S’écouter permet-il de se dépasser ? Quand la violence de l’effort prend ou perd son sens (Acte 1/2)

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« Écoute ton corps! »…ou, « Arrête de t’écouter et avance! »…ou bien, « Sois attentif à tes signaux corporels! »…ou encore, « Ne te pose pas trop de questions, fonce! »…tout cela est bien contradictoire. Ne vous êtes vous pas retrouvé(e)s dans ces situations paradoxales ou tantôt l’on vous supplie de prendre soin de vous et tantôt l’on vous reproche de vous reposer sur vos acquis ? A une époque où la performance est au centre de tout, où s’affrontent sans arrêt des mouvements « slow » et « zen » de recentrage sur soi et des mouvements inverses de « défis », de dépassement de soi, de « toujours plus », comment se positionner sans culpabilité dans tout cela ? Comment trouver sa place sans nécessairement être « au juste milieu », mais à son propre équilibre – entre jouissance du défi relevé et respect de ses capacités ? Comment être plus libre et plus serein dans sa pratique sportive ?

Cap sur une réflexion passionnante et essentielle, à l’orée d’une nouvelle saison de course à pieds. Article agrémenté de témoignages de qualité (acte 2/2): à lire de A à Z !

Ce qui ne tue pas nous rend plus fort ? Pas nécessairement.

A tout juste 29 ans et après une dizaine d’années mouvementées, je réalise l’ampleur des défis relevés, des pays découverts, des projets accomplis, des apprentissages cumulés. Une accumulation exceptionnellement riche par certains côtés, brutale par d’autres. Accro au défi et à l’adrénaline pendant tout ce temps, je suis en train de changer. Non pas uniquement par lassitude mais également par prise de conscience: il y a de grandes richesses dans la simplicité, le calme et la lenteur. Une idée me vient en tête: les cours de Pilates, pendant lesquels chacun(e) doit réaliser des mouvements bien connus mais, lentement. D’apparence extérieure inefficace, ces séances sont véritablement difficiles ! L’intensité est en effet répartie dans la durée donc décuplée. En dehors de cet exemple un peu sommaire, il se trouve que l’intensité réelle n’est pas nécessairement celle qui se voit ou qui fait du bruit. Or, nous sommes souvent aux prises de ce qui se voit et valide notre raison d’être. Cet été, en plein « essai de GR20 Corse« , l’un de mes co-équipiers me lançait dans la difficulté « tu en ressortiras plus forte« . J’étais furieuse d’entendre cela et pourtant, sa déclaration partait d’un bon sentiment. Furieuse pourquoi ? Parce qu’à force de se mettre en difficulté pour s’aguerrir, je pense que l’on peut s’affaiblir. L’Amour vicieux qui nous pousse à vouloir sans arrêt flirter avec nos limites est dangereux. Il est le symptôme d’un besoin de sentir la vie sans arrêt, comme pour se rappeler que l’on est bien là, bien vivant. Le problème vient d’être cité et tient en un mot: limites. Vouloir croquer la vie à pleine dents est une chose. Faire taire son corps et son esprit pour refuser d’entendre ce qu’ils nous disent et refuser la réalité, souvent moins glamour que les fantasmes, en est une autre. Le problème dans tout cela est que nous n’avons pas tous les mêmes limites ! Que faut-il faire alors ? Se connaître, toujours plus, toujours mieux et s’accepter tel que le l’on se découvre, pour « être et durer » (bis)…

 Crédit photo: Sébastien RUC.

Nos défis ont-ils toujours un sens ?

Il ne s’agit pas là de compliquer les choses en voulant tout comprendre et tout expliquer. Au contraire. En revanche parfois, se poser pour aller au fond des choses, prend certes un certain temps mais en fait gagner par la suite. Pour tirer un maximum de plaisir de sa pratique sportive, être fier(e) de ses choix et de ses accomplissements, se remettre de ses échecs, avancer sans s’enfermer, prendre sa progression avec sérieux sans se prendre au sérieux, rechercher la performance tout en restant lucide et réaliste, il faut se poser quelques questions essentielles:

– Pourquoi je veux relever ce défi ?

– Qu’est-ce que ce défi représente pour moi ?

– Qu’aurai-je comme image de moi même si je réussis ? si j’échoue ?

– Pourquoi ce défi et pas un autre ?

– Ce défi peut-il me faire grandir ?

– Est-ce que je relève ce défi pour moi ou pour les autres ?

Plus vous aurez une connaissance lucide et pleine des raisons qui portent vos choix, plus vous les assumerez avec une sérénité que peu de gens connaissent.

Moi, si petite face à cette montagne Corse. Crédit photo: Sébastien RUC.

 

No pain, no gain ? No brain, no fear ? What else ?!

La première phrase est bien connue de tous. La deuxième vient de l’armée: répétée en long en large et en travers par des élèves pilotes de l’armée de l’air que j’ai eu la chance de rencontrer en formation d’officier. Il est certain que trop de réflexion tue l’action (expérimenté et validé face à l’angoisse du vide sur le GR20 cet été!). Il est aussi certain que l’on obtient rien sans efforts. « Faire du sport sans se fatiguer » ou « tout en restant sur son canapé« : non merci ! Je laisse ces phrases stériles aux magazines (souvent féminins) qui tentent de rassurer tous ceux ou celles que la simple vue d’une paire de baskets effraie. Chacun son truc, mais il y a une véritable beauté dans l’envie, l’acharnement et l’engagement de toutes ces personnes qui cheminent dans une voie de progression sportive. Comme pour tout, il faut aller au delà de sa paresse, de sa lassitude, de sa voix intérieure qui parfois tire vers le bas. Il faut sortir de soi, avancer, se mettre en mouvement. Un corps sain est fait pour manger, bouger, danser, aimer, pas pour se préserver dans une cage en cristal au risque de s’abîmer ! Dans ce voyage initiatique qu’est la vie, il y aura donc des moments de « trop », d’autres moments de « pas assez », l’essentiel est de toujours essayer pour avancer et de bien s’entourer, car seul, on est bien peu de choses.

Finalement, la solution n’est-elle pas d’être à 100% à ce que l’on fait en veillant à ne pas toujours faire la même chose ? Se dépasser à 100% lors d’un entraînement difficile; récupérer à 100% après un entraînement difficile; faire un footing de récup’ et réellement de récup’; retrouver des amis ou proches hors-course à pieds et être 100% avec eux à ce moment là; faire un effort nutritionnel les 3-4 jours précédant une course mais ne pas s’interdir tout et n’importe quoi le reste du temps; accepter de dormir le temps nécessaire si nécessaire; faire suffisamment confiance à son corps, qui est un allié et non un ennemi, pour manger lorsqu’il a faim – pour l’arrêter lorsqu’il vous dit stop – pour le stimuler lorsqu’il déborde d’envie…- tout cela ne devant pas être une guerre de tranchées: « moi contre mes limites », mais une écoute empathique et sage, qui vous appartient.

 

Témoignages: un plateau de qualité

Rendez-vous dans quelques jours pour un plateau de témoignages de qualité. Le temps pour vous de réfléchir au sujet et vous retrouverez les conseils, exemples concrets,  avis et confidences de:

Dominique Chauvelier, 4 fois champion de France de marathon (1981, 90, 91, 93) – RP sur marathon: 2h11mn24s à Milan en 1989; Champion de France de semi-marathon (1989) – RP sur semi-marathon: 1h02mn36s à Saint-Malo en 1992.

Mathieu Bertos, rédacteur sur u-run. fr – Retrouvez son blog personnel: « Mathieu Bertos: la passion du running »

Bernard Bizet, alias « Le Gros Joggeur » – Retrouvez son blog personnel: « Les chroniques du Gros Joggeur »

Romuald de Paepe, trailer du team Adidas – Retrouvez son site personnel: « Romuald de Paepe, team Adidas »

Crédit photo: Sébastien RUC.


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