Samedi 7 décembre: 2ème participation consécutive à une course yvelinoise que j’affectionne de par son format, sa proximité géographique, la sympathie de son créateur: José, président du club des Foulées de St Germain en Laye et l’originalité de son départ « by night ». La corrida de St Germain en Laye, caractérisée par ses 3 boucles de 3320m draine plus de 600 coureurs dans les petites rues illuminées de la ville au grand château, dont un plateau élite particulièrement relevé. Ce fut aussi pour moi l’occasion d’expérimenter certaines choses, en bonne ex-scientifique que je suis et d’en ressortir étourdie mais ravie; un plaisir bien spécifique à la course à pied que j’avais mis aux oubliettes ces derniers mois et qui s’est vu reprendre forme, sans pré-méditation. Place au récit d’un 10km (évidemment) pas comme les autres.

J’ai fait « sans »…

J’aime beaucoup courir la nuit. Déjà parce que j’aime la nuit tout court, que je préfère 1000 fois les fins de journées à leurs débuts, que j’adore les décorations qui brillent dans les villes et que je n’ai pas peur du froid qui glace souvent l’air sombre des soirs d’hiver.

Place du Marché Neuf de St Germain en Laye – avant la mise en place des arches de départ et arrivée.

Autre point, j’avais constaté il y a quelques années, toujours lors de mon passage par les troupes militaires françaises, que j’étais systématiquement plus performante à partir de 17h qu’avant. Comme j’analyse toujours un peu tout et que j’aime comprendre, je faisais alors des recherches pour découvrir plusieurs études abordant le sujet de la « chronobiologie » des sportifs. Divers résultats en ressortent mais globalement, la mise en évidence de 2 pics optimum pour l’entraînabilité du sportif sont mis en évidence à 11h et 18h. La corrida de St Germain en Laye devait en l’occurrence débuter à 20h30 : un horaire permettant de vivre une vraie bonne journée en amont et de prévoir une vraie bonne soirée après – approuvé ! Cependant, au delà de ce contexte favorable, ajouté aux superbes retrouvailles de plusieurs coureurs bien connus de mon Twitter voire plus, je devais bien faire un constat, celui de mon non-entraînement. Pas d’excuse, pas de justifications, pas d’explications. Nous avons tous nos vies et parfois/souvent je trouve que le runner a une incapacité terrible à assumer ses baisses de forme, même si toutes les raisons les plus compréhensibles du monde viennent soutenir sa cause. Tout le monde lui « pardonne » sauf lui-même ! Ce soir là, je regardais mon agenda et je faisais le bilan de ma pratique sportive sur le dernier mois: nouveau job/cerveau sur-rempli…run 45’…body balance….body pump…zumba….séance de 30×30….rien…body balance…rien…..zumba….rien….10′ de footing….body balance. Inquiète à l’idée de devoir confronter ma non-capacité du moment à une épreuve officielle, je n’avais pas envie de courir. Courir pour conte-performer, recueillir un chrono laid sur sa fiche de course et pour finir frustrée, à quoi bon. Une petite voix, celle de l’humilité, vint alors frapper aux portes de mon crâne un peu dur et me rappeler que:

1. J’étais une runneuse amateur et qu’il fallait remettre les choses à leur place;

2. Faire moins bien en étant moins entraînée était normal. Pourquoi se faire des noeuds au cerveau ?

3. Il y avait des gens qui ne pouvaient pas courir du tout, eux.

4. La course à pied était censée être un plaisir, pas seulement un exutoire de névroses et d’orgueil mal placé.

5. Apprendre à faire les choses sans attendre de résultats pouvait aussi être intéressant, histoire de voir ce que cela faisait de « vivre l’instant », pour une fois.

Bon, ok la petite voix, laisse moi me préparer et rentre chez toi. Je n’aurais pas du la congédier si vite, cela m’aurait évité de m’habiller n’importe comment; là étaient sans doutes les 1ers fruits de ma soirée « humilité. En retard, après 2h passées à la SPA à promener des chiens en tous genres et à en rattraper un, enfui par le trou d’un grillage (sous le regard dépité des autres bénévoles – « ben quoi, j’y peux rien s’il s’est enfui moi ! »), je partais en trombes, habillée chaudement mais mochement, non maquillée (oui oui d’habitude même pour courir je sors couverte ! – de maquillage)….et sans montre GPS.

Après avoir retrouvé Clément, Jérémy, Ludovic, Fanny, son frère, son ami, Eugénie et fait une bise rapide à Emmanuelle venue en « off » pour sa « séance au seuil »;  droppé mon sac énorme et inutile en consignes et attaché mon dossard n’importe comment, nous nous sommes dirigés en petites foulées vers la ligne de départ.

De gauche à droite: Marie, Ludovic, Jérémy (Blog Geek&Run), Clément (Blog Clem Running), Eugénie

Coup de pistolet à 20h30 – encouragements collectifs et franchissement de tapis, je regardais mon téléphone, seul outil de mesure en ma possession puis décidais, comme ça, soudainement, de le ranger et d’en faire abstraction, pour expérimenter ce mode de course atypique qu’est la course sans chrono. J’étais partie pour 10km de mystère

Un parcours roulant riche en relances

Ce qui est à la fois difficile et intéressant sur le parcours de la corrida de st germain en laye est de devoir gérer 3 tours identiques et consécutifs. Quand on court on aime avancer et laisser derrière soi ce qui est passé. Là il faut se lancer une fois puis deux puis conclure, en reprenant sans relâche le même itinéraire. Le parcours reste roulant avec de grandes lignes droites et plusieurs virages, impliquant de régulièrement remettre le turbo et de bien gérer sa course.

1er tour: je hais tout le monde, je ne sais plus courir, je vais mourir, je vais abandonner, je ne sais même pas à quelle vitesse je vais, c’est nul de faire un effort pareil comme ça un samedi soir, je pourrais regarder la télé ou boire un coup à la place.

2ème tour: je n’ai pas abandonné parce que j’ai trop d’orgueil et parce qu’il y en a qui s’apprêtent à s’enfiler la Saintélyon donc quand même, pour un 10km…. Mes poumons sont là, mes jambes font leur travail, mon esprit s’est calmé, les gens ne sont pas si méchants en fait. Tiens, j’aborde le 4ème km et les premiers entament leur 3ème et dernière boucle en nous dépassant avec une puissance et une légèreté assez indescriptibles. Plus de 20km/h (le 1er homme finira en 28’30). C’est top la course à pied quand même: quel univers éclectique capable de rassembler autant de gens, de niveaux si différents ! Je poursuis ma route. Des petites filles chantent « Papoutai » en guettant leur papa dans le peloton #cute. Les san germanois sont au rendez-vous: bords de routes, balcons – seuls ou en groupes. Les femmes qui courent sont très peu nombreuses (177 sur 656 coureurs), générant un effet de solidarité féminine amplifié de la part des passantes encourageantes et bienveillantes ! Je vois la 1ère femme me doubler pour finir sa course; j’en déduis que nous devons en être à une trentaine de minutes de course (exact, elle finira en 32’18). J’arrive à la fin de mon 2ème tour et entends: « 3ème tour à gauche, fin de course à droite ». Ok, va pour la gauche. C’est reparti. Je perds du temps au ravito, je ralentis, je bois une substance étrange au goût proche de la « fraise » mais pour une fois bien dosée et désaltérante, je m’énerve contre un coureur qui stoppe net devant moi pour reprendre un verre et à qui je cris un « Putt….. » peu gracieux. Aimable la fille. Je repars.

3ème tour: plus de cerveau. Esprit de plus en plus positif. Jambes fatiguées. Souffle ok. Décompte des km avant le finish enclenché. Toujours pas la moindre idée de mon temps, ça me va – même pas perturbée. Je suis fière parce que je ne lâche rien et que c’est la seule chose que j’attends de moi même. Pour le chiffre qui viendra derrière, on verra plus tard. Je crache plusieurs fois sur le côté de la route; loin bien loin de ma pudeur habituelle faisant qu’une fille ne peut tout simplement « pas faire ça ». Je m’en fous. 9ème km. Plus qu’un. Je suis entourée par 3-4 hommes qui ne me lâchent pas et qui n’ont pas l’air d’avoir très envie de rester derrière. Il reste 500m. Je leur emboîte le pas. Ils accélèrent. Ça m’énerve. J’ai envie de les laisser passer et là, une femme sortie de nulle part se jette sur moi et se met à me gueuler dessus « allezzzz, tu lâches rien, tu allonges, il te reste 200m, allez allez allez ». Mais d’où elle sort celle là ? Bref, ça me booste, j’accélère, j’accélère, j’ai envie de la remercier mais je peux pas tout faire en même temps. Je vois l’arche, je sprinte, je sprinte, je sprinte. Finish. [Merci Madame]. Je me jette sur une barrière, j’hésite entre vomir ou m’évanouir. Je regarde mon téléphone. Je suis dans les 51′. Verdict final: temps officiel 51’07, temps réel 50’49 – 45ème femme, 24ème de ma catégorie. Je suis 1′ tout pile au dessus de mon RP (10km de Boulogne 2013) mais franchement, franchement…j’ose être satisfaite de cette expérience et de ce résultat. Les 3 mecs me repèrent et viennent me rejoindre rapidement. « Salut les mecs, je vais mourir et je reviens ». [rires]. Clément est hyper heureux, il a battu son record personnel et a fini en 47’10 temps réel – mené tout le long par Jérémy, brillamment improvisé lièvre pour l’occasion ! Ludovic finit quant à lui en 41’50, fidèle à ses capacités d’ex-footeux récemment converti au running ! Eugénie arrive quelques minutes après, un peu déçue par son chrono de 53′ et quelques mais là aussi, amplement justifié par une baisse de forme contextuelle. Fanny quant à elle, menée par son frère et un ami, bat largement son record personnel, ravie, en 54’44 !

Récupération active !

Ça ne m’était pas arrivé depuis un moment mais j’ai à nouveau vécu le plaisir de courir; senti que la bonne forme n’était pas si loin et retrouvé l’envie de m’entraîner un peu plus. Forte de ce constat, je n’oubliais surtout pas l’objectif de la 2ème partie de soirée: la crêperie ! De retour aux vestiaires, je croise Fred qui, tout juste qualifié pour les Championnats de France avec un magnifique 36’58 se joint à notre joyeuse bande. Cap sur le Phare St Louis. Le reste de notre soirée est faite de rires et de sourires, de partage d’anecdotes et de feeling, de crêpes, de cidre ou de vin. Clément doit reprendre la route pour Lille dans la foulée mais cela ne nous empêche pas de nous quitter vers minuit, satisfaits, apaisés. Je ne sais plus où est garée ma voiture mais je le vis bien 🙂

Bref, la zumba et tout c’est sympa mais rien ne remplace le feeling d’un bon run (et d’une crêpe napolitaine). C’est tout.

 

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