Les plus belles histoires sont celles qui durent

Voici le leitmotiv du marathon des sables qui connaîtra cette année sa 28ème édition. Course crée en 1986 par Patrick Bauer, le marathon des sables porte un nom qui se révèle trompeur lorsque l’on découvre que la distance mythique d’une quarantaine de kilomètres n’est qu’une portion des près de 250km du parcours intégral. Ce parcours se déroule en 3 temps temps fort: une étape de liaison, une étape marathon et une étape « non stop ». En auto-suffisance totale, les concurrents individuels ou en équipe devront respecter des règles strictes et justifier par exemple d’au moins 2000kcal par jour mais de moins de 10kg d’affaires au total pour avoir le droit de participer à l’épreuve. Épreuve longue, difficile, éprouvante pour les corps et les esprits, les organisateurs parlent d’une « aventure sportive, humaine et parfois même spirituelle », c’est dire à quel point le marathon des sables se veut être un véritable voyage initiatique.

La vidéo ci-dessous (édition 2012) en témoigne fidèlement:

 

Au delà des 1001 détails inhérents à cette course, j’ai souhaité mettre en lumière une équipe en particulier, présentée il y a quelques temps sur ce blog déjà: le team Transavia Sportera Handi Cap. Ces hommes ont depuis le départ pour vocation d’emmener des jeunes handicapés dans le désert sud-marocain. L’objectif ? Un doux mélange de multiples motivations mais avant tout l’envie de faire vivre des moments inoubliables et de se battre pour ceux dont la vie quotidienne est souvent bien compliquée. Je suivrai cette équipe et vous relaierai toutes les infos de leur course, jour après jour, dès le 05 avril. Puis, je les rejoindrai en live du 11 au 14 avril, pour palper et ressentir tout ce qu’Internet ne peut retranscrire. Consciente de la chance qui m’a été donnée de pouvoir vivre ces temps forts, je tiens à vous en faire part autant que possible et poursuis dès aujourd’hui avec l’interview d’une des 3 jeunes s’apprêtant à décoller pour le Maroc au côté de l’équipe Transavia Sportera Handi Cap.

Il s’agit d’Astrid dont il est avant tout question dans cet article.

Comment son destin a-t-il pu croiser celui de l’équipe ? Pourquoi a-t-elle dit oui ? Quelles sont ses espérances et ses appréhensions ? Qui y-a-t il dans le cœur et l’esprit d’Astrid pour que l’envie surpasse la peur ? Réponses dans les lignes suivantes…

hotsteppersEn visite chez Astrid le temps d’un riche échange – de gauche à droite: Marie, Astrid

De la terre fraîche au sable chaud: Astrid se confie

Une rencontre improbable, imprévue, impeccable

Tout a commencé lorsqu’un jour, peu de temps après ma rencontre avec l’équipe Transavia Sportera Handi Cap et leur entraîneur de choc Thierry Guibault, je déjeunais en famille avec Alix, la maman d’Astrid. Astrid a 18 ans, est étudiante en fac de psycho et atteinte d’une forme de myopathie neuro-musculaire: un handicap majeur qui la contraint à vivre en chaise roulante à longueur de temps mais aussi à dépendre étroitement de ceux qui l’entourent pour effectuer ces gestes si anodins pour la plupart que sont le fait de prendre une douche ou de se coucher. Connaissant la relative difficulté de l’équipe Transavia Sportera Handi Cap à rencontrer des enfants ou jeunes handicapés prêts et aptes à partager l’aventure de marathon des sables avec eux, je fus prise d’un élan d’inspiration et demandais sans grands détours à Alix si sa fille pourrait être tentée par 6 jours d’ultra-raid dans le Sahara en compagnie de grands sportifs, sur une joellette. Une proposition un peu dingue qu’une maman qui plus est d’une jeune fille handicapée pourrait voir d’un oeil plus qu’anxieux mais qu’Alix reçu avec une étonnante ouverture. Immédiatement après Alix en parlait à sa fille qui ne mit pas beaucoup de temps à accepter.

Ma mère me l’a annoncé assez normalement, sans trop de détails. J’ai dit oui sans hésitation mais sans trop savoir non plus dans quoi je m’engageais.

Astrid est une jeune fille réfléchie qui a le goût de l’aventure, cela se voit et cela se sent. Son abord révèle un mélange intéressant de fragilité apparente mais aussi de volonté puissante: le genre de carapace et de volonté que l’on ne développe pas à ce point sans avoir de grandes combats par ailleurs.

Intégration rapide d’Astrid au sein de l’équipe: des échanges riches de sens

Astrid me raconte le déroulement très rapide de la suite des étapes. Une rencontre de qualité avec Jérôme (chef de l’équipe) et son épouse Laure; une participation « par la pensée » au Raid28 auquel ont pris part l’équipe et les deux autres jeunes enfants handicapés: Gaëtan et Marie; la participation au coup d’envoi d’un match de foot à Amiens après un passage par la Base Aérienne 110 de Creil et la rencontre du Colonel Mille (plusieurs membres de l’équipe sont militaires dans l’armée de l’air) et finalement une après-midi à l’INSEP, en compagnie d’Assia el Hannouni, championne paralympique de 100, 200, 400 et 800m et marraine de coeur de l’équipe…

 A l’INSEP – de gauche à droite: Assia, Gaëtan, Jérôme, Astrid, Nicolas, Marie, Raphaël, Frederic, Laure, Mickael

Assia et Marie

Que d’échanges, de rencontres, d’événements en à peine 3 mois. L’équipe Transavia Sportera Handi Cap se démène: pour s’entraîner physiquement, pour rassembler les fonds nécessaires à leur entreprise incroyable, pour passer du temps avec les jeunes et vivre autant de moments que possible avec eux avant leur départ. La cohésion, l’entente, le partage, la complicité et la générosité sont autant de valeurs que l’équipe cultive ardemment. Des valeurs essentielles dans la vie mais particulièrement vitales dans le cadre de défis physiques et humains où toutes les émotions sont décuplées.

Le marathon des sables d’Astrid: entre cadre solide et pur inconnu

Astrid m’explique qu’elle ressent quelques angoisses à l’idée d’être sur la joëllette. Non pas à cause de la chaleur, du sable, des longues journées, mais parce que « l’appareil » devra être parfaitement adapté à elle pour lui assurer un maintien optimal. Elle ne peut en effet pas maintenir son cou d’elle même et doit être bien calée pour ne pas vivre les mouvements incessants de la joellette avec difficulté. A l’heure où cet article est écrit, la joëllette aura été parfaitement ajustée pour Astrid, lui garantissant un voyage sans contraintes, un vrai…

Astrid est surprenante: elle m’explique que toutes les 2h, un jeune ira sur la joëllette pendant que les deux autres se reposeront dans un 4×4 offert à l’équipe en guise d’assistance toute particulière. Son discours mélange aussi bien de l’appréhension qu’une envie irrépressible de parcourir le monde. Elle n’a peur de rien pourvu qu’il y ait l’ivresse de l’aventure: « j’aimerais bien être sur la joëllette la nuit; pour voir… ». Elle rajoute en me détaillant son parcours étudiant:

J’adore l’aventure, j’aurais aimé  partir 5 ans à Montréal pour mes études mais mes parents n’ont pas voulu, ils avaient trop peur pour moi. Pourtant à Montréal la drama-thérapie est très développée et c’est vraiment ce qui m’intéresse.

La drama-thérapie est un ensemble de techniques théâtrales visant à favoriser le développement émotionnel et mental de ses pratiquants. Une discipline passionnante qui rejoint l’envie d’Astrid de se spécialiser dans les chocs post-traumatiques, notamment ceux des hommes et femmes revenant blessés psychiquement de conflits armés. Une ambition forte pour une fille si jeune qui semble bien déterminée à ne pas vivre  une vie dénuée d’engagement et de sens.

Un doux regard posé sur l’équipe Transavia

Astrid peine à avouer ses craintes mais ne bride pas pour autant une certaine douceur à l’égard de cette équipe 100% masculine qu’est le team Transavia Sportera Handi Cap et avec qui elle a passé pas mal de temps, en peu de temps…

« J’ai du mal à imaginer comment ce sera, mais notre handicap les aidera surement à se dépasser encore plus » me dit Astrid. Elle rajoute: « ils sont investis à 300%; je n’ai jamais vu de gens comme ça, moi qui connaît très mal l’univers sportif. Le plus étonnant et de voir à quel point ce sont des hommes aussi bien forts que délicats, une délicatesse qu’ils n’étalent pas. Ils agissent et ne se font jamais mousser ». Ce sont de beaux mots, pleins de bienveillance qu’Astrid révèle à ce moment là. Elle n’oublie pas de me dire cependant: « je pense que leur image du handicap aura évolué à la fin de l’épreuve, car aussi bon puisse-t-on être, on ne peut qu’avoir certaines idées toutes faites tant que l’on n’a pas vraiment vécu aux côtés d’une personne handicapée ».

Je réalise alors que ce que me dit Astrid est plein de bon sens et particulièrement mûr pour son âge. Je me dis qu’elle m’en a déjà beaucoup dit et lui propose de me donner son mot de la fin..

« Qui vivra verra » me dit-elle avec un large sourire…

Merci Astrid, j’ai hâte de te retrouver « là bas »: j’arriverai fraîchement de Paris quand toi tu auras vécu la quasi intégralité de l’aventure, tu auras sans doutes beaucoup de choses à me transmettre à ce moment là. Que le goût de la vie reste avec toi !

Partager
Article précédentSoMAD 12km : team spirit et lâcher prise pour une course atypique !
Article suivantMarathon des Sables: J1 – Chaude immersion
Marie
Créatrice et blogueuse passionnée de Sport, nourrie des cultures européenne et américaine, je me spécialise en nutrition pour aider les lecteurs Hotsteppers à vivre une vie saine, solide et riche de sens ! Ma meilleure amie et athlète Alison m'accompagne sur ce blog dans les 1001 expériences et découvertes qu'il nous offre et contribue à son contenu à travers son activité physique de niveau semi-pro (Équipe de France de Hockey Subaquatique)

7 COMMENTS

  1. Merci Marie pour nous avoir fais connaître cette équipe,cela est une belle aventure et avec une motivation qui va être au top du top.
    Et tu vas avoir une chance formidable de pouvoir les suivre en live sur la fin du périple et nous on auras cette chance a travers toi de pouvoir être avec eux et les encourager.

    • Merci Marc de nous suivre ! J’ai en effet beaucoup de chance, la vie est bien faite 🙂 J’essaierai de faire de mon mieux pour vous en transmettre de quoi rêver depuis la France et peut être faire naître ou réveiller en vous l’envie d’y participer un jour !

Laisser une réponse

Please enter your comment!
Entrer votre nom ici