Une vie de défis

Le défi est un objectif recherché par l’humain tout au long de sa vie et se veut protéiforme. Chacun a des objectifs et des limites à dépasser ; elles ne sont pourtant les mêmes pour personne. En revanche il existe comme dans toute population des « tendances » et des « moyennes » ie des gens qui se retrouvent dans un ensemble relativement homogène malgré les variabilités individuelles – encore heureux, chaque être est unique ! Cependant, plus l’on s’éloigne de cette moyenne, plus les références de « défi » se décalent vers des extrémités semblant de plus en plus impalpables. Il y a des exploits que l’on visualise et que l’on admire et puis il y a ceux que l’on essaie d’imaginer et que l’on admire tout autant mais que l’on ne comprend pas forcément tant ils impliquent un surpassement physique et mental hors-normes.

Yves Beauchamp est un canadien de 48 ans résidant à Laval, en marge de Montréal, fait partie de cette minorité « d’hommes de fer », envahis d’endorphines en permanence et incapables de reculer voire même de s’arrêter.

Cet interview

Riche et intense alliant extrait audio et retranscriptions écrites des réponses d’Yves a pour vocation non pas de vous convaincre d’aller vers l’extrême au sens où lui l’entend, mais de vous plonger au cœur de la passion du sport, de vous sensibiliser à la puissance du mental et surtout de vous amener à croire en vos rêves aussi fous soient-ils et à tout faire pour les réaliser.

Grand sourire

Le sport extrême en question : le triathlon ultra-distance ou « iron man »

Yves Beauchamp est un adepte du « triathlon ultra-distance », discipline bien connue en Europe et en France plus particulièrement mais plus « nébulleuse » en Amérique où Yves peut parfois être perçu comme un « extra-terrestre » tel qu’il le précise lui-même !

Un iron man: correspond à l’enchaînement des 3 épreuves suivantes : 3,8 km de natation suivies de 180 km de vélo puis d’un marathon (42,195 km de course à pieds). Mais un marathon ne constitue qu’un entraînement dominical pour Yves, donc un iron man suffit à peine à lui apporter le fond des sensations qu’il recherche. C’est pour cette raison que les challenges d’Yves Beauchamp commencent à partir du « double iron man ». Vous l’aurez compris, c’est mathématique (x2) pour ce qui est des distances : 7,6 km de natation puis 360 km de vélo puis deux marathons consécutifs soit 84,4 km, mais pas pour ce qui est du défi : « la fatigue est exponentielle » précise Yves. Incroyable pensez-vous n’est ce pas ? Certes mais nous sommes encore loin de ses limites. S’en suivent les « triple iron men », « quintuple iron-men » (c’est le français Emmanuel Conraux qui en détient le record) et « déca iron-men » ou « déca-triathlon » (le recordman est également français : Fabrice Lucas. Notons que le format du déca-triathlon a changé depuis quelques années. Il ne s’agit plus d’enchaîner 38 km à la nage, 1800 km en vélo et 10 marathons en un temps limité de 14 jours mais de réaliser un iron man par jour pendant 10 jours.

Passons concrètement aux performances d’Yves, où se situe-t-il dans ce pool d’épreuves humaines démentes et presque surréalistes ?

Les records d’Yves Beauchamp

2 DECA-TRIATHLONS…: le 1er en 11jours et 15h, le 2en 11jours et 6h et un 3ème à venir au Mexique fin octobre.

2 TRIPLES « IRON MAN »

10 DOUBLES « IRON MAN » dont 2 cet été (Slovénie et Suisse à 2 semaines d’intervalle) et un 11ème à venir aux USA en ce début octobre.

3 RECORDS DU MONDE :

…2012 : 12 h de course sur tapis roulant pour une distance totale de 161,04 km (vitesse moyenne : 13,4 km/h).

…2008 : 48 h de course sur tapis roulant avec 12 autres coureurs pour une distance totale de 637 km (vitesse moyenne : 13 km/h).

…2005 : 77 h 22 min de vélo stationnaire sans interruption excepté  10 min toutes les  8 min.)

YVES BEAUCHAMP est 3ème au CLASSEMENT MONDIAL DU TRIATHLON D’ENDURANCE actuellement et compte bien consolider sa place voire l’améliorer au cours des deux épreuves à venir aux USA et au Mexique.

Iron man de l'extrême: records

Le cœur des questions : Yves nous livre tout de vive voix

Yves, dis-moi vraiment ce qu’il y a au fond de toi, ce qui te motive au point de relever des défis toujours plus extrêmes et exigeants pour ton corps, ton esprit… ?

LE PLUS IMPORTANT…d’après moi, de prime abord est d’aller chercher dans le sport des sensations qu’on ne peut pas vivre au quotidien. Comme tu le sais, lors d’activités physiques le cerveau sécrète des drogues très fortes qui se rapprochent de la morphine. Une fois que tu as goûté à ces drogues là par l’effort physique, tu ne peux pas t’en passer. Deuxième point, je suis un être très sensible, dérangé au quotidien par des aberrations que j’observe dans la société et le sport est m’a façon de composer avec ça, de trouver un équilibre, de faire avancer les choses. Ce sont les choses extrêmes qui permettent aux gens de regarder ailleurs et plus loin que ce qu’ils ont l’habitude de voir tous les jours. Quelque soit la tangente que prend ma vie, quand je m’accroche au sport j’ai toujours plus de facilité à continuer et à avancer, c’est essentiel à mon bien-être.

Peut-on dire que la performance est un sujet central de ta vie où est-ce un concept à nuancer ?

LA PERFORMANCE... je nuancerais ce point. Je donnerai une importance de 30 à 40 sur une échelle de 100 à la performance. Le plus important est surtout d’aller jusqu’au bout : chose qu’on ne fait pas toujours au quotidien. Les gens parlent beaucoup, notamment dans le milieu politique, mais aller au bout de l’épreuve, au bout de soi n’est pas forcément quelque chose de courant dans la vie. Il y a d’ailleurs un vrai respect entre les athlètes lors de compétitions de type « iron man » qui dépasse largement la performance et qui est exceptionnelle à vivre. Ce type d’épreuves sportives relève d’un véritable engagement. D’ailleurs, lors de mon premier triple iron man en 2001 près de Grenoble, on ne parlait pas des inscrits mais des « engagés » !

C’est une question que j’aime poser aux athlètes car je la trouve intéressante et même fondamentale : comment gères-tu mentalement l’avant compétition, depuis la préparation jusqu’aux quelques secondes précédant le coup d’envoi des épreuves ?

LE STRESS NE M’ATTEINT PAS TELLEMENT... Je suis plutôt zen et j’ai même un côté ludique très développé de ma personnalité. Je trouve toujours une façon de m’amuser, de tout prendre en riant, même quand ça va mal. Par exemple là j’ai un double iron man en fin de semaine et je ne suis pas stressé du tout. Le plus important est de ne rien appréhender. Les gens ont souvent « peur » mais il faut y aller, ne pas se poser de questions et le faire tout simplement. Avant les compétitions je mène ma vie normalement, je m’alimente comme d’habitude, je m’amuse et puis quand je suis sur la ligne de départ je blague avec les autres athlètes et une foi le coup d’envoi donné, là on y va ! Je t’avoue que je suis même un peu indiscipliné par certains côtés parceque je suis mes propres plans d’entraînements et c’est comme ça que ça fonctionne le mieux.

Dis-moi quel est le Top 3 des « règles » ou plutôt des devises que tu t’imposes et respectes pour avancer sereinement dans ta pratique sportive ?

n°1 – L’alimentation : je suis végétarien mais si on me propose des plats non végétariens délicieux, notamment quand je suis invité, je ne refuse pas ce que l’on me propose.

n°2 – Le sommeil est aussi très important, je fais une sieste toutes les après-midi, il me fait à peu près 7h pour être bien.

n°3 – Soigner sa vision du monde : toujours voir le positif dans toutes les situations. J’essaie toujours de relativiser et de changer le négatif en positif. Le négatif prend des dimensions exponentielles quand on l’amplifie alors que ce serait tellement plus simple de mettre en avant ce qui va bien.

Aujourd’hui, là, tout de suite, à cet instant, quel est ton plus grand rêve Yves, tous domaines confondus de la vie ?

JE T’EN DONNERAI MÊME DEUX !...L’année prochaine en Italie j’ai été invité à participer au triple déca-iron man qui va avoir lieu pour la 1ère fois dans l’histoire (record Guiness) soit 30 iron men en 30 jours ! On est déjà 25 engagés et l’équipe italienne n’est même pas sure qu’un seul athlète va finir.

Par ailleurs, j’aimerais être une forme de missionnaire du sport pour propager la nécessité d’avoir une vie saine via une pratique régulière. Je voudrais être une référence dans le domaine du sport en ce qui a trait à l’endurance extrême.

De façon assez pragmatique, recommandes-tu la pratique de plusieurs sports pour créer des synergies ? Si oui, lesquels ?

OUI, ABSOLUMENT… et je dirai premièrement qu’il faut vraiment s’amuser et sortir des paramètres que l’on suit systématiquement. Je suis persuadé que nager est très utile pour la course à pieds, le vélo aide pour la natation, courir aide pour le vélo, jouer au badminton aide en matière d’équilibre et de maintien, les Pilates, le yoga, l’alpinisme, la randonnée sont autant de sports qui permettent de sortir de ses habitudes pour développer une « forme physique générale ». Cela développe en quelque-sortes de multiples « tentacules » sportives » !

Est-ce que n’importe qui pourrait faire un iron man ?

OUI, JE PENSE QU’UN IRON MAN EST ACCESSIBLE A TOUT LE MONDE… Je pense que tous les gens dans la société devrait faire un marathon dans leur vie pour connaître cette sensation quand tu termines avec tous ces gens qui t’applaudissent, ce sentiment du devoir accompli. Je pense qu’une personne en bonne santé qui a deux bras et deux jambes est capable de s’entraîner pour faire au moins un iron man. Après, le temps importe peu, même si cela prend 17 h (temps maxi), c’est accessible à quiconque est prêt à aller jusqu’au bout.

Pour finir, je vous invite non pas lire mais écouter le mot de la fin…:

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

…et vous laisse en compagnie d’Yves, l’iron man au coeur tendre et de sa fille qui l’a soutenu, suivi et aidé tout le long du double iron man de Slovénie cet été, à bientôt pour un prochain interview !

Le site officiel d’Yves Beauchamp: ici !

4 COMMENTS

  1. Bluffant ! car outre des capacités d’endurance exceptionnelle, il met au premier plan son équilibre et son bien-être par rapport à la performance (elle est presque hors-catégorie). Son « mot de la fin » audio est excellent et devrait motiver plus d’un(e) débutant(e).

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