Le Sport, quel univers…que d’occasions de rencontres avec soi même, avec d’autres, de découvertes de parts de soi encore inexplorées, d’occasion d’améliorer ses forces et de relever ses faiblesses, quel terrain de jeu grisant ! Qui plus est, nul besoin d’être à haut niveau pour vivre le sport intensément, c’est ça qui est si bon…J’ai réalisé ces derniers mois, forcée à de longues semaines de pratique sportive très réduite, que mon « manque » d’activité physique n’était pas si drastique. S’il est toujours tellement agréable de se sentir actif sur tous les fronts : dans sa vie professionnelle, personnelle et au-delà de tout cela de continuer à relever 1001 défis sportifs, je pense qu’il s’agit d’un schéma complexe à maintenir tout le temps, pour tout le monde. Il devient alors impératif de savoir faire des choix et idéalement, d’établir des priorités, qui bien sûr peuvent changer. C’est la vie. Mais…

Ceux que le sport anime…

Malgré tout, cette pratique plus réduite bien que pas anéantie, m’a aussi donné l’occasion et même la chance de regarder autour de moi et de me nourrir de « ceux que le sport anime », comme j’aime souvent les nommer. Ceux qui se lèvent plus tôt un matin, malgré la charge d’une famille parfois nombreuse pour aller courir quand tout le monde dort encore ; ceux qui après une longue journée de travail trouvent le courage d’enfiler des baskets ou de plonger dans les profondeurs d’une piscine plus ou moins bondée ; ceux qui malgré la maladie ou les douleurs ne baissent pas les bras et persévèrent dans l’effort ; ceux que le sport préserve du découragement pendant une période de chômage offrant la chance de se sentir « en chemin » et non « à l’arrêt complet »… Le sport est un sacré révélateur de talents, physiques bien sûr mais aussi humains.

Petit à petit, bien au-delà de ma passion pour le running, je me mets à me passionner pour les gens. Ceux, fidèles, qui s’engagent et s’accrochent pour atteindre leurs objectifs sportifs, quels qu’ils soient, ceux qui donnent du sens à leur vie et même à celle des autres à travers leur pratique.

Quoi de mieux pour illustrer cet élan que de vous offrir le portrait d’une athlète de 27 ans, discrète voire secrète, aussi douce dans la vie que passionnée sur le terrain, fervente défenseuse des valeurs collectives d’un sport que trop peu de gens connaissent et qui pourtant, demande une condition physique et une charge d’entraînement nécessitant des sacrifices ne pouvant laisser indifférent.

Au gré d’un quotidien professionnel puis sportif partagé, à force de longues heures de discussions et de visions du monde mutuellement confiées, Alison m’a démontré ce qu’une jeune femme active au 21ème siècle devait tenir comme engagements pour aspirer au meilleur : au travail comme en sport. Mais quel sport ! Découvrez à travers cette interview atypique, une athlète qui l’est tout autant. Découvrez ce qui anime une joueuse de hockey subaquatique en équipe de France

Crédits photo: hockeysublechesnay.free.fr

Hockey… subaquatique ? Alison, éclaire nous !

Le hockey subaquatique se joue à 6 contre 6, dans n’importe quelle piscine, en longueur comme en largeur, il n’y a pas de taille réglementaire. D’ailleurs le jeu se joue parfois en pente quand le fond s’y prête ! On s’adapte. Le matériel impondérable étant les palmes, le masque, le tuba, la crosse et un palet de 1,3kg. Le but du jeu est de marquer en mettant le palet dans la gouttière du camp adverse. Un match se déroule en 2 mi-temps de 15min chacune en championnat du monde. Chaque équipe a droit à un temps mort par mi-temps ce qui lui permet d’arrêter le jeu pour récupérer et/ou casser le rythme de l’adversaire.

 

Crédits Photo: plongéeloisirs. canalblog. com

Ok très bien. Le hockey on l’imagine bien sur la glace, sur le gazon à la rigueur mais sous l’eau ? Combien de temps y restes-tu… sous l’eau ?

C’est de l’apnée dynamique dont les temps n’ont pas vraiment le même sens qu’en apnée statique. L’effort est très intense, on fait des mouvements rapides et forts ce qui consomme beaucoup plus d’oxygène. A titre d’exemple, 10 secondes en action sous l’eau est déjà très long. On passe notre temps à remonter à la surface pour respirer ; l’idée étant que sur les 6, il y ait toujours 3-4 joueuses au fond de l’eau.

Apnée, vitesse, force, technique…quelles sont les capacités physiques requises pour faire du hockey subaquatique ?

Il ne faut pas forcément savoir bien nager. C’est sur qu’il ne faut pas avoir trop d’appréhension du monde aquatique mais tout s’apprend. Et encore, il y a des jeunes qui sont très stables dans l’eau, d’autres pas du tout. Les entraînements sont intensifs. On enchaîne d’interminables longueurs, des sessions d’apnée, des fractionnés dans l’eau puis de la technique.

En dehors de l’eau l’entraînement continue. On déroule des séances tactiques sur un tableau, on révise notre placement pour les coups francs, les départs… Et en complément,  tout sport est bénéfique : la nage sans palme, la course à pied, le crossfit, le vélo, toute forme de PPG…

Ok, c’est intense, complet, terriblement atypique…alors, pourquoi ce sport Alison ?

Pour la compétition. J’aime me mesurer aux autres. J’aime le collectif mais j’aime malgré tout l’aspect individuel aussi. C’est intéressant, il s’agit d’un collectif intuitif : on ne peut pas se parler sous l’eau bien sûr, alors il faut se comprendre sans le verbal. Cela amène à développer son instinct. Clairement, je joue mon meilleur hockey quand je le suis, cet instinct.

Instinct ou intuition ?

Les deux.

Penses-tu que tu communiquerais moins bien si tu devais parler ? (NDLR : Alison est une sensible secrète et réservée qui s’exprime par tous les biais sauf ceux de la communication bruyante et imposante moderne )

Probablement. On se dit malgré tout beaucoup de choses mais hors de l’eau.

Quelles sont tes sensations sous l’eau ?

Puissance, liberté et vitesse

Et dans la vie ?

Rien de tout ça! C’est tout l’inverse.

Pourquoi pas ? Quelle est la différence ?

Au hockey je m’exprime physiquement. Je suis puissante des jambes, je suis rapide. Dans la vie les choses ne se mesurent pas si facilement…Sous l’eau je suis une palmeuse. Dans la vie…cette puissance je ne l’ai jamais mesurée ! Je ne sais pas où je me situe…

Parlons de ton investissement, quels genres de sacrifices demande le hockey ?

Tout dépend des objectifs.

Toi, quels sacrifices fais-tu ?

C’est une rigueur au quotidien, une hygiène de vie stricte. Je fais l’impasse sur des anniversaires, des repas de famille en période de championnats ou de tournois. Je m’entraîne aussi souvent que possible.

Je t’ai vu aller (et revenir !) plusieurs fois de « stages France » avec souvent un lapse de temps immuable pour t’en remettre physiquement et émotionnellement ; de quoi s’agit-il ?

Tu es dans l’eau à 8h du matin. Tu enchaînes 2 blocs de 2h de nage le matin et 2 blocs voire 3 l’après-midi et ainsi de suite sur 2 jours. Le tout entre-coupé de crossfit et de course à pied…

C’est dur…comment vis-tu ces moments ?

Le matin à 8h quand je me mets dans l’eau froide, je me demande ce que je fais là. Oui, c’est dur.

Mais après, quand je joue avec les filles de mon équipe et que je vis ma 1ère sélection, que je voyage en championnat du monde partout dans le monde, que je rencontre plein d’autres athlètes, je réalise que sur le plan sportif comme humain, c’est énorme et que tous ces sacrifices valent la peine. L’équipe de France féminine dont je fais partie a fini 9ème aux derniers championnats du monde.

Tu ne peux pas t’arrêter là-dessus. Tu vises un top 5, puis un podium puis la 1ère place et une fois que tu l’as, tu veux la garder !

Quand te vois-tu t’arrêter ?

Je me suis fixé mes 2nds championnats du monde en Afrique du sud en 2016, j’aurai 28 ans et après je verrai. J’aurai peut-être d’autres ambitions et d’autres priorités. Rien n’empêche d’arrêter et de reprendre. Pas mal de filles reprennent après des périodes de break induites par la vie. En Équipe de France il y a encore des nanas de 40 ans qui ont largement leur place.

Il faut de la maturité, il faut saisir toute la dimension du sport. Le temps, l’expérience donnent de la valeur à une joueuse et de la teneur à son jeu.

Quelle est la dimension de ce sport justement?

Au début, tu penses que tu as le palet qu’il faut pousser et tes palmes pour aller vite. Mais à cela se rajoute toute une approche tactique qui est sans fin. Tu te rends vite compte que ta coéquipière qui a 40 ans et que tu dépasses en tests physiques, te dépasse à son tour sous l’eau, par l’intelligence de son jeu. Elle voit le jeu, elle sait s’économiser, elle est plus efficiente. Savoir se placer au bon moment pour intervenir au bon moment est crucial.

Toute cette dimension que tu apprends à saisir doit forcément t’aider dans la vie ? Quel est l’impact de ce sport sur ton quotidien?

Ça m’apporte clairement un équilibre parce que toutes mes frustrations passent dans mes séances physiques mais ça apporte aussi une capacité de remise en question sur soi permanente.

Tu te considères comme une bonne joueuse ?

Une bonne joueuse de club oui. Mon club (NDLR: Le Chesnay) est régulièrement dans le top 4. Mais je ne sais pas ce que c’est qu’une bonne joueuse en fait ! Une bonne joueuse c’est une joueuse qui ne va pas s’écrouler physiquement en fin de « round robbin » (NDLR : le « round robbin » est la phase de rencontres de toutes les équipes de 1ere division avant le ¼ de finale, ½ et la finale.)

In fine ce qui prime c’est quand même le physique non ?

Oui, il fait la différence sur le round robbin mais pas sur les phases finales.

Il y a 2 philosophies dans le hockey mais pour moi il faut d’abord du physique et ensuite apprendre la technique parce que le physique est discriminant sur les 1eres phases.

En revanche, tu peux passer facilement des nanas grâce à tes palmes et ta rapidité pendant un moment mais après ça ne suffit plus.

Quelle est ta philosophie de jeu entre force du collectif et ambition personnelle ?

Ma philosophie se rapproche de celle du rugby. L’idée est de se battre un maximum pour libérer le palet et l’offrir à sa co-equipiere qui pourra alors butter.

Tu te retiens de marquer ?

Non mais on me dit souvent que je ne crois pas assez en mes capacités. Je fais le plus gros du travail et au lieu d’essayer de passer le dernier défenseur, je me retourne et je cherche du soutien.

Pourquoi cherches-tu du soutien dans ta lancée, si près du but ?

Parce que je pense que je peux pas y arriver toute seule.

Et pour rebondir sur l’article grotesque du journal l’Equipe qui s’est un jour amusé à répertorier les sports les plus stupides en y citant le hockey subaquatique, qu’est ce que cela te fait de tout donner dans un sport que peu de gens connaissent ou considèrent ?

Dans les moments de doute tu te dis que c’est crétin et que ça ne sert à rien, que tu n’as la reconnaissance de personne. Dans les moments où tu es bien tu te dis que tu fais ce sport pour toi, parce que tu l’aimes, parce que tu y crées des liens forts, pour l’expérience humaine unique.

L’aspect humain est vraiment énorme…(NDLR : ah oui ?!).

 Crédits photo: hockeysublechesnay.free.fr

Sachez qu’à force d’échanges et de partages autour de nos deux sports respectifs, chacun pratiqué dans un élément bien distinct, j’ai fini par me remettre à nager malgré mes peurs et même à m’inscrire à des cours d’adultes « debs » à la rentrée, pour lentement mais sûrement renouer avec cet élément qui à la fois m’attire et m’effraie. Alison, quant à elle m’aura accompagnée sur mes dernières sorties longues en prépa du Marathon de Paris 2014 et du 30ème au 42,195ème km le jour J. Un moment inoubliable de communication totalement non verbale et intuitive qui nous aura amenées à nous inscrire ensemble au Marathon de la Rochelle prévu le 30 novembre. Si les conditions de forme du moment sont difficiles pour l’une comme pour l’autre, l’envie de se laisser à nouveau habiter par la dimension du sport, tant collective que personnelle est là et bien là. Il ne nous reste plus qu’à y croire. Merci Alison de m’avoir redonné le goût des profondeurs et d’avoir laisser émerger ces confidences à la surface de notre terre de runners 🙂

16 Commentaires

  1. Super article parfois même des passages émouvants..
    Alison c’est du grand toi.
    Magnifique témoignage sur le sport.
    Nadja (ou la petite aile droite du chesnay)

  2. Très beau et vraiment profond (sans jeu de mots)…! Merci à Allison de s’être livrée ainsi et à Marie d’avoir trouvé les mots qui lui ont permis de le faire 😉

    • Merci loo 😉 pour ta lecture et ton commentaire…
      Alison était surprise d’avoir dit autant de choses et si elle connaît ses aptitudes aux profondeurs sous-marines, elle sous estime de toute évidence la profondeur de son âme 🙂
      Quoi de plus fort alors pour la Bloggeuse et amie que je suis de mettre ses mots en musique …

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