil pour tous ?

Quels conseils donneriez vous aussi bien aux femmes souffrant d’endométriose qu’aux personnes (hommes et femmes) n’ayant pas de pathologie diagnostiquées, pour des pures raisons de santé voire de mieux etre ?

Réponse de Fabien Piasco : oméga 3, oméga 3, oméga 3 !

Le conseil que je donnerais à tous est de bien veiller au ratio oméga-6/oméga-3. En effet l’équilibre entre ces deux types d’acide gras est crucial pour la gestion de l’inflammation et de nombreuses fonctions biologiques dans l’organisme.

smoothie antioxydant sans lactose fruits rouges
Smoothie antioxydant à base de boisson végétale à l »avoine ou à l’amande, de banane et de fruits rouges (surgelés).

Question Hotsteppers : votre livre en est à sa 3ème ré-édition, où en sommes nous ?

Que peut-on trouver de plus dans la 3ème réédition de votre livre par rapport à la 2ème ?

Réponse de Fabien Piasco : de nouvelles études et découvertes

Le livre a tout simplement été remis à jour et complété plusieurs fois. De nouveaux éléments (plus d’explications, nouvelles études) ont été rajoutés faisant passer le livre de 192 pages pour la première édition, à 224 pour la deuxième et 272 pour la troisième.

  • Dans la deuxième édition j’avais rajouté des fiches pratiques en annexes, qui ont été étoffées et multipliées dans la troisième.
  • Le chapitre questions/réponses a lui aussi évolué au fil du temps, puisque toutes les questions sont bien réelles et m’ont été posées. Les réponses pourront ainsi servir à toutes les femmes.
  • Enfin, dans la dernière édition j’ai rajouté un chapitre dédié aux témoignages. Ils sont vraiment importants pour motiver les nouvelles lectrices et sont source d’inspiration et d’espoir.

Question Hotsteppers : avancées ou stagnation sur le sujet endométriose/alimentation ?

Trouvez vous que les recherches avancent plus vite sur le sujet et que les choses bougent actuellement ?

Réponse de Fabien Piasco : surtout du côté des compléments alimentaires

Les choses bougent un peu plus pour l’endométriose d’une manière générale, mais il y a encore beaucoup de travail !

Côté nutrition quelques études sortent régulièrement, ce qui est déjà bien.

C’est en réalité du côté des compléments alimentaires où il y a de plus en plus de recherches. C’est une bonne chose car les substances naturelles (vitamines, minéraux, antioxydants divers comme les polyphénols, acides gras, plantes, etc.) sont réellement intéressantes dans le traitement de l’endométriose, pour s’attaquer à la racine du problème : l’inflammation et le stress oxydatif.

Question Hotsteppers : vos projets pour la suite ?

Quels sont vos projets pour les années à venir ? Comment aimeriez vous continuer de vous investir sur le sujet de l’endométriose et de la nutrithérapie en général ?

Réponse de Fabien Piasco : de nouveaux livres et la création d’un complément alimentaire

Je projette d’écrire d’autres livres. Je suis déjà très impliqué dans le domaine de l’endométriose et je le serai surement encore plus dans le futur !

Au sujet de la nutrithérapie pour l’endométriose : j’avais créé le produit Endoway, complément alimentaire à visée anti-inflammatoire, antioxydante et détox des œstrogènes.

Nous allons perfectionner le produit dans le futur afin de le rendre encore plus efficace.

La micro-nutrition n’est vraiment pas qu’une mode inutile comme pourraient le penser certains. Au contraire c’est une approche naturelle et souvent très efficace pour traiter toutes sortes de problèmes de santé. Il y a énormément de ressources dans ce domaine pour l’endométriose !

Mot de la fin, mot d’espoir ?

Je dirais à toutes ces femmes et aux personnes souffrant de pathologies inflammatoires d’essayer le chemin de l’alimentation, car il n’y a rien à perdre, mais au contraire tout à gagner. Ne pas s’orienter vers les solutions naturelles (dont la nutrition) qu’en dernier recours, mais dès le début ! 

Je les invite à lire le dernier chapitre du livre (3ème édition) sur les témoignages de femmes ayant eu recours à la micro-nutrition dans le cadre de leur pathologie ; elles seront convaincues j’en suis sûr !

Les travaux de Fabien Piasco se veulent sérieux, utiles, désintéressés de profit commercial et positifs. Ils ont pour vocation de redonner de l’espoir à toutes les femmes atteintes d’endométriose de façon très concrète et pragmatique, mais surtout : documentée. Ils nous incitent plus globalement, hommes et femmes, atteint d’une pathologie ou non, à repenser notre assiette pour employer l’alimentation telle une alliée et non une source de dangers.

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Marie
Créatrice et blogueuse sport - nutrition - bien-être. Après des études d'ingénieur bio (France) et un MBA en marketing (Canada), j'ai vécu une expérience de 18 mois dans l'armée de l'air. Ultra curieuse et pour la diversité, j'ai créé le support Hotsteppers ainsi qu'une association de training du même nom pour inciter à bouger, manger et vivre mieux, peu importe son niveau ou son âge ! Freinée en pleine quête de performance par une adénomyose (forme d'endométriose), j'ai dû et continue de repenser ma passion et pratique sportives tout en explorant sans arrêt de nouvelles pistes de santé et bien être. Après avoir travaillé 5 ans pour des marques de sport, je me suis lancée en tant qu'indépendante début 2019 dans le conseil éditorial et social media. Matière vivante, Hotsteppers est un support sans filtres, mouvant, au gré de ma vie et de mes aventures.

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