Ce qu’il y a de super positif quand on ne peut plus pratiquer son sport de prédilection avec la même intensité qu’avant (temporairement ou non), c’est qu’on se réinvente à travers d’autres pratiques sportives. La contrainte, la privation même, rendent très créatif, croyez-moi ! Envoyée 3 jours dans le cercle très privilégié et confidentiel des Étoiles du Sport à la Plagne via mon travail, j’étais fermement déterminée à faire des raquettes, point. J’avais skié 3 fois dans ma vie en 31 ans; m’y mettre dans un environnement peuplé d’athlètes de haut niveau, non merci. Sauf que…des incitations subliminales m’ont invitée à « au moins essayer les pistes vertes ». J’ai accepté en faisant la moue pour finir 2 demies-journées plus tard en haut d’un glacier de 3200m. Trop de beauté pour ne pas la partager: récit !

la plagne

Tout a commencé par une inscription à une randonnée avec « Roger », l’un des monos les plus expérimentes de l’ESF ! Près de 30 ans de vie et d’expérience à la Plagne et dans les stations environnantes, Roger connaît tout de la montagne et de ses recoins. Ma collègue et accessoirement best friend Alison et moi étions finalement seules inscrites cette matinée là; parties pour un tête à tête de plusieurs heures avec notre guide ! Des empreintes de renard à celles de lièvres, du récit de l’historique de la Plagne et des légendes des Montagnes environnantes, du repérage du Mont Blanc et de sa façade italienne au partage de ses multiples tentatives d’ascension, Roger ne nous a pas ménagées en délicieux secrets de ces lieux enneigés, si calmes, si magiques. Et puis, alors que je partageais avec Roger et Alison mes souvenirs émus de plus de 2 ans de vie au Québec et de ses hivers gorgés d’activités incroyables, Roger pointa le glacier de Bellecôte à 3200m, accessible facilement depuis la Plagne 2100, à 3-4 remontées mécaniques près. L’info n’était pas tombée dans l’oreille d’une sourde. Obsédée par la fabrication de nouveaux globules rouges tous neufs, l’idée de monter en altitude et de partir en quête du glacier me titillait. Roger imperturbable changea de sujet, Alison me regardait d’un air dépité plein de « ma pauvre chérie, toi qui ne veut pas faire autre chose que de la verte…« . Je n’avais pas dit mon dernier mot.

rando la plagne

L’après-midi qui suivait je chaussais des mini skis (plus adaptés pour 2-3 demies journées de pistes que des skis traditionnels plus encombrants). Je n’étais pas très confiante et j’avais les jambes qui tremblotaient, d’autant qu*il fallait direct attaquer un virage avant de s’engager sur des pistes plus soft. Comme à chaque fois que j’ai du mal à faire un truc ou que j’ai peur, je râle: plus contre moi qu’autre chose ! Ça m’énerve d’avoir des appréhensions et ça m’énerve encore plus de me foutre une pression débile: on a le droit de débuter, mer…! Alison et sa patience légendaire ne laissaient pour autant paraître aucun signe de découragement. Hormis ses slaloms un peu trop rasants à mon goût en snow, qui me donnaient l’impression que j’allais me faire dégommer comme une quille au bowling toutes les 30sec, notre duo fonctionnait plutôt bien ! Comme quoi avec un peu de feeling réciproque on peut partager avec plaisir une activité dans laquelle les 2 personnes n’ont pas du tout le même niveau…

la plagne entre amis

La demie-journée s’étant très bien déroulée, sans chute ni frayeur et même avec du plaisir, la vision du « glacier de Bellecôte » revenait à mon esprit, un peu comme la bouteille de vin dans celui du Capitaine Haddock !

Le lendemain, je relançais Alison avec mon idée entêtée de glacier. Il y en avait en réalité deux, un moins haut et plus proche et un autre….plus haut et plus loin 🙂 Alison a essayé de me « siouxer » (Siouxer: néologisme désignant l’action de se comporter comme un Sioux, i.e. de vouloir entourlouper l’autre gentiment) en m’engageant vers l’option n°1, mais je ne me suis pas laissée abattre. Qui dit motivation et appel des hauteurs ne doit pas pour autant dire folie et déraison; ce n’est pas avec un ski de bronze obtenu en Suisse à 12 ans que l’on peut se permettre de jouer aux protagonistes de l’European Outdoor Film Tour…Je demandais donc à un mono de la Plagne son avis sur la question. Avis qui s’avérait favorable à ce que moi, petite skieuse en herbe, puisse monter tout là haut. Une seule mise en garde: le mono me conseillait de demander au niveau de la Roche de Mio (2700m), un avis sur l’état de la neige à 3200m. Conseil bien reçu, le soleil et la montagne étaient trop beaux pour ne pas partir à leur rencontre. Un peu plus à l’aise sur les pistes que la veille bien que toujours assez lente et hyper prudente, nous étions parties vers notre quête !

marie hotsteppers au ski1er effet Kiss Cool: on check le chasse-neige…

marie hotsteppers etoiles du sport2ème effet Kiss Cool: on constate que c’est plutôt stable et on en fait part à sa co-équipière des pistes

marie hotsteppers3ème effet Kiss Cool: on chante la vie, on danse la vie !

Après avoir réalisé les 3/4 du parcours sans erreurs, nous arrivions aux fameux 2700m – dernier check point avant le glacier ! Comme convenu, je demandais à un « pistard » son avis sur notre montée, compte tenu de mon niveau de grosse débutante sur lequel j’insistais lourdement pour ne prendre aucun risques débiles. Très confiant lui aussi, il m’encourageait à y aller tout en me disant que je pourrais parfaitement reprendre les télécabines dans le sens inverse « au pire ». (Je n’envisageais pas cette option mais acquiésais, ravie :))

glacier de bellecoteRoger nous avait prévenues: après 10min de montée, les télécabines plongent dans le creux de la montagne avant la montée finale et…ça surprend !

Notre dernier interlocuteur à la Roche de Mio nous avait aussi averti qu’à 3200m le dioxygène serait plus rare et que nous pourrions nous sentir essoufflées. A l’arrêt aucune différence, mais à la moindre montée – skis positionnés en pas de patins, j’avais l’impression d’être un Sumo en plein footing. Alison, elle: rien. Pas le moindre signe d’essoufflement. Madame fait de l’apnée vous comprenez (du hockey subaquatique précisément), alors il lui en faut plus pour manquer d’air 😉 Mon médecin préféré (ma mère) m’expliquera par la suite d’un air très savant « ah oui, elle a surement une poly-globulie chronique« , comprendre: « les globules rouges que ton corps fabriques quand tu passes plusieurs jours en altitude, ta copine elle en fabrique au fond de sa piscine à cause de/grâce à ses apnées répétées ». Pas juste d’avoir plus de globules que les autres, mais bon, c’est la vie – je ne fera pas d’apnée pour autant 🙂

Et puis après tout on s’en fout; j’étais essoufflée mais ce que c’était beau ! Silence, admirons le panorama…

vue glacier de bellecote 3200m

Après tant de montées, les pistes pour descendre semblèrent interminables pour la petite skieuse que je suis mais avec de la patience et de l’auto-tolérance, je me suis surprise à tout descendre (même des rouges avec des bosses et des graviers parfois !) tranquillement, à mon rythme et avec un immense plaisir !

Au final, pas de mauvaise surprise, un bol d’air monumental à la Plagne – contrastant avec des journées de boulot en open space sous lumière artificielle, assez oppressantes à la longue – et une reprise de confiance personnelle en tout un tas de choses: de la capacité de dépasser ses peurs à celle d’accepter son rythme, même s’il n’est pas exceptionnel. Ce qui l’est c’est de savoir prendre conscience de la beauté de la nature et du monde, de moments de chance comme ceux-ci, des personnes qui vous permettent de faire beaucoup plus que seul avec vous-même. Le reste n’est qu’accessoire.

 

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