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European Outdoor Film Tour: ceux pour qui « vivre » ne suffit pas

L’European Outdoor Film Tour 2013 ou « E.O.F.T. » pour les intimes est une séquence de 9 courts métrages mettant en scène des hommes (passage furtif de femmes) dans des conditions extra-ordinaires, chacun à leur manière. Ces hommes n’ont pas les mêmes quêtes, pas les mêmes folies ni les mêmes projets. Pour l’un ce sera l’ivresse des hauteurs, pour l’autre du vide, pour l’autre encore de conditions météos extrêmes. L’un sera en fusion avec les vagues glaciales du cercle polaire, l’autre avec les fissures immenses de canyons arides, un autre encore avec les sommets enneigés les plus lointains. Pourtant, si rien ne permettait a priori à leurs routes de se croiser, une passion démesurée les rassemble ici. Une envie borderline de vouloir Vivre à 2000% pour que l’existence vaille la peine.

Invitée à découvrir cette magnifique production et à m’entretenir avec l’un de ses « acteurs »: Sébastien de Sainte Marie, j’en suis revenue oxygénée et l’esprit rempli d’images démentes. Pour autant, si certaines histoires m’ont interpellée et réjouie, d’autres m’ont dérangée. Vouloir « trop vivre » n’est-il pas parfois un présage de mort ? Voici une sélection de courts-métrages qui ont retenu en bien ou en moins bien mon attention…

Kyrgyzstan: vers l’infini et au delà, un voyage qui mène à soi

Titre officiel: « The road from Karakol » – Pays de production: Kyrgyzstan & USA – Thématique folle: voyage initiatique en vélo au coeur du Kyrgyzstan

Revue de la séquence: j’ai beaucoup aimé ce court-métrage qui de prime abord ne met pas en scène de grosses cascades dangereuses et impressionnantes… Un homme d’origine américaine: Kyle, nous est présenté en compagnie de son seul vélo et « paquetage » de voyage. Son objectif: un roadtrip entre routes goudronnées, chemins de terres, fleuves mouvementés et hauts sommets. Quelle idée de partir seul sur les routes dans un pays pareil ? On se le demande et pourtant petit à petit, on comprend. Tout d’abord, ce dit pays est magnifique. Puis, on réalise que « partir seul sur une route » prend un sens complet à mesure que l’on partage les inquiétudes, les doutes et l’isolement de Kyle. Il a beau être fort, résistant, entraîné, avoir beaucoup d’humour et une capacité à nous immerger talentueusement au sein de son périple; face à la solitude et à la peur de ne plus savoir où aller, il n’en demeure pas moins un homme vulnérable. Humble devant cette vulnérabilité puis dans sa joie toute pure et enfantine, à l’arrivée de son voyage, Kyle nous prouve que la plus dure des épreuves n’est certainement pas de sauter du haut d’une falaise mais plutôt de se faire face, soi même.

Cercle polaire: du surf en hypothermie et un grand geste environnemental

Titre officiel: « North of the sun » – Pays de production: Norvège – Thématique folle: surf sur vagues polaires et dépollution massive d’une plage.

Revue de la séquence: Au départ, le spectateur se demande quel grain ont encore ces deux jeunes hommes parés pour s’installer 9 mois sur une plage du cercle polaire et y chercher continuellement la vague parfaite… Pourtant, Jørn et Inge n’ont rien de fanfarons délirants et bien plus en tête qu’une ènième lubie. Certes les deux amis ont suffisamment de courage voire de folie pour se lancer vers cette crique secrète, y construire une cabane et affronter la mer glaciale sur leurs planches mais leur objectif tient aussi à la purification de cet espace naturel. Un lieu magique quotidiennement pollué de déchets ramenés par les vagues de l’Atlantique. Ainsi, jour après jour, semaines après semaines, mois après mois, les deux norvégiens enchaîneront surf, ramassage de déchets (plusieurs tonnes évacuées par hélicoptère au bout de l’épopée), chauffage au bois, cuisine à partir d’ingrédients périmés (car offerts par les supermarchés les plus proches à quelques heures de marche…) et longs moments de co-habitation. Bien que semblant inséparables, si les deux amis ont tenu dans cette aventure c’est aussi en s’accordant de longs moments de solitude et d’indépendance, celle qui permet de se retrouver sans (presque) jamais se lasser.

Quand le vide et la solitude sont mères de plénitude: Sébastien de Sainte Marie nous guide…

Titre officiel: « Sound of the void » – Pays de production: Suisse – Thématique folle: ascension et descentes à ski de faces montagneuses ultra abruptes.

Revue du court-métrage: j’ai eu la chance de pouvoir m’entretenir avec Sébastien au cours d’un interview pré-projection. Encore un échange qui m’aura rappelé qu’aussi impressionnant puissent-être certaines personnes, cela ne leur enlève pas d’une part leur simplicité, d’autre part leur capacité à être impressionnés eux mêmes. Humain avant tout. Cela m’évoque une phrase d’un chef d’entreprise brillant rencontré lors de ma semaine aux Étoiles du sport: « chaque personne est un talent ». Il en est que l’on voit plus que d’autre mais cela n’est qu’une question d’image, pas de réalité. C’est important de le rappeler. Face à mes questions au sujet d’une éventuelle « peur de mourir » ou de « risque », Sébastien me répondait spontanément qu’il était pour lui bien plus dur de traverser la gare St Lazare aux heures de pointe que de descendre la face nord du Gspaltenhorn, avec une pente de 55°. Il confronte alors le « risque de mourir » de ses expéditions avec la « mort à petit feu » de la vie urbaine. Violent mais propice à la réflexion. Puis, quant la question de l’entraînement et du sport se présente, Sébastien réplique qu’il n’est pas vraiment sportif mais avant tout passionné. Dans cette logique Sébastien évoque le paradoxe de sa participation à l’European Outdoor Film Tour, lui qui déteste être mis en avant, les réseaux sociaux et tous ces outils de viralisation factice qui font perdre tant de saveur à la réalité. C’est un interview intéressant au cours duquel de nombreuses évidences sont remises en question. S’entretenir avec des personnalités d’exception force le relativisme et fait du bien. C’est souvent face au vide que l’on prend le mieux conscience de l’essence même des choses; n’en n’ayons pas peur!

 

Skyline, basejump et clowneries: un drôle de mélange qui dérange

Titre officiel: « Petit Bus Rouge » – Pays de production: France – Thématiques folles: cascades et voltiges; highline; base jump…

Revue du court métrage:  il s’agit probablement de la séquence que j’ai la moins aimée. Au départ, une équipe d’amis achète un ancien bus de pompier et part à l’assaut de paysages fous pour s’y jeter ou s’y risquer: sauts en parachute, escalade de falaises puis jetées dans le vide, highline au sommet (pléonasme), les sensations sont vives. L’un des membres de l’équipe accomplit tous ces élans de folie déguisé en clown. Le fameux clown qui prend un malin plaisir à mettre en jeu sa vie à chaque cascade. Le clown qui fait un peu rire puis impressionne et surprend mais in fine ne donne pas envie. Celui qui à mon sens transmet une espèce de mal de vivre cachée derrière un nez rouge. Une fausse impression de liberté, une fausse impression de joie. J’ai eu l’espace d’un instant des réminiscences du film « Il », terreur de mon adolescence ! Ce film met en scène un clown assassin qui hante des jeunes enfants toute leur enfance jusqu’à en tuer la plupart. Tout commence pourtant toujours avec un sourire…le parallèle est sévère mais que voulez-vous, quand une image nous vient en tête, il est difficile de la bloquer ! Ce film n’en demeure pas moins beau et marquant mais aussi dérangeant. D’ailleurs, il est dédié à une personne disparue…

« Remember,

Real adventure isn’t polished,

It doesn’t have a Twitter feed »

 Informations complémentaires:

* Site officiel de l’EOFT: découvrez les autres courts-métrages du projet…

* Retrouvez du matériel outdoor sur le site campz: pour ceux chez qui ces courts-métrages auraient fait naître une envie d’ailleurs…

 

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