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S’écouter permet-il de se dépasser ? Quand la violence de l’effort prend ou perd son sens (Acte 2/2)

Après une introduction au sujet dans un 1er article – consulter l’article: S’écouter permet-il de se dépasser ? Quand la violence de l’effort prend ou perd sons sens (Acte 1/2); place ici aux témoignages de 4 coureurs que vous connaissez bien. Vous aurez alors en mains de bons éléments de réflexion complémentaires issus d’expériences variées et de qualité. Je cède la parole à nos intervenants…

Témoignage de Dominique Chauvelier

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Athlète de très haut niveau, Dominique Chauvelier a 57 ans et arbore une carrière de coureur de fond d’élite. 4 fois champion de France de marathon: 1981, 1990, 1991, 1993 – Record Personnel sur distance marathon: 2h11’24 (Milan, 1989) – Record Personnel sur semi-marathon: 1h02’34 et sur 10 000m: 28’50″08 – la liste est longue. Dominique nous confie sans retenue et avec le recul d’une expérience de plus 40 années de course, sa vision pleine d’esprit du sujet: dépassement et écoute de soi.

 

Dominique Chauvelier

Témoignage: « Je pense qu’il vaut mieux faire moins que trop »

Il y a un facteur essentiel dans le dépassement de soi et la violence de l’effort, c’est le volume de pratique et la connaissance de ses capacités. Quand on débute on croit toujours que l’on est allés au bout mais en fait, on a beaucoup de marge. Quand tu cours un semi à plus de 20km/h, là c’est réellement violent, mais c’est aussi jouissif parce que malgré la douleur, tu arrives à la gérer cette violence. Tu as les muscles bourrés d’acide lactique mais tu sais que tu peux continuer quand même. Finalement, il s’agit quasiment plus d’une violence mentale que physique mais qui ne concerne qu’un très faible pourcentage d’athlètes. En ce qui me concerne, je n’ai jamais regretté d’aller loin dans mes limites. Ce qui est fondamental et que trop de coureurs oublient est la force de la récupération. Il faut récupérer entre les séries, entre les entraînements, avant un marathon, après une course. Je pense qu’il vaut mieux faire moins que trop. Mieux vaut s’entraîner régulièrement sur la durée que chercher à se rassurer sans arrêt en faisant plus à un moment où on devrait arrêter. D’autant plus quand tu vieillis car tu ne récupères pas de la même manière et il faut l’accepter, le prendre en compte. Certains entraîneurs d’athlétisme ont l’œil et sont capables d’en déduire à la posture d’un coureur qu’il est HS et qu’il faut faire un break, mais c’est rare. La plupart du temps, il faut être capable soi même de se mettre des limites pour pouvoir durer dans le temps (NDLR: Dominique soutient mon dicton militaire « être et durer » !, cf. récit sur le GR20). Je vois malheureusement surtout chez les femmes un acharnement invraisemblable, un investissement excessif dans la course à pied. Il faut faire très attention: faites-vous plaisir ! C’est la seule solution pour garder l’envie le plus longtemps possible. Si moi j’ai duré si longtemps, c’est parce que je ne me suis jamais usé psychiquement. Même à un niveau amateur on peut faire les choses sérieusement certes, mais en rigolant ! Diversifiez ! Rencontrez des gens différents, ne remplacez pas trop de séances par des compétitions: apprenez à persévérer seul, hors manifestations sportives. L’entraînement paie beaucoup plus. En revanche, sur des séances de VMA, il faut savoir se faire mal, se dépasser. Puis, sur un footing de récup’, il faut savoir récupérer et rien d’autre. Après un marathon, il faut changer, passer à autre chose. Il y a tellement de choses à faire dans la vie. Démystifiez les plans d’entraînement, sachez vous donner à fond quand il faut mais pas tout le temps pour garder votre fraîcheur. Moi cela fait 45 ans que j’ai envie et que j’en vis ! Quand je vois l’hyper-démocratisation des ultra-trails, je constate que les gens n’ont jamais fini de vouloir aller plus loin. Souvent, ce sont des coureurs qui savent qu’ils n’amélioreront jamais leur chrono sur un marathon donc qui changent de terrain de jeu; c’est une sorte de fuite. Sur l’UTMB, tu vois les 20 premiers courir mais pour les suivants, c’est la lutte – est-ce que ça a vraiment du sens ?

Je dirais ainsi que:  le marathon est violent; le trail est dur (aussi parce que ça dure dure dure…) – c’est différent…quoiqu’il en soit, sachez préserver votre envie !

Témoignage de Mathieu Bertos

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Mathieu a 28 ans, il est vendeur running, rédacteur sur U-run, et coureur sur toutes surfaces depuis… au moins 23 ans!
Ses chronos de référence sont les suivants – sur 5000m : 15’47; sur 10km: 33’02; sur semi-marathon: 1h12’04 ; sur km vertical: 44’34.

Retrouvez le blog de Mathieu Bertos: Mathieu Bertos running.

Mathieu Bertos

Témoignage: « Ceux qui arrivent à accepter la douleur vont plus loin dans l’effort et la performance »

Parfois, il faut s’arrêter et prendre le temps de trouver un sens à ce que l’on fait. Se fixer un but, mettre les moyens pour y arriver. Pour autant ce but à atteindre doit tenir compte des moyens que l’on a déjà, des éléments que l’on est prêt à mettre en œuvre. Certains ont des qualités naturelles et atteignent un certain niveau de performance que d’autres ont du mal à avoir sans s’employer.
Personnellement, je pense que le premier et le principal adversaire que nous avons, c’est nous-même. Si on arrive à être maître de soi, à se connaître, on peut donner le meilleur et ne pas regretter. Le ton de la réflexion est philosophique, mais concrètement, s’il n’y a pas réflexion sur ce que l’on veut et sur sa façon de faire, on tourne en rond.

Pour ma part je cours depuis longtemps et j’apprends sur moi tout le temps. Je suis encore en train de progresser. Je connais mieux mon corps, mes qualités, et j’arrive à mieux gérer mes efforts. La course est une question de gestion de plein de paramètres. Plus on est en maîtrise, plus on progresse. Mentalement, je deviens plus fort aussi. Par moments, je fais l’effort dans ma tête de tenir le coup dans les difficultés et les coups de mou… Si je le décide, je peux pousser plus loin malgré la souffrance. Ceux qui arrivent à accepter la douleur vont plus loin dans l’effort et la performance. Les limites demeurant: les risques sur la santé.

Pour ma part, je garde les pieds sur terre.

Témoignage de Bernard Bizet

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Coureur et blogger de 37 ans, Bernard pratique la course à pied depuis mai 2011 après 3 années de handball; 3 années de volley et de tennis de table; 20 années de basket soit 28années cumulées de sport au compteur !  Ses records personnels toutes distances sont les suivants – 10km: 43’42 »; 15km: 1h09’26 »; Semi-marathon: 1h38’30 »; Marathon: 3h57′.

Retrouvez le blog de Bernard Bizet, alias: « Le Gros Joggeur », à l’adresse suivante: blog de Bernard Bizet.

Bernard Bizet

 

Témoignage: « la notion de plaisir n’occulte aucunement le progrès ».

Bien que je n’aie que deux ans et demi de pratique, j’ai un avis assez définitif sur la question. Ma pratique de la course à pied est plutôt simple et j’évite de me rentrer dedans, sauf bien sûr lors des séances de résistance dure (type VMA), qui méritent bien leur nom. Pour ma part, le concept « No pain, no gain » s’applique uniquement lors des compétitions où je cherche une « performance ». Je suis donc à 100% lors de ce type de course et malgré la douleur je ne lâche absolument rien (la plupart du temps) en fin de course. Cependant, je surveille tous les signaux que m’envoie mon corps. En général, je respecte mes programmes d’entraînement à la lettre, (un peu rigoriste, j’avoue) mais s’il faut adapter la séance à la forme du jour, je le fais sans hésiter. A mon niveau de pratique, la notion de plaisir est primordiale. J’attends toujours la prochaine séance avec plaisir, voire impatience, tout comme la prochaine course.

Est-ce à dire que je suis trop cool? A chacun son avis. La notion de plaisir n’occulte aucunement le progrès. Je ne suis pas du tout un adepte du bourrinage absolu mais d’un progression harmonieuse qui permet à mon corps de tout assimiler sans dommage.

Témoignage de Romuald de Paepe

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Romuald a 38 ans et pratique essentiellement le trail depuis 4 ans. Ses résultats l’ont amené à obtenir 2 fois la place de 4ème du championnat de France de trail. Actuellement 3ème du TTN (NDLR: « Trail Tour National ») avec quelques victoires comme au Morbihan (2 fois), à l’Eco trail 50km de Paris (3h10, 2010), aux crêtes vosgiennes… Côté athlétisme, sans jamais vraiment s’y consacrer pleinement, l’hiver Romuald s’attèle au cross (62ème au France cette année), ce qui vaut aux alentours de 30’50/31′ sur 10km.

Romuald de Paepe

Témoignage: « C’est toujours le corps qui aura le dernier mot »

Peut-on dépasser ses limites en écoutant son corps? Vaste sujet, mais tellement intéressant… Avec l’expérience et mes années de pratique, je commence à vraiment bien me connaître. Sur des séances de seuil, je dirai que c’est là où je peux essayer d’aller voir plus loin. A mes allures de seuil, il m’arrive de sentir que le niveau de forme est là, que mes sensations montrent que je peux tenter d’aller un peu plus loin… C’est dans ces instants-là qu’il m’arrive d’augmenter mon rythme et de sentir que finalement, je franchis un palier… Tout cela évidemment ne peut se faire si la motivation, l’envie, la détermination ne sont pas présentes. Et quoi que l’on fasse, c’est toujours le corps qui aura le dernier mot…

Un grand merci à nos athlètes pour le temps consacré à la rédaction de ces témoignages. N’hésitez pas à nous faire part de vos expériences et de vos avis; chaque sportif est une histoire en soi !

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