Une étude démontre que cacher vos émotions avant une course peut affecter négativement vos performances

Le département de psychologie de l’université de Portsmouth aux Etats-Unis a mené une étude visant à tester l’influence des émotions sur les performances des sportifs, notamment des runners. La base de cette étude est assez perturbante. En effet, le scientifique Chris Wagstaff a demandé à des volontaires sportifs de visionner un film de 3 minutes qui montre une femme d’origine asiatique se forçant à vomir. Et comme ci cela ne suffisait pas, la vidéo la montre ensuite en train de mange son propre vomi. Une image qui a de quoi marquer pendant un moment. Juste après ce visionnage, les participants sont tous invités à pratiquer une course à pieds de 10km avec d’autres coureurs n’ayant pas visionné la vidéo.

Avant cette course, Chris Wagstaff demande à certains volontaires de tenter de supprimer, ou tout du moins de cacher toute émotion rattachée à la vidéo. La consigne précise est qu’ils doivent garder une « poker face », c’est à dire avoir un visage qui ne trahit pas la force ou la faiblesse d’une main au poker, et dans ce cas précis l’état d’esprit du coureur.

De l’autre côté, les volontaires restant n’avaient aucune consigne particulière et ont fait face à leurs émotions telles qu’elles venaient.

Après la course, des courbes ont été établies pour comparer les résultats des participants.

  • [bullets icon= »0293.png »]
    • « Control » représente la performance moyenne des sujets n’ayant pas du tout vu la vidéo.
    • « Suppression » est la courbe des personnes qui ont dû « supprimer »/cacher leurs émotions en gardant une poker face.
    • « Non-suppression » présente les résultats des participants ayant visionné le film mais à qui aucune consigne n’a été donnée pour bloquer leurs ressentiments.

    [/bullets].

Voici les courbes représentant la production d’énergie :

etude emotions et performance

Source: http://www.runnersworld.com

[pullquote]On constate que le groupe n’ayant pas été exposé à la vidéo produit le plus d’énergie/est le plus performant. Les groupes ayant « subi » l’impact émotionnel de la vidéo sont moins performants, mais ceux ayant du cacher leur affect ont été encore moins performants que ceux tochés par la vidéo mais autorisés à le montrer.[/pullquote]

Et voici les résultats sur la perception de l’effort :

etude chris wagstaff perception de l'effort selon les emotions

[pullquote]On remarque également ici que l’effort perçu est d’autant plus élevé que l’athlète lutte deja contre ses émotions. Normal quand on connaît l’énergie requise pour « faire semblant ».[/pullquote]

On note en effet d’emblée que l’effort psychologique opéré pour supprimer les émotions use des ressources qui influencent les capacités à pratiquer un effort physique.

Mais quelles sont ces ressources en particulier ? Selon l’étude, cela a trait à la théorie de l’épuisement de l’ego ou fatigue décisionnelle, c’est à dire l’idée que des actions d’auto-régulation telles que cacher ses sentiments, ne pas manger un cookie alors qu’on en a envie, ou encore se forcer à se dépasser lors d’un exercice physique alors que notre corps nous indique qu’il ne tiendra pas, sont rattachés à une ressource limitée mais renouvelable. Certains scientifiques avancent que cette ressource pourrait être la quantité de glucose dans le cerveau, ou de la fatigue connectée au changement d’activité du cerveau dans certaines zones spécifiques, ou encore des changements de zones des ressources neurologiques…

Peu importe le mécanisme, les résultats démontrent clairement que la fatigue mentale influe sur la performance physique, ce qui est plus ou moins évident pour tous, mais aussi que le refus de vivre ses émotions génèrent une performance de moins bonne qualité. Et c’est ce qui nous intéresse pour la pratique de la course. Pensez aux athlètes qui doivent faire face à leur notoriété avec une poker face constante lors des interviews, de leurs interactions avec le public, face aux caméras… Lors d’une compétition, le stress est un énorme facteur de troubles internes. Savoir éviter le stress et les situations contrariantes est important mais les laisser sortir lorsqu’elles s’imposent est utile voire essentiel.

On précise tout de même qu’au final, la gestion du stress dépend de chacun et que c’est aussi une gymnastique de l’esprit qui est rarement innée mais qui peut s’apprendre. Ayez confiance en votre capacité d’apprentissage et laissez vous être vous même pour aller plus loin…

[Article écrit par Maria Vaugn]

 

2 Commentaires

  1. Trés bonne étude. On voit bien que le mental joue beaucoup sur nos performances, que ce soit sportifs ou intellectuels d’ailleurs.
    J’adore vos articles, qui sont toujours très interressants et complets!

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