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Lettre ouverte à tous les détracteurs du « phénomène running »…

Chers lecteurs,

Cette lettre ouverte ne se veut pas dédaigneuse ou pseudo méprisante comme peuvent l’être certains écrits de journalistes gênés par l’engouement des uns et des autres face à la course à pieds. Cette gêne, plutôt que de les pousser à approfondir pour comprendre le phénomène, les rend bêtes et les plonge dans un snobisme protecteur, qui à défaut de leur faire des amis, leur fera du buzz. Cette lettre se veut être une réflexion constructive sur l’attachement il est vrai particulier, que près de 10 millions de français (et tant d’autres dans le monde) vouent sans infidélité, chaque jour, à ce sport bipède et relativement basique qu’est le running.

Pourquoi, mais pourquoi ?

Il s’agit ici de tenter de répondre aux incessantes questions « pourquoi tu cours ? », « après quoi tu cours ? » ou même aux injections « mais arrête donc de courir ! ». Cette lettre est à la fois une réponse personnelle et collective, fruit de l’observation depuis près d’1 an du comportement de nombreux coureurs et de l’analyse de leurs « raisons » de courir que je partage avec vous sans retenue dans ce billet. Prenons ainsi comme base de discussion le récent article de la journaliste Lisa Vignoli (le lire ici !) qui voit en l’ensemble des coureurs sans distinction un trouble, que dis-je une pathologie : la toxico du chrono !
A une époque où la moindre critique semble interdite, où il faut être « tolérant » au point de ne plus avoir le droit d’émettre un avis quelconque, où les difficultés économiques et sociales sont indéniables, il est surprenant de constater un tel acharnement face à de simples individus trouvant un plaisir récurrent et parfois salutaire dans la pratique d’un sport. La vie n’est pas toujours simple et chacun compose avec ce qu’il a pour être qui il peut, à défaut d’être qui il veut. Rien n’est linéaire, rien n’est parfaitement dosé, rien n’est optimal c’est aussi cela qui fait le charme de l’humanité. Pour autant, en quoi l’enthousiasme passionné de l’un parvient-il autant à déranger l’autre ? Est-ce vraiment la course à pieds qui pose un problème ou le dynamisme de ses pratiquants qui énerve ? Combien de personnes sont des « workaholics » en puissance ? Combien vouent à l’alimentation un culte infini au point d’en devenir les serviteurs plutôt que les maîtres ? Combien sont proprement incapables de rester fidèles à leur conjoint, poussés sans arrêt à multiplier les aventures extraconjugales, comme dépendants à l’excitation de la séduction permanente ? Combien se lobotomisent devant des jeux vidéos au point même de confondre le virtuel et la réalité ? Combien préfèrent boire pour oublier que d’agir ? La liste est longue. Dans ce contexte, il me semble qu’un investissement même intensif dans la course à pieds parait bien ridicule dans la liste des addictions ! Car pour autant, je ne nie pas cette addiction comme je ne nie pas la bigorexie. Mais la bigorexie est une pathologie et tous les coureurs, s’il vous plait, ne sont pas malades.

Du bon matériel pour tous, oui et alors ?

Concernant le matériel « hors de prix » utilisé par les débutants comme les experts : nous sommes dans une société de consommation qui a perdu ses rites et sa spiritualité. Or, l’être humain est spirituel de nature : il aspire à autre chose qu’au simple matériel et a besoin d’espérer, de croire. A défaut de croire en Dieu, il s’attache à des idoles, se rassure en achetant du matériel dernier cri, assoit son identité à sa manière. Cela n’a rien à voir avec la course à pied mais avec un phénomène social dans son ensemble. On nous vend systématiquement du matériel qui coûte cher et qui ne dure pas ; du matériel qui ne se répare pas et qui se change régulièrement ; c’est le principe de l’obsolescence programmée qui une fois encore n’a rien à voir avec la course à pieds. Par ailleurs, je trouve cette vision négative du « runner débutant » paré des pieds à la tête « comme un pro » particulièrement élitiste. Depuis quand faut-il être un pro pour « avoir le droit de.. » ? Je ne suis pas journaliste pro, je n’ai donc pas le droit d’avoir un blog ? Je ne suis pas athlète de haut niveau, je n’ai donc pas le droit de suivre un plan d’entraînement au marathon ni d’avoir du matériel de qualité qui rende ma pratique sûre et agréable ? Certaines marques comme Décathlon l’auront compris en démocratisant le sport au maximum et en décomplexant ceux, trop nombreux, qui n’osent pas mettre de baskets craignant d’avoir l’air ridicule. Ce ridicule qui freine et prive plus d’un d’expériences sportives bénéfiques, à tort. J’en viens à la « baseline » de mon blog que je voulais au départ qualifier de « soft performance » mais que j’ai laissé de côté pour le moment. L’idée principale étant de dire qu’il n’y a pas de niveau légitime pour avoir le droit de s’impliquer avec sérieux tout comme le terme « performance » n’est pas un synonyme de « haut niveau ». Une performance est propre aux objectifs d’un individu, à ses moyens, à ses forces, à ses difficultés. Comment peut-on se permettre de dire à celui/celle qui aura été au bout de son tout premier 10km sans s’arrêter, que ça n’est pas une « performance » ? Quand on comprend et que l’on connait ne serait-ce un tout petit peu, l’effort mental et physique que nécessite la course à pieds, on ne dit pas ce genre de choses.

Ne pas confondre addiction et implication…

Finalement, je concluerai sur une note positive mais claire. J’invite tous ceux (y compris dans mon entourage) qui à défaut de rester indifférents s’énervent devant l’assiduité grandissante à la course à pieds de tout un pan de la population, à se rendre un jour à l’arrivée d’une course. Quand vous verrez le plateau élite franchir les derniers mètres d’une course transcendés par l’effort et la joie, vous en aurez quelques nouveaux frissons. Mais ne partez pas tout de suite, le meilleur reste à venir. Vous verrez alors des centaines voire des milliers de coureurs défiler, tous aussi différents les un des autres. Il y aura des jeunes et des beaucoup moins jeunes. Il y en aura des très affûtés, d’autres carrément en surpoids. Des hommes, des femmes…Vous verrez même des coureurs non-voyants accompagnés de guides qui terminent leur course avec une joie palpable. Vous aurez aussi peut-être la chance d’apercevoir une joëllette, ce « moyen de transport » permettant à des coureurs valides de pousser des jeunes handicapés sur 10, 20 et parfois bien plus de km. Je vous renvoie à mes récits sur le marathon des sables 2013 mettant en scène le team Transavia Sportera Handi’cap et ses 3 jeunes handicapés : Marie, Astrid et Gaëtan que j’ai eu la chance de connaître et de suivre. Pour permettre à ces jeunes de vivre une expérience hors du commun : 250km dans le désert Marocain, l’équipe a du s’entraîner avec rage et acharnement. Pousser une joëllette dans les djebels ça n’est pas une mince affaire. Ça oui ils ont du en annuler des déjeuners pour maintenir leur rythme, mais cela s’appelle de l’engagement. Cette valeur désuète que peu de gens connaissent à une époque où l’on se réserve toujours le droit de se défiler à la dernière minute « au cas où ». C’est aussi pour cette raison qu’à mon niveau je m’attache fidèlement à suivre un plan marathon cet été : pas pour le chrono (je m’en fous !) mais pour le défi personnel de pouvoir s’attacher dans la durée (9 semaines) à suivre une voie de progression. Je trouve ça beau moi et je trouve qu’il est bien dommage de confondre addiction et implication. Cela dit cette lettre ne me concerne pas spécifiquement car je sais avoir une pratique très libre du running, une pratique que je maîtrise et qui me sert (et non l’inverse). Pour autant, j’espère qu’à la lecture de ces lignes vous aurez eu, à défaut d’être convaincu(e), envie de nuancer un peu plus vos propos et de remettre les choses à leur juste place pour mieux comprendre « tous ces runners » !

 

 

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Comments

Article intéressant et pertinent !
Ceci dit un parallèle me vient à l’esprit avec un ancien billet que tu as publié au sujet de l’entrainement running en salle de sport, et où tu avais apparemment toi aussi tout un tas d’a priori (je reconnais que ton point de vue a sensiblement évolué au fil de ton récit et je t’en félicite).

La journaliste Lisa Vignoli manque visiblement d’ouverture sur la pratique de l’autre. Elle ne se contentre que sur l’addiction sans évoquer (ou alors en le survolant à peine) le dépassement de soi, la motivation, le bénéfice santé, la satisfaction personnelle ; en bref les aspects positifs.
A croire qu’elle vanterait l’oisiveté.

Merci Yann, pour ce qui est des a prioris, je pense que tout le monde en a parce que tout simplement, tout le monde se fait un avis sur les choses sans pour autant pouvoir tout savoir; il y a donc forcément des décalages. La question est plutôt de savoir les faire évoluer…La salle de sport est un lieu que j’ai souvent fréquenté (beaucoup pendant mes études au Canada), ensuite pendant les longues soirées d’hiver où courir était impossible dehors, seule. Je maintiens qu’il y a des profils différents entre le monde du running, du trail ou de la fitness mais c’est très bien ainsi, il faut des différences ! Finalement, des salles de sport j’en ai pratiqué un paquet….en revanche, je ne pense pas que LV ait jamais mis des baskets à ses pieds 🙂 Merci pour ta lecture régulière et ton interaction en tous cas, c’est toujours enrichissant !

Sur le fond, je suis assez d’accord avec toi. Chacun est libre de faire ce qu’il veut, de s’acheter un matériel de pointe si ça le chante, de s’engager à fond dans un sport, quelque soit le niveau, etc. D’ailleurs, je trouve que le mérite d’un sportif tient plus à son dépassement personnel qu’à son chrono.
Après, je croise pas mal de gens, notamment sur les réseaux sociaux, qui donnent l’impression d’être complètement obnubilés par la course à pied. Et je t’avoue qu’à moi aussi il arrive de trouver ça un poil excessif. Comme si leurs vies s’articulaient uniquement autour de ce sport, comme si, même, elles se limitaient à ça. Et dans ce cas, je trouve ça un peu dommage voire dangereux.
Après, ça reste une minorité et c’est surement le souci de l’article que tu cites : donner l’impression qu’une poignée de bigorexiques est en fait la norme.

En fait oui, comme je dis je ne nie pas la bigorexie comme toutes les autres formes d’addiction. Ca me fait penser à une « journaliste » (je suis gentille en lui donnant ce qualificatif) qui cherchait des proies pour participer à l’émission « Tellement vrai »…elle voulait justement des bigorexiques en puissance sans bien évidemment mettre de nom dessus. On était rentrées en contact pour éventuellement tourner l’émission et puis en m’interrogeant elle s’était rendue compte que je ne répondais pas du tout à ses attentes: j’ai des formes et je les garde, je mange ce que je veux, je n’annule pas un plan avec des amis pour courir…elle était déçue et moi naïvement, j’hallucinais – à l’époque je ne comprenais pas…Et bien, cette personne aura fait le tour de tous les blogs à la recherche de cet individu un peu psycho et je crois qu’elle ne l’aura jamais trouvé. Donc, je trouve dommage de ne voir que le côté névrotique du phénomène alors qu’il y a plein de belles choses derrière et, j’en ai marre de ne voir que des articles ou des émissions sur des sujets délirants et problématiques plutôt que sur des « belles choses ».

On réagit fortement quand l’article ressemble à une critique à l’encontre d’une « communauté » à laquelle on appartient … Pourtant, je pense que les médias ont largement vanté les bienfaits du sport en général et du running en particulier. Cet article du Monde a un angle (comme n’importe quel article de presse), celui de l’excès. Pour autant, je ne pense pas que la journaliste ait la prétention d’embrasser une vision omnisciente et globale du running. Elle parle d’un aspect de la chose, c’est tout.
Sur d’autres médias, notamment plus populaires, on a vu de jolis reportages sur le running (je pense notamment à une vidéo sur 66 minutes concernant les femmes au marathon de Paris 2012). J’ai l’impression que c’est plus souvent la norme. Après, tu as raison, les médias vont souvent chercher à faire du sensationnel, à forcer le trait.

Certes mais en ce qui me concerne très personnellement je ne me sens pas vraiment attaquée, le sport n’est pas non plus une question de vie ou de mort, il faut quand même prendre du recul et d’ailleurs, je trouve que la liberté d’expression permet justement de se prononcer, de répondre, de discuter, c’est très bien qu’il y ait des « angles » différents comme tu le dis. Je ne reproche pas à cette journaliste de mettre le doigt sur un pseudo tabou, je lui reproche de généraliser beaucoup trop une réalité à « la France » et « tous les runners ». Elle ne parle donc pas seulement « d’un aspect de la chose », « des personnes qui sont dans l’excès », elle projette une forme d’excès sur « tout le monde » et ça, c’est stérile. Pour autant, je ne trouve pas non plus les reportages à l’eau de rose ou la vague du « running contre la maladie » forcément géniaux à 100%; je pense que pour rester lucide il faut faire attention à l’émotionnel (ie pas en faire trop), mais de là à casser la barraque en mettant tout le monde dans le même panier de camés, bof 🙂 NB: je pense que si on me privait de dessert je deviendrais dingue, je dois être accro au sucre…merde !

Non, moi non plus je ne me sens pas du tout attaquée, sans doute parce que comme toi, je ne fais pas trop partie des « accros ». Bon après, je suis pas d’accord sur le fait qu’elle généralise. Par exemple, elle écrit : « Une mode qui vire parfois à l’obsession »… Elle dit « Parfois » et non pas « toujours » ou « systématiquement ».
J’crois que c’est à la lecture qu’on généralise, pas à l’écriture.
Breeeef on est pas d’accord mais c’est pas grave hein ?! 😉 (PS : ce n’est pas moi qui ait écrit l’article sous pseudonyme, j’te rassure :p)

Ben non c’est pas grave :)) N’empêche que j’aime pas le ton de cette nana et que malgré le fait que son article soit bien écrit et construit (Dieu merci, si en plus elle écrivait comme un pied..) je le trouve pas très bienveillant et ostensiblement provoc 🙂 Mais bref, c’est une journaliste 😀 et puis j’aime bien discuter et remettre en question 🙂
Voilà, d’ailleurs aujourd’hui je pense que je ne vais pas courir comme prévu parceque j’ai pas envie et que sans envie y’a pas de plaisir. He dicho ! ;))

Attention aussi peut être à la mise en scène sur les réseaux. On peut parler essentiellement de sport et ne pas faire non plus que ça.

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