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Végétarien, vegan, omnivore : le clash communautaire Cohen vs Bernard-Pellet

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Temps de lecture estimé : 9 minutes

Le 1er est l’un des médecins nutritionnistes les plus célèbres (ou « markettés ») que la France connaisse et l’autre un fervent défenseur de la cause végétalienne ou « vegan ». Jean-Michel Cohen et Bernard Pellet s’affrontent ou plutôt « confrontent leurs idées » dans ce débat clair et édifiant que j’ai choisi de vous synthétiser dans cet article. Alors : faut-il être vegan pour être en bonne santé ? Ne pas manger de produits animaux est-il une source inévitable de carences ? Pourquoi la tendance vegan prend-elle un élan communautaire aussi fort ? Est-ce légitime ? Réponses.

L’alimentation, ce choix de plus en plus affectif et quasi « religieux » : pourquoi ?

L’avis de Jean-Michel Cohen

Bien que précisant ne pas être pratiquant, Jean-Michel Cohen se penche sérieusement sur le lien fort entre alimentation et spiritualité. Il vient d’ailleurs de finir un livre intitulé : « Les nouvelles religions alimentaires » qui reprend un thème traité par Claude Fischler il y a des années déjà dans son livre « Alimentations particulières : mangerons-nous encore ensemble demain ? »

Si l’on prend la peine d’aller au bout de son raisonnement, on comprend qu’il ne justifie pas ses positions nutritionnelles par des convictions spirituelles. Cela n’a rien à voir. En revanche, il constate une société créant de plus en plus de systèmes d’exclusions alimentaires et la constitution de véritables « communautés » liées à ces choix.

La communauté des :

  • « sans gluten »,
  • des « sans lactose »,
  • des « végés »,
  • des « vegans »,
  • des « crudivores », etc.

Jean Michel Cohen précise être tout à fait tolérant sur les choix alimentaires libres de chacun mais ne pas approuver le veganisme par exemple puisqu’il en est question ici, chez :

  • les enfants
  • les femmes enceintes
  • et les personnes dépendantes (âgées ou malades).

Pourquoi ? Nous le verrons en détails dans les réponses suivantes. Au delà des carences possibles Jean-Michel Cohen dénonce une complexification de l’alimentation qui se doit d’être naturelle, simple et source de plaisir !

Le ralliement à des choix alimentaires souvent exclusifs s’explique selon lui par un paradoxe entre une société de surabondance (nous avons tout ce que nous voulons) mais de plus en plus vide de règles, de pratique religieuses, de cadre et d’interdits.

Jean Michel Cohen évoque même des « névroses de mort », apaisées et réconfortées par des choix alimentaires de l’ordre de l’engagement spirituel.

NDLR: je trouve cette analyse très intéressante. Notre engagement alimentaire nous définit plus que jamais et nous sécurise dans une voie précise que l’on s’impose comme un repère essentiel de notre quotidien.

Notre société anxiogène fondée sur le contrôle permanent, l’obsession de la longévité et de la surperformance utiliserait l’alimentation comme un levier de maîtrise de son existance, souvent au delà d’une logique nutritionnelle de base. Intéressant, non ?

L’avis du Dr Bernard-Pellet

Pour parer aux « attaques » anti-vegan et végétariens, le Dr Bernard-Pellet puise ses arguments dans les près de 3000 publications scientifiques qu’il précise être en faveur de ces modes d’alimentation sans viande ou produits animaux. Il déplore d’ailleurs un tel acharnement contre les communautés végétariennes ou vegan qu’il justifie par un décalage entre ce qu’on leur reproche et ce que la science écrit !

Anecdote : le Dr Bernard-Pellet raconte que l’Agence Spatiale Européenne, à défaut de pouvoir envoyer 30 tonnes de nourriture « omnivore » sur Mars (trop lourd) pour une future expédition humaine, a fait composer des menus 100% végétaliens car plus écologiques et plus rentables tant en termes de production (locale, sur Mars) que d’apports nutritionnels. Le médecin lance alors une question ouverte : « pourquoi ce qui serait bon pour des hommes en parfaite santé, surentraînés et en contexte de performance, ne le serait pas pour le reste de la population humaine ? »

Le PNNS défavorable au végétalisme : un programme obsolete ?

L’avis du Docteur Bernard-Pellet

Le médecin pro-vegan/végé participe déjà à des réunions avec l’ANSES pour faire évoluer les recommandations du PNNS qu’il juge obsolete (certains parlent même d’échec total du programme « manger bouger »). Le programme typiquement français serait en effet peu favorable aux alimentations végétariennes et végétaliennes, contrairement à des pays voisins comme l’Angleterre se ralliant à la FDA et encourageant ces nouveaux modes alimentaires, à quelques conditions toutefois. La supplémentation en Vitamine B12 étant l’une de ces conditions principales et prioritaires.

L’avis de Jean Michel Cohen

Sur ce point, Jean Michel Cohen approuve les dires de son confrère. Nous voilà bien avancés, le PNNS serait loin d’être une Bible et pas plus intéressant que des consignes de base incitant à manger de tout. Rien de révolutionnaire.

Jean Michel Cohen ajoute même que les végétariens auraient aujourd’hui une esperance de vie de 25% supérieure à leurs homologues omnivores et que 2 enfants omnivore versus végetarien grandiraient tout à fait de la même manière. Le végétarisme ne poserait selon lui, aucun problème et apporterait l’avantage d’offrir une alimentation limitée en Acides Gras saturés (« mauvaises graisses ») que les omnivores ont tendance à trop consommer.

Pour les vegan ou le « végétalisme », Jean Michel Cohen est beaucoup plus radical et n’approuve pas ce mode alimentaire qui nécessite tant de supplémentations (Vitamine B12, acide folique, fer et zinc) ou d’aménagements (association de multiples familles alimentaires pour obtenir l’ensemble des acides aminés essentiels dont la lysine, beaucoup plus rare dans les végétaux).

L’avis du Dr Bernard-Pellet

Se référant à nouveau à la littérature scientifique pro-vegan, le médecin surf sur l’argument de la longévité et énonce que même les études les moins favorables au vegétalisme démontrent un allongement de l’espérance de vie notamment grâce à :

  • une diminution de maladies cardio-vasculaires,
  • de certains types de cancer (colon notamment),
  • du diabète de type 2 et même, de la cataracte !

Les carences du végétalisme : acceptables ou dangereuses ?

Le Calcium

Très favorable au lait et se défendant de toute forme de collaboration que ce soit avec les industries laitières, Jean Michel Cohen explique que les populations asiatiques historiquement non consommatrices de lait:

  • sont de petite taille (croissance moindre)
  • et connaissent 3 fois plus de fractures du col du fémur que dans les pays occidentaux.

Il ajoute que l’Agence de Santé chinoise recommande actuellement l’introduction de produits laitiers dans les modes alimentaires de ses populations. Lait pour le moment en provenance de nos contrées occidentales, vu par le Docteur Bernard-Pellet comme un conflit d’intérêt avec l’expansion de Danone en Asie.

Le Zinc, la vitamine B12 et l’acide folique

Si les 2 scientifiques sont unanimes sur le besoin de se supplémenter en vitamine B12 quand on est vegan, le Docteur Bernard-Pellet précise que pour ce qui est de l’acide folique, les omnivores aussi peuvent être carencés. Quant au zinc, une carence chez un enfant (notamment avant 6 ans) peut avoir des effets dramatiques sur son développement (syndrôme cerebelleux). Là encore, Jean Michel Cohen exprime sa désapprobation du végétalisme pour les jeunes enfants.

Le Fer

Le Dr Bernard-Pellet précise qu’il y a 20% de femmes carencées en fer dans la population omnivore (je suis bien placée pour le savoir mais un assez mauvais exemple car faible consommatrice de viande rouge et règles très abondantes dû à une adénomyose). Il ajoute que le fer des produits animaux est certes bien mieux assimilé que le fer des végétaux mais qu’il est aussi pro-oxydant et favoriserait certains cancers. Sur ce point j’avoue trouver le raisonnement un peu tiré par les cheveux. Quand on manque de fer, on en prend, c’est tout. Quand on en a assez, on évite d’en surconsommer. Comme tout.

Protéines : est-ce si compliqué de les trouver dans une alimentation végétalienne ?

Jean Michel Cohen évoque la moins bonne valeur biologique des protéines végétales versus animales.

Pour faire simple, la valeur biologique d’une protéine serait liée au rapport entre sa quantité d’acides aminés essentiels (que le corps ne peut pas produire lui même donc qui doivent être amenés par l’alimentation) et non essentiels (dont le corps a besoin mais qu’il peut produire lui même).

Or, seules les protéines présentes dans l’œuf et le lait auraient une qualité biologique supérieure.

Le Dr Bernard-Pellet cite les protéines du soja ou du quinoa comme étant pourtant excellentes. Il précise qu’il est possible de trouver tous les acides aminés essentiels dans les légumineuses (haricots secs, pois chiches, pois, fèves, soja), les céréales et les oléagineux.

Le Dr Cohen ajoute que la lysine reste toutefois un acide aminé compliqué à trouver dans l’alimentation végétalienne à moins d’être un véritable pro de l’alimentation et de savoir exactement quels produits associer, à quelle dose et à quelle fréquence pour ne manquer de rien. Il ne trouve pas cette approche très « naturelle » et compatible avec le principe même de l’alimentation : nourrir et faire plaisir sans devenir une science quotidienne.

Et les lipides (matières grasses) dans tout ça?

Jean Michel Cohen indique que le seul véritable problème concernant les lipides est lié à la trop grande consommation de graisses saturées produits frits, viande grasse, fromage (31% de matières grasses en moyenne), chocolat).

Attention : le lait et les yaourts contiennent maximum 4,2% de matières grasses ce qui est faible. De plus, les graisses saturées sont nécessaires ! C’est leur excès qui est mauvais. Pas question de rayer tous les aliments à graisses saturées de sa carte de menus.

2 conseils du Dr Cohen :

  • Ne pas manger beaucoup (ou ne pas « trop manger »)
  • Ne pas manger trop de graisses saturées et varier les apports en matières grasses en privilégiant les huiles de colza, noix et noisette.

Côté végétarisme et végétalisme, il est certain que les graisses saturées présentes dans les aliments végétaux sont bien moindres. Le Dr Bernard-Pellet rappelle également que le problème n’est pas tant le manque d’Omega 3 que l’excès d’Omega 6 (huile de tournesol, huile de maïs, huile d’arachide, huile de pépins de raisin, etc) qui favorise des états inflammatoires. Là dessus, les 2 confrères sont d’accord !

Et si on faisait le bilan ?

Intéressée depuis toujours par la nutrition, je me suis formée et informée auprès de personnes diverses. J’ai beaucoup lu. J’ai beaucoup testé. J’ai aussi connu la privation à une époque où la nourriture et moi n’étions pas très amies.

Aujourd’hui je vois des courants alimentaires de dingues se former et je rejoins là dessus la vision du Dr Cohen qui n’est pourtant absolument pas pour moi une figure d’inspiration particulière, je précise. On ne se contente plus de manger, on revendique ce qu’on mange. Alors ok, on a l’impression d’être sans cesse floués par les industries en particulier agroalimentaire. De se faire empoisonner à notre insu. Que l’on nous ment et que l’on nous refourgue des trucs pas sains dans nos assiettes, dans notre eau, dans nos produits cosmétiques, d’entretien, etc. Je vis dans la même époque que vous avec, comme je l’ai précis plus haut, une adénomyose (pathologie gynéco issue d’un dérèglement hormonal – hyper oestrogénie – en partie génétique mais pas que…). Pourtant mon mode de vie est on ne peut plus sain. Je ne pourrais pas faire mieux ou à peine mieux.

Mais je ne deviendrai pas vegan. Je mange déjà peu de viande mais j’adore les produits laitiers, le poisson et les oeufs. Je n’ai pas envie de réfléchir aux acides aminés que j’ai dans mon assiette et de prendre mes comprimés de vitamine B12, mes ampoules de Vitamine D, mon fer …pour palier à ce que je n’ai pas dans mon assiette. Quant à la cause animale, je la respecte profondément et suis une grande amoureuse de la nature dans son ensemble. Je suis tout à fait pour une consommation modérée, encadrée. Mais pas pour une radicalisation de mon assiette.

Finalement, bien que n’étant pas fan du Dr Cohen et de son battage médiatique, je suis d’accord avec lui sur une chose: on vit de plus en plus longtemps mais pas forcément de mieux en mieux. Alors si déjà, on commençait par juste essayer de vivre ? à fond ? Aujourd’hui. #Lifeisnow

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Marie
Créatrice et blogueuse sport - nutrition - bien-être. Après des études d'ingénieur bio (France) et un MBA en marketing (Canada), j'ai vécu une expérience de 18 mois dans l'armée de l'air. Ultra curieuse et pour la diversité, j'ai créé le support Hotsteppers ainsi qu'une association de training du même nom pour inciter à bouger, manger et vivre mieux, peu importe son niveau ou son âge ! Freinée en pleine quête de performance par une adénomyose (forme d'endométriose), j'ai dû et continue de repenser ma passion et pratique sportives tout en explorant sans arrêt de nouvelles pistes de santé et bien être. Après avoir travaillé 5 ans pour des marques de sport, je me suis lancée en tant qu'indépendante début 2019 dans le conseil éditorial et social media. Matière vivante, Hotsteppers est un support sans filtres, mouvant, au gré de ma vie et de mes aventures.

2 COMMENTS

    • Merci Julien ! Je sais que tu avais déjà mis quelques commentaires sur ce blog notamment sur les sujets des compléments alimentaires. La nutrition est pour partie une science, pour autre partie quelque chose qui se vit. La seule chose à ne pas faire je pense est être radical. Ni dans le délire total de l’adhésion à des valeurs purement symboliques, ni dans l’ultra science qui transformerait chaque repas en un casse tête. Donc oui, je trouve que les échanges entre ces 2 médecins qui ont dû adoucir leur discours pour être en capacité d’échanger avec l’autre donne un résultat assez équilibré sans tomber dans le juste milieu facile et clairement archaïque de « mange de tout et ça ira bien »

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