Les fêtes sont imminentes, c’est une période à la fois d’agitation : il faut trouver des cadeaux, préparer des repas de famille et surtout « être dans l’esprit de Noël » mais aussi propice au repos, au calme. Ces deux derniers étant même indispensables compte tenu de la période de l’année, probablement la plus difficile de par sa faible luminosité, son humidité, ses températures peu agréables et ses joyeux virus offerts à qui veut ! Je prends pour ma part le temps de ne rien « faire », ce qui est rare puisque mes vacances sont généralement réservées à des voyages, des projets en tous genres, à de l’activité quoi. Cette année c’est difficile. J’en profite pour revenir alors enfin un peu plus précisément sur cette étrange expérience de vie qui m’est « tombée dessus » depuis cet été. Le genre d’événement qui perturbe vos plans, votre routine bien huilée, votre image de vous-même, vos objectifs, vos certitudes, vos espoirs même et qui vous contraint de changer de regard sur beaucoup de choses, alors même que « les autres » persévèrent dans leur élan habituel. Que se passe-t-il quand le contrôle que nous aimons avoir sur notre corps : « mange ça », « ne mange pas ça », « ce soir tu vas faire des tours de piste », « aujourd’hui tu pars pour une sortie longue », « là c’est crossfit », ne fonctionne plus ? Que se passe-t-il quand ce corps vous dit « non » et ne vous donne plus le choix ? Que se passe-t-il quand vous êtes enfin obligé(e) de l’écouter, sans doutes à défaut de l’avoir fait avant ? On ne mesure jamais assez sa chance quand tout est sous contrôle, et pourtant…quand on le perd, il semble qu’on apprend.

Le dos, le mal du siècle

Des douleurs lombaires ? Classique. J’en ai connu régulièrement, qui ne duraient pas longtemps. Un coup de médocs et hop, fini la douleur ! Il m’est même arrivé de me présenter au départ de courses avec de vives inflammations, en particulier le jour du semi de Paris 2013 le seul semi de Paris que j’aie jamais couru d’ailleurs. C’était le 2ème semi de ma vie après l’expérience grisante du semi de Barcelone où je visais 2h et avais fini en 1h53 sans douleur. Cette fois, avec un mal de dos criant dès le début et sur un parcours plutôt moins roulant que Barcelone, j’avais réussi à franchir le finish en 1h54. Fière sur le coup mais quelle absurdité avec le recul. Il faut vraiment être sacrément pourri gâté avec un corps qui répond au doigt et à l’œil un peu trop facilement pour ne pas l’écouter à ce point. Quelle idée de faire une course dans la douleur…. Quel sens ? Avoir réussi à courir en ayant mal, et alors ? S’il vous plait, si quelqu’un un jour vous dit qu’il a fini « dans les temps » alors que pourtant, il avait « hyper mal », je ne suis pas sûre qu’il faille le/la féliciter. Ce genre de plaisir dans la douleur auquel s’abonnent de trop nombreux runners n’encourage personne à être raisonnable. Pour renoncer à un départ de course par précaution, il faut aujourd’hui avoir de sacrées c*******. C’est dommage.

Strapper un athlète de haut niveau qui s’est fait une entorse 3 semaines avant une compétition décisive : ok. Bien que de récents témoignages de médecins du sport œuvrant auprès de champions m’aient démontré à quel point ces champions souffraient à l’arrêt de leur carrière, bien souvent délaissés par un corps médical focalisé sur les performers seulement. Sauf que pour ces athlètes, il s’agit de leur objectif de vie, de leur métier. L’athlète de haut niveau a une vie difficile, bien au-delà des quelques bling bling de médailles et des courses à sensations que leur public recherche. Leurs sacrifices et leur solitude dépasse souvent ce que l’on est prêt à imaginer. La souffrance fait partie intégrante de leur quotidien. Mais il s’agit là d’athlètes de haut niveau qui usent leur corps bien plus vite que la moyenne, tout simplement parce qu’ils n’accepteraient jamais de vivre leur vie autrement. Un médecin de l’INSEP lors d’une conférence disait un jour « le sport de haut niveau n’est pas bon pour la santé, nous, les médecins, sommes là pour accompagner les athlètes qui de toutes manières iront au bout de leur passion et pour limiter les dégâts causés par leur sport ». Le dépassement de soi et la recherche de sensations assez orgeuilleuse, au-delà des signaux du corps, quand on n’est autre (en ce qui me concerne) qu’une petite nana qui kiffe le sport, ne doit pas devenir absurde. Or, cet été, la petite douleur de 3 jours habituelle s’est transformée en immense douleur de…6 mois, et encore, je ne suis pas sortie d’affaire.

J’ai au début attendu, continué d’aller travailler et puis j’ai craqué. Arrêt de travail, IRM. Bilan : hernie discale L5/S1 avec une vive inflammation. Une batterie de médecins a suivi. Aujourd’hui, je suis une consommatrice assidue d’anti-inflammatoires, d’anti-douleurs. Je porte un corset fait sur mesure, jour et nuit…soit-disant pour 3 mois, mais…/je doute. Je sens que je n’ai absolument aucun contrôle sur la situation. Je suis privée de sport sans aucune exception si ce n’est de la marche en piscine et encore, à la moindre douleur je dois tout arrêter. Je dois donc patienter, ne pas céder à la tentation de l’effort (de toutes manières avec des douleurs pareilles on a vite fait de capituler…) et attendre sans savoir quand tout cela guérira. Le processus inflammatoire est plus intense chez les jeunes que chez les personnes plus âgées. Sportive, jeune, active et « courageuse » d’après mon médecin ; les attributs les plus propices au mal de dos semble-t-il.

Dites-moi quelle est votre fragilité, je vous dirai qui vous êtes

« Il y en a dont la fragilité est cardiaque, pour d’autres c’est l’estomac, vous c’est le dos. » rajouta ce même médecin. Tu m’étonnes. Ma chère maman ayant exactement ou presque le même souci, il semblerait que la fragilité familiale soit belle et bien localisée dans le bas du dos. On a le feu aux fesses chez les Gaymard 😉 Mouais. Bon. Et on essaie de ne pas trop perdre son humour parce que croyez-moi que dans ce genre de passage il faut réinventer sa vie à tous les niveaux !

Alors dans ce type d’expériences de vie dont on se passerait bien, il y a plusieurs phases : la phase du combat « non je n’ai pas mal, non je n’ai pas envie d’avoir mal, non il n’y aucune raison que MOI j’aie mal parce que MOI d’habitude j’ai jamais mal… ». Bon. Et puis suit la phase de tristesse « j’aurai mal toute ma vie, de toutes manières je guérirai jamais, de toutes manières je suis faite pour avoir mal, le sport c’est fini, je vieillis avant l’heure, j’ai plus le droit aux endorphines, … ». Bien. Resurgit une phase de combat pas très philanthrope: « je déteste tous ceux qui font du sport, je déteste tous ceux qui courent, je voudrais que tout le monde ait une hernie discale », qui s’édulcore un peu avec le temps et se limite à des « pfffff, la chance » à chaque fois qu’un runner apparait sur le bord de la route, fort de sa belle foulée et de son corps frais et dispos (a priori…). Parfois il y a la phase angélique « j’accepte, je le vis bien, j’ai confiance… » mais celle-là n’est pas très coriace ! Promis je travaille à la faire durer et perdurer. Groumph.

Les autres, et moi et moi et moi ?

Je rentre d’une semaine à la Plagne où champions et partenaires, sponsors, ont passé leurs journées à faire du sport et leurs soirées sur le dancefloor. Je vous garantis que lorsque l’on ne peut prendre part à la fête, il faut de sacrées doses d’humilité pour avaler toutes ces couleuvres….et l’humilité, c’est comme la patience, c’est une qualité que mes parents ont oublié de me transmettre, du moins en quantité un peu faiblarde. Dur de se réjouir pour les autres, de les regarder avec un sourire béat en se disant « chouette, ils ont l’air si heureux ! », de se dire joyeusement que « c’est pas grave, haha, je serai mieux l’année prochaine, re-ha ha ! ». NAN ! Pas contente. Jalouse. Enervée. Frustrée. Pas envie d’être là. La semaine a été dure, très dure. J’ai voulu rentrer chez moi à peu près 100 fois par jour. Eh oh, on n’est pas des surhommes/femmes. On ne peut pas souffrir et en plus être super heureux pour tous les autres. Je veux bien essayer mais bon. Pourtant….ces quelques moments où l’Histoire des autres ne vous atteint plus puisque peu importe ce qu’ils vivent, cela ne change rien à ce que VOUS vivez, et peu importe ce qu’il peut bien se passer autour de vous, ce que les autres font ou ne font pas pour vous soutenir, la solution n’appartient qu’à vous, le choix total d’être heureux n’est qu’entre VOS mains à VOUS et personne, personne, personne ne peut réellement l’être à votre place. C’est dur d’avoir autant de liberté n’est-ce pas ? C’est aussi plus facile de se dire que l’on n’en n’a pas, comme ça au moins, on peut toujours se dire que c’est la faute de quelqu’un d’autre. Mais non. Quand tout roule évidemment on se sent libre mais on est encore loin de cette vraie Liberté (avec un grand « L » vous remarquerez), celle que l’on éprouve alors que tout s’oppose à la facilité. C’est un peu comme quand on se retrouve face à un buffet à volonté. Profiter un maximum n’a rien de commun avec la Liberté. C’est une réaction assez animale et évidente face à un besoin voire à une envie : la faim puis rapidement, la gourmandise. En revanche, ne se servir que des plats que l’on aime, pour manger à sa faim sans se sentir exploser à la fin d’un repas et avoir choisi ce qui était suffisant, bon et juste, malgré l’opulence, ça c’est un acte beaucoup plus libre…

La suite… et fin ?

La suite, je la connais. La fin, pas du tout. A l’heure actuelle, j’ai encore 2 mois de port de corset devant moi ce qui en soi est peu si l’on considère que mon dernier dossard date de juin 2014. Ce qui compte avant tout pour moi aujourd’hui est d’arrêter d’avoir MAL, de réduire petit à petit les doses anti inflammatoires et de reprendre doucement confiance en ce corps qui me semble aujourd’hui complètement débloquer et accessoirement me rendre fréquemment folle tant il n’en fait qu’à sa tête.

La thérapie PCP

En février, je commence une série de 10 consultations auprès d’un médecin osthéopathe qui a mis au point la thérapie PCP basée sur des pressions continues agissant sur les muscles profonds, pour assouplir les tendons et les ligaments, le long de l’ensemble des chaînes musculaires. Indiquée dans les cas de tendinopathie, rachialgie, fibromylagie et autres pathologies des muscles et du dos, liées ou non à la pratique sportive, la thérapie PCP consiste à soulager l’ensemble des muscles liés de près ou de loin à la zone douloureuse, partant d’une conception globale du corps, au sein duquel les interactions sont multiples. Mise au point par le Dr. David Khorassani, la thérapie PCP vise à agir au départ sur les membres éloignés de la zone douloureuse : par exemple, au niveau des cervicales et des jambes quand la zone en question est au niveau lombaire. A mesure que les chaînes musculaires se détendent et par voie de conséquence soulagent la zone douloureuse, le thérapeute agit de plus en plus près de celle-ci jusqu’à son soulagement total. Grâce à un appareil simple, déchargeant le thérapeute d’un effort physique massif, ce dernier peut appliquer des pressions allant jusqu’à 20kg (surtout pour les athlètes de haut niveau), sur l’ensemble du corps. Vous allez rire mais, cette technique a eu de très bons résultats chez les sportifs et … chez les chevaux de course ! C’est dire la puissance de son action. Mon 1er rendez-vous est pris pour le 19 février. S’en suivront 8 à 10 séances de 45’ à 1h chacune, pour un tarif unitaire de 75Eur donc 35Eur remboursés par la sécurité sociale. Excellent également à titre préventif, mais rare sont ceux qui prennent les dispositions préalables nécessaires pour éviter la blessure ; et pourtant… !

La marche en piscine

D’ici là, je vais régulièrement aller marcher en piscine. D’abord lentement et si tout se passe bien plus rapidement (il y a de quoi faire pulser le cardio en marchant rapidement dans l’eau puisque la résistance de l’eau augmente avec le carré de la vitesse…#LoiPhysique). Je pense m’offrir régulièrement un petit hammam derrière pour assouplir au maximum tous ces muscles contracturés qui protègent amoureusement la sacro-sainte moelle épinière menacée par la hernie …

Le gainage

A la reprise : kiné et gainage à bloc. Pas de reprise saine possible sans un renforcement majeur du dos et des abdos. J’aurai probablement toute ma vie besoin de prendre des rations doubles de gainage et d’assouplissement mais j’accepte le deal, si cela peut me permettre de continuer à faire du sport sans mettre mon corps en danger.

Vélo et piscine

Petit à petit, quand le gainage sera possible sans anti inflammatoires (ce qui récemment n’était pas le cas puisque les moindres abdos me faisaient horriblement mal…), je passerai à du vélo d’appart’ et de l’aquabike ainsi qu’à des longueurs en piscine, des vraies – à coup de planches et de pullboy pour limiter au maximum la cambrure.

Footing

Si toutes les phases précédentes se passent sans encombre, sans douleur – bien, quoi, je ferai scrupuleusement analyser ma posture et ma foulée par le Doc. spécialiste de la méthode PCP puisqu’il semblerait que je ne sois pas au top à ce niveau et dans le genre, j’aimerais éviter de revivre ça à un autre étage de la colonne plus tard dans ma vie, je préfère anticiper au maximum. Des semelles seront surement nécessaires. Je prendrai le temps qu’il faudra…De footing en footing, toujours complétés par du vélo et de la natation, je verrai où 2015 me mène. Je ne pense pas refaire de prépa marathon. Avec le recul, la distance que j’aime le plus (et mon corps aussi) reste le 10km. Les grosses prépas de 2-3 mois ne sont pas faites pour moi ; j’ai besoin de variété, de crosstraining, de diversité et ne suis pas une adepte de la «solitude du coureur de fond », loin de là. Qui plus est je pense que ce type d’effort restera probablement l’un des plus compromettants pour moi, alors nul besoin de replonger, il faut parfois savoir intelligemment choisir (donc renoncer).

En attendant, je continuerai de partager avec vous les différentes phases de ce processus lent de guérison et vous remercie infiniment pour votre soutien, votre gentillesse et votre fidélité. Merci également à mes très proches qui supportent toutes les phases sus-mentionnées, parfois plusieurs fois dans une même journée…Le blog Hotsteppers est de plus en plus lu, malgré le fait qu’aucun récit de course n’ait été publié depuis juin, malgré la diversification des sujets (du hockey subaquatique à la danse moderne en passant par le pole dance), preuve que les adeptes de l’esprit Hotsteppers sont avant tout des amoureux du Sport, du mouvement, des expériences fortes, de réflexions … et que votre ouverture d’esprit est ce qui me, nous et vous fera sans cesse avancer. Continuez à vibrer pour votre/vos sport(s) et surtout, surtout : mesurer chaque jour votre chance !

3 Commentaires

  1. De tout cela il ressort un bel optimisme.Ce ne sera surement plus qu’un mauvais souvenir en 2015, tout au plus une expérience pas vraiment marrante. Un bel encouragement pour tous ceux qui passent par ce genre de blessure …
    Au plaisir de te lire pour les prochaines étapes.

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