En hommage à tous ces chiens qui comme Diesel, ont un jour donné leur vie pour les Hommes.

Naturellement très touchée par les évènements survenus en France le 13 décembre, j’ai été comme certains, bloquée dans mon expression, sur ce blog et sur les réseaux sociaux. J’ai eu besoin de recul, de silence, de calme, pour mieux digérer, pour laisser refroidir ma tête déconcertée, blessée, angoissée même par le non sens d’une « volonté de détruire » inconcevable. Bien loin de la souffrance de ceux qui ont perdu un être cher et dont le témoignage suffit à me remplir d’un émotion débordante et envahissante, j’ai oscillé entre volonté de m’imaginer et volonté de ne plus penser. Et puis, il y a eu la perte de l’un des coéquipiers les plus engagés du RAID: Diesel. Cette chienne de 7 ans, entraînée tout comme son maître pour empêcher de tuer, pour protéger, pour sauver. Sa mort brutale sous le feu glacial de non êtres à qui l’âme et le coeur n’appartiennent plus, m’a inspirée pour participer à un concours de nouvelles express n’offrant pas plus de 48h de délai entre l’annonce du thème et la deadline d’envoi de 10 000 signes maximum de composition. Un thème en l’occurrence opportun et non des moindres: l’Espoir. Or, c’est parce que je viens de découvrir le véritable témoignage du maître de Diesel et parce qu’avant d’aimer le sport, le mouvement, la vie; j’aime avant tout écrire, que je sors mon texte de l’ombre de son dossier caché et que j’ose le partager avec vous. Merci pour votre lecture fidèle depuis 3 ans.

[pullquote]Comme il faisait sombre encore cette nuit-là. La grande lumière du ciel qui permet parfois de voir les visages des hommes était toute faible. Je ne comprends pas pourquoi cette lumière prend parfois la forme d’un rond, parfois d’un croissant. Pourquoi elle est parfois jaune, parfois blanche, parfois rousse. Parfois haute, parfois basse. Parfois petite, parfois très grosse. Cette nuit-là, elle était si fine, si discrète qu’on aurait dit qu’elle se cachait. Je trouvais ça dommage. Je l’aime bien moi cette lumière. Elle me permet de ne jamais perdre Pierre de vue.[/pullquote]

D’ailleurs, ce soir Pierre m’avait parlé avec le ton ferme et grave qu’il emploie quand un exercice difficile nous attend. J’avais compris qu’une fois encore je devrais ne jamais le perdre des yeux, pour bien comprendre ce qu’il se passe, ce qu’il attend de moi, ce que je dois faire pour lui. Je ne me rappelle pas de tout mais je sais que les moments que je passe avec Pierre ne se ressemblent jamais. La plupart du temps, je m’entraine avec lui sur le parcours d’obstacles de la base. Je refais indéfiniment les mêmes exercices mais Pierre tient à ce que je sois un peu plus fort à chaque fois. Je suis sous ses ordres et je lui fais une confiance infinie. Pierre veut que j’atteigne l’excellence, parce que j’ai été choisi pour faire partie des unités opérationnelles qui prennent part aux sorties les plus difficiles. Alors je suis ses ordres et je travaille dur. Mais malgré tout ça, Pierre n’oublie jamais de me féliciter quand je suis bon, de me récompenser. Il laisse même transparaitre des gestes d’affection, ce qui n’est pas courant entre les autres hommes avec qui Pierre travaille. Mais avec moi c’est différent. Pierre sait qu’il n’y a que comme ça que je comprends que j’ai bien fait et que je dois continuer. A chaque entraînement ou exercice j’ai besoin de savoir que Pierre est content de l’aide que je lui apporte ; parce que ma vie c’est de le servir. Je me fie à son regard, parfois plein de fierté, de bienveillance, parfois d’exigence ou même de colère. Je sais que Pierre doit servir lui aussi d’autres hommes et que notre mission à tous les deux est importante, même si je ne comprends pas toujours tout mais qu’importe. Quand nous revenons tous les deux d’exercices difficiles très loin de notre base, j’ai faim, j’ai soif, j’ai besoin de me reposer mais je sais que Pierre et moi avons bien travaillé ensemble et je suis heureux.

Ce soir, tous les hommes avec qui Pierre s’entraîne se préparaient à partir loin, une fois encore. Pierre s’approcha de moi et me dit de lui suivre : j’avais raison, c’était bien un nouvel exercice loin de la base, j’étais excité, je le suivais plus volontaire que jamais. Nous montions dans un gros appareil bruyant qui allait s’élever dans les airs et nous rapprocher un peu plus de la source de lumière toute mince de la nuit. J’aime bien ces moments où je peux la regarder de plus près.

Une fois tous les hommes assis à côté de Pierre et moi, l’appareil s’éleva. Pierre me parlait lentement mais fermement. Je me demandais s’il n’avait pas un peu peur. Il avait un énorme sac sur le dos qui était relié à une barre centrale. Tous les hommes de l’appareil avaient eux aussi un gros sac relié à cette barre. Au bout d’un moment, Pierre me pris contre lui et m’accrocha à son sac. Je restais fixée sur son torse, en travers et j’attendais de voir ce qu’il allait se passer. Je n’aime pas trop être immobilisé mais si c’est Pierre qui l’a décidé, je sais que c’est pour mon bien. Tout à coup, un homme se mit à crier fort et les autres hommes se levèrent. L’homme qui criait fort ouvrit la porte du gros appareil et les autres hommes sautaient dans le ciel les uns après les autres. Pierre me serrait contre lui en me disant «allez, on y va ». Ça me rappelait un exercice je crois où Pierre avait sauté dans les airs avec moi. J’avais tremblé de tous mes membres mais une fois arrivés en bas du ciel, Pierre m’avait félicité. Alors j’avais compris que j’avais été bon et que c’était comme ça qu’il fallait faire. Cette fois ci, il faisait noir alors c’était différent. On ne voyait pas le ciel mais Pierre passa quand même la porte de l’appareil et l’air se mit à souffler très fort contre moi.

Je détestais cette sensation, mais je continuais de sentir la main de Pierre sur ma tête alors je savais que je faisais bien. Je fermais mes paupières quand soudain je sentis un sursaut et le souffle s’arrêta. Pierre et moi continuions à descendre dans le ciel mais moins vite. Il enleva alors sa main de moi pour tirer sur des ficelles. Il ne me parlait pas et ne faisait aucun bruit. Je pleurais un peu d’impatience et de peur mais Pierre me dit de rester silencieux, avec son ton très ferme. Alors j’avalais ma salive et je gardais mes sanglots dans ma gorge pour ne pas décevoir Pierre qui me disait toujours des choses bonnes pour nous. Je ne comprenais pas tout mais il avait surement raison. Pierre remis alors sa main sur moi au moment où je sentis la terre à nouveau. Nous avions quitté l’air. Il me détacha tout en m’ordonnant de rester tout proche de lui. Je pouvais à nouveau marcher et même courir ; Pierre était pressé ; tous les autres hommes aussi, toujours sans bruit. Pierre me parlait tout bas et me dit « viens », avec beaucoup d’autorité. C’était un exercice différent des autres. D’habitude, Pierre me félicitait quand je ne faisais pas de bruit et quand le saut dans l’air était fini mais là je devais courir à côté de lui, très vite. J’étais un peu triste mais il savait surement ce qu’il faisait. J’espérais juste ne pas avoir mal fait.

Tout à coup, des lumières apparurent dans la nuit avec de très gros bruits.

Les lumières se rapprochaient et Pierre me cria « coucher ». J’avais appris à ramper pendant les entraînements ; je me collais à lui et je lui obéissais au doigt et à l’œil. Pierre se mit à faire du bruit et des lumières lui aussi. Il m’avait appris que son appareil s’appelait « arme » et que ça n’était pas un jouet. Il m’avait appris à le trouver et à l’arracher des mains des hommes qui n’étaient pas ses amis et qui lui voulaient du mal. Une fois, un homme avait utilisé son arme contre Pierre pendant un exercice difficile et m’avait blessé. Pierre s’était occupé de moi et m’avait aidé à guérir pour reprendre mes entraînements. J’ai toujours suivi Pierre partout et je sais qu’il utilise son appareil pour tuer les hommes méchants, jamais pour autre chose. Mais je n’ai jamais compris pourquoi ces hommes voulaient tuer Pierre, pourquoi ils étaient si différents, si méchants.

On avançait toujours face aux bruits et aux lumières quand tout à coup je senti une odeur que Pierre m’avait apprise à détecter pendant mes entraînements. Je courais vers cette odeur et me retrouvais au-dessus d’un autre de ces appareils qui ne sont pas des jouets : ceux qui explosent du sol. Je lançais le signal que Pierre m’avait appris et il se mit à crier aux autres hommes amis. Tous les hommes amis s’éloignaient en courant de l’appareil qui explose du sol et Pierre me criait de revenir. J’obéissais et courais hors d’haleine vers lui quand l’arme du sol explosa. Je me retrouvais par terre. Je voyais tout flou. Je voulais obéir à Pierre qui criait mon nom mais je ne pouvais plus me remettre debout. Je regardais au loin tous les hommes amis de Pierre qui étaient sains et saufs. J’avais du mal à respirer ; je sentais mon corps s’affaiblir. J’avais beaucoup plus mal que quand un homme méchant m’avait touché avec une balle la dernière fois. En fait je ne sentais plus rien. Pierre criait mon nom, encore et encore. Je crois que j’avais bien fait ce que Pierre m’avait appris. J’avais trouvé l’arme qui explose du sol et j’avais protégé Pierre et les hommes amis. Je sentais tout à coup qu’il n’y aurait pas d’autres exercices pour moi. Je sentais la nuit tomber au sein de la nuit même. Mon souffle haletant ralentissait à s’apprêtait à disparaitre. Je partais, loin, très loin, sans pouvoir rien faire et me demandais encore et encore pourquoi tous les hommes n’étaient pas comme Pierre. Pourquoi Pierre avait passé sa vie à se battre contre les hommes qui blessent et font exploser des armes au sol. Mes sanglots revenaient mais ne sortaient plus. J’avais de la peine pour ce monde d’hommes que j’avais connu et jamais vraiment compris. Alors que mes yeux se fermaient, je sentais une dernière fois la main de Pierre qui avait finalement réussi à me rejoindre, sur ma tête .

L’espace d’un dernier souffle, j’espérais alors profondément du fin fond de mon doux cœur de chien, qu’un jour, tous les hommes pourraient aimer les autres hommes comme Pierre m’avait aimé.

life is a beautiful sport

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Créatrice et blogueuse passionnée de Sport, nourrie des cultures européenne et américaine, je me spécialise en nutrition pour aider les lecteurs Hotsteppers à vivre une vie saine, solide et riche de sens ! Ma meilleure amie et athlète Alison m'accompagne sur ce blog dans les 1001 expériences et découvertes qu'il nous offre et contribue à son contenu à travers son activité physique de niveau semi-pro (Équipe de France de Hockey Subaquatique)

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