« Vis mon sport »: la web série 100% sport qui donne de la puissance au handicap

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Il est intéressant de constater que plus les exploits ou performances fleurissent dans les sujets préférés des médias, plus la quasi mono-définition du bonheur hante tous les esprits avec cette espèce d’obligation d’être heureu-x/se d’une manière bien précise (généralement en étant jeune, fort, socialement et professionnellement « dominant », connu et reconnu, en couple…), plus, en contre-partie, des mouvements contraires naissent pour exprimer une autre vision de la vie et de la « réussite », notamment à travers le handicap.

Vis mon sport

L’initiative « Vis Mon Sport »

Philippe Croizon, s’est vu amputer des 4 membres à 26 ans suite à une violente électrocution sur le toit de sa maison. Arrêt cardiaque au premier choc et réanimation au deuxième contact avec la ligne à haute tension de 20 000 V à l’origine de l’accident. Alors que tout pousse dans ce type de situation à vouloir détester la vie et même la refuser, Philippe s’est reconstruit pour pouvoir témoigner et reconstruire les personnes en situation de handicap à leur tour.
Au delà d’une force de vie monumentale, bien supérieure à celle de nombreuses personnes valides, Philippe a voulu battre des records ! Traversée de la Manche à la nage en 2010, ralliement des 5 continents à la nage sur 100 jours en 2012 et record de profondeur en plongée pour un amputé des 4 membres en 2013 avec un fond à 33m.
Plus qu’un sursaut de vie, Philippe n’a cessé de vouloir montrer que le handicap n’est jamais une fin en soi et peut même aller de pair avec la performance. C’est face à ce constat que la web série « Vis mon sport » est née en partenariat avec Harmonie Mutuelle.

Le principe: 4 athlètes de haut niveau en situation de handicap, partageant leur sport avec des jeunes sur 4 épisodes.

4 épisodes où le sport efface le handicap sans le nier

Les 4 épisodes de « Vis mon sport » seront disponibles sur le site www.vismonsport.fr aux dates suivantes:

13 avril 2015: Judo avec Sandrine Aurières
11 mai 2015: Tennis avec Souad Yamani
8 juin 2015: Athlétisme avec Timothée Adolphe
6 juillet 2015: Natation avec Théo Curin

Le lancement presse de la web série auquel j’ai pu assister il y a quelques jours à Roland Garros, nous aura permis de découvrir l’un de ces 4 épisodes en présence des protagonistes.
Il est évident que le handicap est difficile à accepter voire à regarder pour ceux qui sont valides et ne peuvent s’empêcher de faire un transfert en espérant ne jamais vivre « une chose pareille ». Pourtant, le ton de la rencontre n’était pas à l’apitoiement ou à la compassion triste, bien au contraire. Philippe mène un combat pour positiver sa différence et celle de toutes les personnes handicapées. Hors de question d’être dans le politiquement correct ou la lourdeur.

« Je suis la preuve qu’il est possible de réussir quand personne ne s’y attend voire quand personne ne pense que c’est possible » cite Philippe au sujet de ses exploits sportifs.

Bien sûr, comme pour atteindre toute performance, il faut fournir un travail énorme et régulier. Les efforts nécessaires sont conséquents. Théo, victime d’une méningite à 6 ans le privant définitivement de ses 2 bras et non accessoirement double champion d’Europe d’athlétisme handisport confirme:

« C’est grâce au travail que l’on réussit. Il m’arrive de craquer à l’entraînement mais j’aime mon sport, dans l’eau je n’ai plus de handicap, je fais la même chose que les personnes valides, alors je continue ».

Valide ou en situation de handicap: pour gagner il ne faut jamais être seul.

Ce sujet est revenu de façon récurrente, notamment dans les paroles de Philippe. je pense que nous oscillons aujourd’hui entre indépendance voire individualisme poussé dans nos sociétés occidentales, sans pour autant perdre cette envie profonde et naturelle d’être liés aux autres. Malheureusement, certains outils modernes nous laissent croire que nous sommes « connectés » aux autres, mais « connecté » ne voulant pas dire « liés », l’illusion est parfois trop belle et dangereuse. Quand on se croit fort et tout-puissant, il est encore plus facile de penser pouvoir arriver à ses fins tout seul. En situation de handicap, le besoin de l’autre est bien plus évident, voire bien plus admis. C’est là que ceux qui savent s’entourer parviennent à avancer et parfois à aller très loin. Philippe précise en insistant:

« Si j’ai réussi, c’est parce que j’ai eu une équipe autour de moi, jamais seul, jamais ! »

Le sport d’athlètes handicapés: du « vrai » sport ?

Il y a plusieurs années, après les JO avaient lieu les jeux paralympiques auxquels un public ridicule assistait ce qui était relativement compréhensible, précise Philippe, dans la mesure où l’écart entre les athlètes valides versus handicapés était énorme, ce qui rendait les épreuves difficiles à retranscrire ou à suivre. Aujourd’hui, les choses ont changé. Philippe raconte son expérience des Jeux paralympiques de Londres:

« Ce que j’ai ressenti était violent, j’ai vu du vrai sport, c’est un spectacle. Les athlètes paralympiques aujourd’hui se préparent 4 ans pour avoir une médaille, c’est intense ! »

D’ailleurs, Sandrine Aurières, double vice-championne paralympique et double championne du monde de judo handisport raconte tous ces entraînements pendant lesquels les athlètes valides et handicapés se mélangent parfois. L’athlète est avant tout un professionnel du sport, son handicap devient secondaire, surtout pendant sa pratique même.

« Une fois sur le tatami je ne sens plus mon handicap, d’ailleurs on peut avoir une vie fantastique au niveau sportif que ce soit en amateur ou à haut niveau, avec un handicap » ajoute Sandrine.

Le sport: formidable moteur de résilience

La « résilience », fameux mot très profond et philosophique qui mérite que l’on s’y attarde tant il est porteur de sens. Qu’est ce que la résilience ? En aucun cas il ne s’agit de « résignation ». Cela va même au delà de l’acceptation. Ce terme a été introduit par le psychologue Boris Cyrulnik pour définir une capacité acquise au cours de l’enfance notamment et permettant de rebondir face aux situations déséquilibrantes. il s’agit de trouver suffisamment d’accroches et de repères pour reconstruire sur ce qui a été détruit. Or, Philippe Croizon a répété à plusieurs reprises au cours de la conférence de presse à quel point « le sport est un formidable moteur de résilience ».
Bien plus qu’une mise en mouvement du corps, le sport a cet capacité de permettre à chaque être humain peu importe son histoire de se (re)trouver et de se (re)construire.
Preuve en est, quasi tous les athlètes handicapés présents ce jour là ont évoqué le fait de ne plus sentir leur différence, leur handicap, pendant la pratique de leur sport.
Il me semble qu’il existe des handicaps visibles et d’autres bien moins évidents. Nous avons tous des fragilités ou des parts de nous mêmes qui nous désavantagent (a priori) face à ce que l’on estime être la norme. Mais, les protagonistes de cette web série « vis mon sport » témoignent vivement de l’importance de croire en l’impossible, même quand « 99% de votre entourage semble ne pas vous soutenir ».
Handicap ou non, c’est avant tout l’amour du sport et la confiance en la puissance qu’il dégage qui permet à chacun de dépasser les limites de ses croyances, celles qui tendent à idéaliser une unique forme de normalité ou de perfection comme seule condition de bonheur.

Et pourtant…

Théo, quadri amputé, a réussit à dépasser le regard terrible des autres qui, à la piscine, le corps presque à nu, lui renvoyaient une image blessante de sa différence.

Souad, tétraplégique après un accident de voiture, est devenue joueuse de tennis en fauteuil (ex n°7 française) et femme de carrière.

Timothée, non voyant, est double champion d’Europe d’athlétisme handisport, aux côtés de son guide complice.

Sandrine, déficiente visuelle (achromatopsie), est double vice-championne paralympique et double championne du monde de judo handisport.

Où sont les limites si ce n’est celles de notre difficulté à accepter l’humain dans toute la réalité de son imperfection comme de son formidable potentiel de résilience ?

Et Philippe de conclure: « C’est désormais à vous de transmettre la beauté du sport, handicap ou non ».

 

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Marie
Créatrice et blogueuse passionnée de Sport, nourrie des cultures européenne et américaine, je me spécialise en nutrition pour aider les lecteurs Hotsteppers à vivre une vie saine, solide et riche de sens ! Ma meilleure amie et athlète Alison m'accompagne sur ce blog dans les 1001 expériences et découvertes qu'il nous offre et contribue à son contenu à travers son activité physique de niveau semi-pro (Équipe de France de Hockey Subaquatique)

2 COMMENTS

  1. Merci pour cette présentation. Elle est formidable. Le sport est essentiellement du partage. Et c’est ce que nous faisons tous les jours à travers passeport-marathon. Nous organisons des voyages solidaires. Notre démarche est simple : courir tous ensemble dans la convivialité pour soutenir une association. Avez-vous déjà fait des courses solidaires ?
    Merci encore pour votre article.

    • Merci pour votre commentaire !
      J’avais eu la chance de permettre la rencontre en une jeune femme myopathe et une équipe dédiée à leur joellette et ses 3 passagers lors du Marathon des Sables 2013 !
      Cette rencontre m’avait à son tour permis d’accompagner l’équipe au Maroc et de faire les 10 derniers km avec tous les concurrents au profit de l’UNICEF. Symbolique mais c’était un beau début et j’en farde un souvenir mémorable.
      Je ne connaissais pas votre organisation..

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