Est-on vraiment jamais suffisamment prêt pour ce genre d’évènements ? Sûrement pas.  J’apercevais ces derniers jours avec dépit des échanges entre contacts distants sur Facebook, blâmant l’inaccessibilité de certaines rues parisiennes à cause d’une « simple course ». Le must étant l’utilisation du qualificatif « bobo » pour qualifier l’ensemble des coureurs, sans distinction. Au diable l’intolérance et surtout, l’ignorance. Pour avoir plusieurs fois fait venir des très proches m’encourager à l’arrivée d’une course, Dieu sait si leur perception de la course à pied a évolué à force de rassemblements. Mon père me disait encore aujourd’hui, à l’arrivée du Marathon de Paris 2014, à quel point ce genre de course méritait que l’on vienne se poser à l’arrivée pour regarder chaque personne franchir le finish, du début jusqu’à la fin. Que de disparités, que d’hétérogénéité dans cette masse de dizaine de milliers d’hommes et femmes venus se mettre à nu dans l’effort. Oui, car quand il ne vous reste plus que votre mental pour tenir, il n’est plus possible de tricher. Vous devenez ce que vous êtes, votre rage s’exprime, vos émotions sont décuplées, vos faiblesses s’amplifient, vos forces aussi. Or, malgré toutes les contraintes qui m’ont fait maintes fois hésiter à prendre le départ de ce 38ème Marathon de Paris, malgré un travail prenant et une préparation réduite à 4 semaines, malgré mes doutes, mes angoisses et mes questionnements profonds sur « le sens de se faire mal sur 42km », j’étais bien là, dimanche 6 avril au matin, résolue à aller au bout de l’aventure. Aventure assez incroyable je dois avouer, toute 1ère édition en ce qui me concerne dont je tiens à vous extraire les plus riches moments.

 

Marathon de Paris: l’avant-course

Réquisitionnée par mon job sur le stand Altra à Running Expo jeudi et vendredi, j’abordais mon samedi off avec une euphorie assez intense ! Boostée par la rencontre de nombreux runners en si peu de temps; excitée à l’idée de l’arrivée de la course; impatiente à en crever de parcourir la mythique distance, je me réjouissais de ce sas de repos avant la grand-messe. Pourtant, samedi après-midi, une vieille et pernicieuse baisse de forme est venue brutalement chambouler mon optimisme. Chevilles douloureuses, dos éprouvé par Running expo et mal de gorge déclenché par les chauds/froids incessants de notre stand sur le salon, j’arborais un panel de symptômes psychosomatiques très diversifiés.

Ces derniers s’accompagnant d’une humeur massacrante et de « je n’y arriverai jamais » à répétition. Merci à mes proches de s’être habitué à ces petites crises d’avant « grands moments » et de ne pas s’être formalisés. Je cite: « mais non tu ne vas pas mourir avant l’arrivée…mais non tu n’as pas de problème cardiaque…mais non la moto balais ne va pas t’exclure du parcours tellement tu es lente« .

Bref. Au moment de manger des pâtes le soir,ultime crise: « j’en ai marre des féculents, je déteste les féculents, je ne veux plus jamais manger de féculents à partir de demain, ok ?« . Charmante la fille.

Un conseil: rien que pour vos proches, ne préparez pas trop souvent de marathons, à moins d’avoir un meilleur caractère que le mien ce qui en soit n’est pas forcément très difficile 🙂 Je ne parle pas de ce que vos collègues de travail se farcissent également comme laïus, tout au long de la prépa. Heureusement, la mienne n’ayant duré que 4 semaines, je n’ai pas emmerdé le monde trop trop longtemps.

Cela dit, après avoir passé en revue les pires choses pouvant arriver le lendemain et tenté de faire baisser mon irruption intérieure d’adrénaline, j’ai tout de même réussi à appréhender la course avec une certaine sagesse. Très déçue par le passé par certaines courses ultra difficiles m’ayant fait non seulement perdre confiance en mes capacités mais aussi en l’aptitude de la course à pied à procurer du plaisir, je ne tenais pas à courir après mon ego sur 42,195km. Sagement mis au placard (l’ego), mon objectif était de finir et dans le cas où cela serait accompli, de faire mieux que 4h30.

Un seul mot d’ordre: viser la régularité, gérer la course, être bien pour finir en ayant envie de continuer, pas de tout plaquer. Quitte à perdre des dizaines de minutes sur le chrono final, je ne voulais pas souffrir plus que ce qu’une course de cette longueur ne provoque comme souffrance acceptable. Or c’est précisément cela qui s’est passé et c’est ce dont je suis la plus fière.

J’ai fini mon 1er marathon en 4h22 avec une très grande régularité, sans mur brutal, sans réelle surprise si ce n’est au finish (détails dans les paragraphes suivants !), avec le plaisir d’être accompagnée par Julien sur les 30 premiers km et par Alison sur les 12, 195 derniers. Je ressors heureuse de cette expérience et de ce qu’elle vient confirmer en termes de valeur relative de la performance. Place à quelques détails au gré des kilomètres…

dossard marathon de paris

Initialement sas 4h, lucidement redirigé vers

4h15 pour un final en 4h22.

Le coeur de la course

Gestion au cardio/temps !

Puisque nous parlons de coeur, un ami m’avait suggéré de courir « au cardio » et non « au temps ». De toutes manières je ne pensais pas courir « à quoiquecesoit » sinon à l’envie ou non de mourir à l’instant t (!), mais puisque quelques sages voix m’ont suggéré que mon abord « sauvage » de cette course devait être un peu recadré, j’ai pioché ici et là des bribes d’éléments de gestion 🙂

J’avais donc au poignet le fameux bracelet des temps de passage pour un objectif de 4h15 avec zones de fréquence cardiaque recommandées au gré des km. Finalement je m’en suis pas mal servi. Au départ ma FC était un peu élevée à cause de l’émotion mais elle s’est vite stabilisée et n’a pas tant augmenté que ça.

depart marathon de paris

Quelques minutes avant de franchir la ligne de départ…

Au final, voici le bilan de mes temps de passage:

temps de passage marathon de paris

Plutôt régulière sur la totalité du parcours, malgré les aléas: tunnels blindés, ravitos blindés, montées, descentes…Ma montre Garmin Forerunner 620 me précise également les éléments suivants (au delà du fait qu’elle me recommande 70h de récup !):

  • 4h22’28
  • Allure: 6’11/km
  • Calories dépensées: on s’en fout
  • FC moyenne: 165 bpm
  • FC max: 187 bpm
  • Cadence: 164 pas par minute
  • Temps de contact moyen au sol: 248ms
  • Temps de récup recommandé à partir de l’arrivée: 70h

Points notables du parcours du Marathon de Paris

Points très forts

  • La maman qui t’attend au semi et qui te fait un énorme kiss, en te disant « continue ma chérie » plus émue que toi encore …! Plus efficace que n’importe quel gel « coup de fouet » ! + les deux parents, à nouveau à l’arrivée, pour te capter en plein sprint 🙂
  • L’amie qui t’attend depuis 1h sous l’arche du 30ème, avec qui tu échanges des sms régulièrement: « top départ…km10…km20…semi nickel…km24 pas nickel…là dans 3km fatiguée…etc. » et qui te répond par une flopée d’encouragements tous aussi aidants les uns que les autres ! De fait, j’étais tellement heureuse d’y arriver à ce 30ème km que j’ai du me rebooster pour me mettre dans le crâne que la fin n’était quand même pas encore là mais bien 12,195km plus loin. Merci Alison 😉
  • Le pote qui te propose de courir ensemble 2 jours avant la course, que tu retrouves dans le sas de départ et avec qui tu parcours, précisément au même rythme, les 30 premiers km de la course. Un peu retardé par une douleur au genou et rejoint par un ami également, nous nous sommes séparés pour le dernier tiers puis rapidement retrouvés à l’arrivée. Merci d’avoir géré tous les ravitos et bravo Julien !

recit marathon de paris

Double selfie avant le départ 😉

  • L’envie de pleurer au 40ème, réalisant enfin que la fin est imminente et que tout cela est bien réel…
  • Le sprint sur les 200 derniers mètres, comme une dingue, le visage marqué par des rictus guerriers, les points serrés…
  • Mes 3′ de black out à peine le finish franchi. Incapable de respirer, de me relever, d’avancer. Je suis restée là, immobile, me mettant à hyperventiler comme jamais ! Pourtant pas du tout angoissée je pense avoir subi un mélange de sur-émotion et de contre-coup massif d’une course vécue sans trop de fatigue apparente. Il m’a fallu plusieurs minutes pour arriver à me relever. J’ai explosé en larmes…pour finalement apercevoir mes parents de l’autre côté de la barrière, me faisant de grands signes et me demandant si j’allais bien. « Oui très bien ! »…ai-je répondu toujours en larmes. Dieu que la vie est intense quand on est émotif !
  • Vos innombrables et précieux messages (FB, Twitter, SMS…) de soutien affectueux et bienveillants: merci !
  • La régularité de ma course et le bonheur d’avoir mis le plaisir et la gestion avant le simple résultat chronométrique.

Points forts

  • La montre Garmin Forerunner 620 offerte par la marque à l’occasion de ma sélection dans le team Garmin amateur, suite à un concours. Je n’aurais jamais investi dans un tel produit par ailleurs, trouvant le coût élevé et n’étant pas une grande adepte du #quantifiedself, mais…je dois avouer que cette montre est ergonomique et complète. J’en ferai d’ailleurs un test approfondi. Ne crachons pas dans la soupe, je suis très heureuse de l’avoir.
  • La météo: ok, pas au début de la course où le soleil brillait un peu fort…bien qu’ il y ait eu de nombreux points d’eau. On ne peut pas non plus dire que l’on frôlait l’insolation (pensez à ceux qui font le marathon des sables en ce moment !). Quand à la deuxième partie de course, la météo était parfaite à mon goût: peu de soleil, temps gris mais température clémente. Je n’ai donc pas du tout été gênée par ce point.
  • Les « Allez Marie » venant d’inconnus ou peut-être, de vous qui me lisez et qui m’avez reconnue mais que je n’ai pas encore la chance de connaître !
  • Boire 1L de Yop après l’effort 🙂

Points faibles

  • Le tunnel interminable après avoir passé le semi: noir, habité d’une musique sensée combler le vide mais créant une atmosphère underground oppressante…c’est à ce moment là que ma fraîcheur a commencé à décroître notablement.
  • Les gens qui s’arrêtent devant toi, subitement, sans prévenir et qui te font freiner brutalement au risque de leur rentrer dedans. Extrêmement irritant quand tu essaies de ne pas perdre ton élan. Je sais, je m’énerve souvent sur ce point mais j’ai failli commettre plusieurs meurtres sur ce Marathon de Paris 2014 alors il faut croire que je ne suis pas encore réconciliée avec « la chose » !
  • Les gels: j’avais pris une batterie de gels Punch Power, en retirant d’office celui au cola, goût que je ne peux tout simplement pas supporter. Bonne assimilation sur le coup malgré un goût vraiment…impossible, mais troubles digestifs après la course (#minuteglamour). Je crois que le problème  n’est pas Punch Power qui a le mérite de faire des produits Bio, ce sont les gels en général. Bref, la prochaine fois je prendrai autre chose, clairement.
  • Les quadriceps en béton à partir du 35ème km. Mais bon, il faut bien avoir un peu mal quelquepart 🙂
  • Mes chaussettes de compression jaune fluo super swag mais beaucoup trop serrées au niveau de la plante du pied. J’ai failli m’arrêter et les arracher sauvagement mais…m’arrêter aurait été fatal. J’ai donc couru la quasi totalité du marathon avec les pieds semi-bleus.
  • L’envie de faire pipi pendant 42km. Ok tu y vas 1 fois, 2 fois, …5 fois avant d’entrer dans ton sas et bam, une fois partie: encore envie. Non mais oh la vessie là, on se calme ? Bon, comme je sais qu’on ne peut pas évacuer ce genre de réserve d’eau par la sueur, j’ai du faire avec. NB: si je n’avais pas eu cette surcharge d’environ 200g, je suis sûre que j’aurais fait un meilleur temps ! #joke
  • L’ongle de doigt de pied bleu à l’arrivée … En vrai j’aime le bleu mais sur les ongles, pas sous…#minuteglamourleretour

Sur ce, chers néos, multi ou futurs marathoniens, je vous salue.

marathon de paris

 NB: Retrouvez tous les résultats de la course sur le site officiel du marathon de paris.

De retour chez soi, l’impact joyeux d’une telle aventure s’imprime dans votre mémoire, dans votre coeur et s’inscrit dans la catégorie des évènements qui vous font sacrément aimer la vie 🙂 Qui plus est, partagés, ces moments prennent une saveur encore plus forte.

La course à pied n’est résolument pas un sport individuel…Pour la suite, quelques courses fun ou de grands classiques m’attendent dans les mois à venir; un peu plus de sessions de danse/zumba ou le plaisir de l’expression corporelle dans un autre registre; un peu plus de sorties pour profiter du printemps et parce que se coucher relativement tôt un samedi soir pour sa SL du lendemain, c’est génial, mais ça ne peut pas être permanent …

Bref, Xavier Thévenard, vainqueur de l’UTMB 2013, me confiait à l’occasion des Étoiles du Sport qu’il avait un besoin impérieux de changer de « phases sportives » pour rester performant et surtout motivé. Je partage cet avis et vous souhaite d’être à 100% à ce que vous faites, quand vous le faites, mais de ne cesser de vous enrichir d’horizons éclectiques et bien souvent, complémentaires.

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Marie
Créatrice et blogueuse passionnée de Sport, nourrie des cultures européenne et américaine, je me spécialise en nutrition pour aider les lecteurs Hotsteppers à vivre une vie saine, solide et riche de sens ! Ma meilleure amie et athlète Alison m'accompagne sur ce blog dans les 1001 expériences et découvertes qu'il nous offre et contribue à son contenu à travers son activité physique de niveau semi-pro (Équipe de France de Hockey Subaquatique)

15 COMMENTS

    • Merci Laura ! Tu n’arrives pas trop tard…les écrits restent, justement pour qu’il n’y ait pas de notion de temps (pour une fois!)
      Si certaines lignes de mon blog peuvent donner envie de courir, c’est ma plus grande satisfaction! Quand franchis tu le pas de l’inscription …? 😉

  1. Hello, j’arrive tard et je prends seulement connaissance de ton expérience marathon. Bravo. Tu sors un joli temps pour un premier. RDV peut-être à La Rochelle…

  2. Un très grand bravo, tu ne me donnes pas envie d’en faire un car 42 km, c’est trop long pour moi, je préfère les 195 m qui les accompagnent :-), mais voilà j’ai une autre idole dans la boite. A très vite, puisqu’on bosse ensemble.
    Ciao
    Marie-C

  3. Bravo Marie pour ce premier marathon fait dans la régularité et dans l’angoisse ( maitrisée) de l’inconnu qui booste cette fameuse hormone source de performance et de dépassement de soi . Alison est au taquet et elle me communique naturellement son engouement pour ton implication sportive . Encore bravo et bonne traversée pour la suite ……

    • Merci Valérie! C’est une belle surprise que de vous lire 🙂
      Alison m’a soutenue plus qu’elle ne croit dans cette histoire et Dieu sait si seule (face à l’angoisse de l’inconnu) on avance souvent moins bien…
      Qui plus est je pense qu’en termes d’implication sportive nous sommes sur la même longueur d’ondes 🙂
      Les amoureux du sport ont en commun ce petit rien qui change tout 😉
      Merci encore pour votre lecture et vos encouragements!

  4. Et voilà, c’est fait! les 42km 195 sont faits de tout ça : enthousiasme, émotion, rythme, encouragements etc etc!
    J’espère que mes réponses ont été utiles du coup 😉 en tout cas j’avais vu ton post sur les chronos, et de suite je me suis dit:  » régulière, pas facile sur marathon! »
    Oooh, et puis quel caractère cette Marie!! 😉 il faut à la fois de la sensibilité pour réagir et capter tout ce qui se passe, et à la fois une carapace pour faire glisser les moments difficiles.
    J’aime bien ta réflexion sur l’entraînement du dimanche matin. Perso je trouve que c’est une belle aventure le marathon mais ça ne fait pas de moi un meilleur homme ou un coureur accompli : j’ai eu de belles émotions et de beaux efforts en cross, sur piste, en montagne, en trail, sur 10km route… tout dépend de la valeur de l’effort accompli le jour J (et avant) de l’objectif fixé, de l’émotion qu’il s’en dégage et des faits de course… bref!
    Bonne récup, et mes félicitations 🙂

    • Merci Mathieu, oui je suis allée marcher 1h15 la veille, même pas courir…j’avais pas envie ! J’avais quand même un peu peur à cause de mes douleurs au dos…mais bon. Le mélange de sensibilité et de carapace ça me connaît 🙂 je les mets respectivement pas toujours au bon endroit mais j’essaie !
      Pour le reste, oui, les « qu’est ce que tu VAUX sur marathon » et autre clichés sont un peu ringard. Une personne n’est pas un chrono..c’est une personne, c’est tout 🙂 Bises de Paris !

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