Invitée à la dernière minute grâce à un simple Retweet par la Fondation BNP Paris Bas à la « pré-générale » du ballet « Rain » produit à l’Opéra Garnier, j’ai assisté à une représentation très spéciale de danseurs professionnels qui m’ont rappelé comme les manières de mettre le corps en mouvement sont riches, diversifiées et …essentielles.

 

Un style très « contemporain »

Loin des ballets classiques, « Rain » est en plein dans le style contemporain – un style qui divise dans le sens où il ne séduit pas toujours immédiatement. C’est un style qui demande de la patience. Il faut prendre le temps de regarder et d’écouter, de se laisser habiter par l’esprit du spectacle sans nécessairement chercher à identifier un scénario, une histoire ou des repères bien spécifiques.  Il ne s’agit ni de danse classique ni de modern jazz rythmé. On ne se sent ni transporté par des airs connus de grands créateurs historiques ni emporté par des rythmes saccadés et clairs. Aux confins de la marche et même parfois de la course, entrecoupée de figures techniques exigeantes, ce ballet moderne met en scène 12 danseurs sur un fond de musique minimaliste à base de xylophones, de batôns de pluie, de pianos et de voix. L’ensemble est très surprenant, d’autant que l’on associe très facilement un style bien défini au lieu magique qu’est l’Opéra National de Paris, et pourtant…

Danser sous la pluie, danser la pluie…

Le titre du ballet colle à la peau de la chorégraphie d’1h30 et de la musique qui l’accompagne. L’effet est proche de ces musiques que vous écoutez depuis un moment et qui vous semblent ne pas avoir bougé d’un iota alors que clairement, si. Seulement, le rythme n’est pas celui de l’habituel couplet/refrain, il s’agit d’une progression. De façon parfois intangible, des rythmes viennent se rajouter, des voix se superposer aux notes tant et si bien que l’on ne les distingue plus des instruments ; il y a même des accélérations mais tout est fait pour qu’il n’y ait pas de « chansons » ou de « morceaux » ; pas de « blocs ». Un chemin musical simplement.

Le décor est aussi minimaliste que la musique : une scène circulaire avec des marquages au sol s’apparentant aux lignes et pointillés des terrains de sport dans les gymnases, entourée sur sa quasi-totale circonférence par des fils rectilignes tombant du « ciel » (plafond) et reproduisant l’effet d’un rideau de pluie léger.

Les danseurs portent des tenues aux couleurs très pales, proches des couleurs de la terre.

Le début du spectacle est très doux ; presque trop doux. Amoureuse des rythmes et des percussions j’ai du mal à me faire à cette musique aussi linéaire et à cette sobriété dans les couleurs et les mouvements.

Malgré tout le rythme s’intensifie discrètement et certains danseurs changent tout aussi discrètement de tenue accompagnés par des éclairages qui eux aussi changent ; des tons fuschias viennent remplacer les couleurs taupe du début donnant l’impression que la pluie amène la vie, par petites touches, à mesure qu’elle tombe.

Aperçu video du ballet « Rain »

Si je devais noter un fait marquant dans ce spectacle, de mon point de vue très subjectif de coureuse, ce serait le nombre de pas de course effectués par les danseurs pendant 1h30 ! Ils ne cessent de courir sur des distances assez longues et à une vitesse impressionnante…Qui plus est, leur foulée est magique et tout simplement aérienne. Parfaitement orchestrée autour de la pose de l’avant du pied, j’ai souri en observant ma cousine, danseuse étoile, sur scène et en la voyant courir autant et si vite. Pour avoir quelques fois parlé avec elle de running à l’occasion de rendez-vous familiaux, je constate qu’elle n’a rien à envier aux « runners » – mais après tout, le running est aussi une forme de danse – n’est ce pas finalement le cas de tous les sports, d’autant plus que la tendance du « quantified self » laisse progressivement de la place au « qualified self » ou recherche du bon voire du beau geste, plus que du geste brutement consommateur de kcal ? Place aux images…


RAIN par operadeparis

 

A tous les amateurs de mouvement et d’art, curieux de découvrir jusqu’ou la mise en action du corps peut aller n’hésitez pas à découvrir ce spectacle en vous rendant directement sur le site de l’opéra Garnier : ballet « Rain » d’Anne Teresa de Keersmaeker.

 

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