L’after-marathon: I had the power, I’ve got the blues

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Il y en a un qui aurait voulu être un artiste, pour pouvoir faire son numéro, quand l’avion se pose sur la piste, à Rotterdam ou à Rio…un chanteur même, pour pouvoir crier qui il est ou un auteur, pour pouvoir inventer sa vie…frappé par les blues du businessman, du haut de sa tour d’où il contrôle son univers…! Le blues, ce feeling hyper spécial que l’on n’est pas sûr de vraiment détester! Il y a un malin plaisir au spleen, n’est-ce pas ? Si les chansons parlent souvent d’amour, elles parlent tout aussi souvent de ce fameux « blues », de « vide », « d’absence ». Why ?

marathon blues

A cet instant bien précis, après avoir vécu mon premier marathon qui plus est « chez moi » (à Paris), évènement pourtant bien insignifiant pour les non-adeptes de la course à pied, je vis avec intensité ce maudit blues, mélange de plein de choses à la fois. Je réalise une fois de plus à quel point la vie peut être une montagne russe émotionnelle, entre (grandes) joies et (grandes) tristesses. Tant mieux après tout, une vie linéaire serait chiante. J’observe alors autour de moi et refais le point sur tout ce que j’ai pu vivre ces 10 dernières années pour me rendre compte de ce besoin intense et récurrent qu’a l’être humain de chercher l’extase pour mieux sentir passer sa vie, à défaut de pouvoir l’empêcher de passer.

Soyons crus: il y en a qui vouent un culte incroyable à la nourriture pour s’offrir un sentiment de contrôle, en s’en privant notamment: l’absence d’alimentation peut être source de grands élans émotionnels…, il y a ceux à qui une vie familiale ne suffit pas et qui meurent intérieurement à l’idée de ne plus séduire qu’un(e) seul(e) et même homme/femme toute leur vie, qui s’échappent sans cesse (à eux mêmes) vers un(e) autre, pour re-déclencher inlassablement la passion dévorante des premiers instants…, d’autres se vouent corps et âmes à leur pouvoir professionnel qui peut être tout à fait jouissif, d’autres encore ont un besoin vital et permanent d’adrénaline au risque de trouver la vie totalement fade en l’absence de risques et de défis… S’il n’est question de juger personne, Dieu sait si « dans la vie on fait ce qu’on peut, pas ce qu’on veut » comme disait une fois de plus Starmania (bien que je ne sois pas tout à fait d’accord car je pense que nous avons un vrai potentiel de choix… !), il est intéressant de réfléchir à cette quête d’absolu que les coureurs vivent sans cesse à travers leurs courses successives.

Combien de fois ai-je pu lire ou entendre qu’un marathon (entre autres) permettait « daller au bout de soi même » ? Si on faisait une analyse sémantique des expressions de marathoniens, je pense que celle-ci serait majoritaire, suivie de près par « se dépasser » qui revient presque au même bien que dans ce dernier cas il s’agisse de sortir de soi et non d’aller en soi. Au final, il est question de … « soi » !

Nous étions presque 40 000 à franchir la ligne d’arrivée dimanche dernier et pourtant, le marathon est une aventure personnelle qui commence dès la démarche d’inscription actée, qui se poursuit par des semaines d’entraînements souvent synonymes de sacrifices et qui se prolonge par plusieurs heures de course pour se conclure, par un « i did dit… ! »…….. « then what ? ».

Un dicton dit que lorsque l’on a fait un marathon, on peut tout faire. Évidemment, on peut toujours trouver plus dur mais c’est une belle image.  Disons plutôt que lorsque l’on franchit la ligne d’arrivée, la force de son propre engagement prend tout son sens. On a décidé, on s’est donné les moyens et on a réussi ! Quel bonheur, quel sentiment de réussite, de contrôle ?

Personnellement je n’avais qu’un objectif en tête : arriver au bout sans dégoût (ça rime !) et sans blessure, non accessoirement. C’est chose faite et c’est tout ce qu’il me fallait. La prochaine fois, j’essaierai de faire un peu mieux mais pas forcément « beaucoup mieux ». Ce qui compte pour moi, ce sont les sensations, ce dont le corps s’imprègne pendant ce périple de 42,195km. Se faire mal pour gagner des minutes n’est pas la voie que j’ai choisie ; je préfère le voyage initiatique à la performance.

Toujours est-il qu’à la fin du voyage, de retour chez soi, on aimerait bien repartir !

Mais…si la vie n’est pas (toujours) un long fleuve tranquille, attention aux envies maladives de vouloir amener la tempête là où tout roule/coule. Si la grande majorité de mes amis ne comprend absolument pas l’intérêt qu’il peut y avoir à courir (un marathon ou autre), j’avoue ne pas comprendre en retour comment leur vie beaucoup plus stable peut ne pas les ennuyer. Et pourtant, il me semble nécessaire d’arriver à trouver du plaisir dans le calme. Un calme intense et profond, pas un calme mou et passif bien sûr.

Sur ce, je me suis inscrite au Marathon de la Rochelle fin novembre 2014 !

Sans commentaires.

En attendant, j’ai des amis qui ont eu de beaux bébés à voir de toute urgence, des mojitos à boire, des apparts à visiter, un voyage au Costa Rica à préparer, des gens à rencontrer, à découvrir, à aimer, une famille avec qui passer du temps, des chiens abandonnés à promener à la SPA, de la musique à écouter, des chorés pleines de vibes à danser …bref, la vie dans toute sa splendeur ou de quoi faire virer lentement mais surement le blues vers le pink… 😉

recit du marathon blues

 

7 COMMENTS

  1. J’ai découvert ton blog la semaine dernière seulement. Mais je me suis totalement retrouvée dans cet article.
    Le lendemain du marathon j’ai eu un gros coup de blues en me disant ben j’ai plus de plans à suivre maintenant… Et aussi cette semaine je dois pas courir mais qu’est ce que je vais faire après le boulot du coup???
    D’ailleurs je porte toujours le bracelet vert remis avec le dossard du marathon et ça me motive pour recommencer un marathon!!!!

      • Je fais le semi-marathon de Caen à la fin du mois de mars et le Paris-Versailles en septembre…
        Je ne sais pas quel marathon je veux faire, j’aimerais changer de Paris mais je suis pas fixée pour le prochain encore! Celui de La Rochelle me tentait bien mais ça ne colle pas avec mon boulot!

  2. I love it!! What else??
    Tout est dit ici, c’est ça l’esprit HotSteppers!! Allez au bout de soi, en ressortir grandi et sans blessures… Juste un instant intense de plaisir après des semaines et quelques heures d’aventure… Se dire : « Bon sang, je l’ai fait… » Merci Marie, merci à tous!! Vive la course à pieds…

  3. Oulala comme je reconnais ce sentiment… Même si je ne cours pas encore de Marathon, je l’ai ressenti plusieurs fois dans ma petite vie : après les longs projets qui se finissent au bureau, après le mariage (oui, je pleurais en déballant les cadeaux…), après de supers vacances dans le taxi 😉

    Quelle belle philosophie de se rendre compte qu’au final, la vie continue et d’autres choses superbes se passent à côté q’il serait dommage de gâcher par un blues 😉

    Bravo encore c’est top, et en attendant, JUST ENJOY LIFE !

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