Les joies de l’interview…

Interviewer un passionné de sport, qui plus est de haut niveau avec tous les sacrifices et les engagements que cela sous entend, est toujours un plaisir et une chance. Ces athlètes ont bien souvent beaucoup de choses à dire, à raconter, à partager. Dès la création de ce blog j’ai toujours cru au concept « d’inspiration« . L’histoire et le cheminement d’un athlète peuvent faire écho aux questionnements d’un autre, soutenir sa réflexion, l’inspirer dans sa quête. Ceci est d’autant plus vrai que le parcours et le profil d’un athlète sont uniques. Si deux coureurs de fond peuvent « se valoir » au chrono d’un marathon, leur vie aura pour autant de grandes chances d’être radicalement différente. A une même question existent une infinité de réponses. C’est cela qui est passionnant tant pour l’interviewer que les lecteurs. Place aux réponses, aux conseils et aux confidences de Julien Bartoli dont vous entendrez parler de plus en plus, soyez en sûrs…

Julien Bartoli: ses perfs, en bref

Écrivons peu, écrivons bien – voici le palmarès des records personnels de Julien:

Marathon de Rotterdam en 2h22’40

Semi d’Auxerre en 1h07’39

20km de Paris en 1h04’55

10km deTaule Morlaix en 29’35

Julien a également fait 2h23’51 au Marathon de Paris 2013, finissant 6ème français.

Julien: sa vie, ses engagements, ses entraînements

Julien, quel âge as-tu ? Es-tu coureur professionnel, à plein temps ?

J’ai 35 ans, je suis technicien logistique chez Air France et je n’ai aucun aménagement spécifique pour courir. Je dois donc composer avec mes horaires, selon si je suis du matin ou du soir. Du coup, je suis toujours actif: quand je ne travaille pas je m’entraîne ou je m’occupe de mes deux filles – c’est intense, il faut gérer ! Je pense manquer de bonnes plages de récup’ mais tant que je n’aurai pas de facilités horaires spécifiques pour mes entraînements je continuerai comme ça.

Tu es donc un coureur professionnel qui dispose du planning d’un non-pro, comment t’entraînes-tu précisément ?

En période de préparation spécifique, je fais une séance de piste le mardi et le jeudi, une séance au seuil en nature le samedi et plusieurs footings de récup’ ou d’endurance active.

J’essaie d’intégrer 2 à 3 bi-entrainement par semaine. Dans ce cas là je couple une séance spécifique et un footing.

Mes séances spécifiques varient selon mon objectif; je fais essentiellement du 20x200m ; 15-20x 400m ; 1000m ; 2000m ; 3000m

Plusieurs lecteurs du blog ont voulu t’adresser quelques questions; Mickaël S. aimerait savoir si tu conjugues la course à pieds à d’autres sports ?

Non pas vraiment; je n’ose pas en fait, j’ai peur de me blesser. A une époque j’avais testé le duathlon mais j’avais ressenti des douleurs aux genoux, j’ai eu peur dont j’ai arrêté. Et puis je n’ai pas retrouvé les mêmes sensations qu’en course à pieds donc je préfère m’en tenir au sport que j’aime le plus et que je connais le mieux.

Anthony G aimerait connaître un ou plusieurs conseils pour passer sous la barre des 40 min pour un 10 km?

C’est délicat comme question car un conseil doit être personnalisé. Il faut connaitre la personne pour l’orienter. Pour répondre de manière générale, l’association de footings, de fractionnés: sur piste ou en nature, de fartlek et d’une dizaine de lignes droites en fin de footing sont un bon compromis. Quoiqu’il en soit, ne faire que des footings peut permettre de s’améliorer jusqu’à un certain niveau mais pour vraiment progresser il faut sans cesse varier les allures. Il est possible de faire un marathon en ne s’entraînant que 3 fois par semaine; Stéphane Diagana en est l’exemple avec des perfs en moins de 3h. Dans ce cas là il faut faire 1 séance sur piste et 2 séances à allure plus rapide que votre allure marathon pendant au moins 1h15.

Vincent T. s’interroge sur le nombre de km par semaine que tu recommanderais pour la préparation d’un marathon ?

En ce qui me concerne, par semaine je cours environ 140km en début de préparation pour monter à 170-200km maxi.

On parle d’entraînement mais as-tu un entraîneur ?

Oui, mon entraîneur est Ouhabi Hemani. Je cours depuis l’âge de 7 ans…il m’a entraîné 3-4 il y a 10 ans puis j’ai fait une coupure de 5 ans où j’ai choisi de m’entraîner seul. Ça s’est avéré insuffisant. Il faut non seulement du soutien mental mais il faut être cadré pour ne pas dériver. J’ai donc repris mes entraînements avec lui depuis 1 an et demi. Je stagnais à 2h30 sur marathon et après 6 mois d’entrainement il m’a fait redescendre à 2h22 ! Je n’ai pas encore retrouvé mes meilleures perfs mais ça n’est qu’une question de temps..

Julien n°1 au Trail de l’Aubrac sur le 27km 

Tu viens de remporter l’épreuve de 27km du Trail de l’Aubrac, depuis quand te lances-tu sur des compétitions de Trail ?!

C’est récent ! Le trail n’est pas du tout ma spécialité et je sens que la récup’ est plus dure ! Je n’avais pas préparé spécifiquement cette épreuve parceque j’avais un semi-marathon la semaine d’avant sur lequel je m’étais concentré mais ça me tenait à coeur de participer notamment vis à vis de l’organisateur de cette course qui est également mon sponsor: Kalenji. Par contre je me rends bien compte que musculairement, le trail n’implique pas du tout le même travail. A force de montées, de virages mais surtout de descentes j’ai fini la course avec de grosses douleurs dans les quadriceps qui sont encore présentes quelques jours après. Mon footing de récup’ m’a procuré des sensations bizarres – je ne me sens globalement pas fatigué, juste musculairement un peu endolori.

L’effort que j’ai vécu pendant ce trail était très particulier. Mon appréhension était de me tromper de parcours et de ne pas bien repérer le balisage; en fait ça allait mais ça reste quand même un effort très solitaire. Tu es là, toi, seul avec le paysage, personne devant, personne derrière; tu n’as aucune info sur ceux qui te suivent: s ‘ils sont loin ou pas. Tu dois te concentrer tout le long pour ne pas glisser, ne pas tomber, ne pas dériver. Au final j’ai mis 2h19’14 pour parcourir les 27km qui en faisaient en réalité 30 !

As-tu des rituels bien à toi avant les courses ?

D’un point de vue technique je m’échauffe 45min avant la course pendant 20min puis je m’étire; je passe inévitablement par la case toilettes, je mets ma tenue et je fais quelques dernières lignes droites avant de me positionner sur la ligne de départ. Sinon, j’ai aussi des tenues de superstition qui me portent chance et j’essaie de soigner mon apparence.

Coach, sponsors, partenaires: tu es bien entouré Julien ! Parles-nous un de tes récentes collaborations ! 

Kalenji: textile + chaussures !

Je suis en partenariat avec Kalenji depuis octobre 2012. Au départ j’étais testeur de produits et puis j’ai eu de bon rapports avec Olivier Laboussole qui m’a proposé d’être sponsorisé par la marque. Cela implique de représenter la marque en compétition mais aussi de jouer un rôle de co-développement running et textile, à raison d’1 fois tous les 2 mois environ. Je me rends au Campus du groupe (Villeneuve d’Ascq) et je fais des retours techniques sur les produits que j’utilise et éprouve par ailleurs. L’équipe est vraiment passionnée et l’ambition de la marque est de toucher tout le monde: aussi bien de satisfaire le grand public comme de proposer des modèles de compétition plus axés performance (ex: Kiprun Comp). Kalenji est une marque encore jeune (2004) qui a le mérite de progresser vite et de transformer son image plutôt mauvaise des débuts. Les choses évoluent…

Qu’est-ce qu’une bonne chaussure pour toi ?


Cela peut paraître un peu léger mais une bonne chaussure pour moi commence par un beau design ! Il faut qu’elle soit jolie à l’oeil et évidemment légère, confortable et dynamique. En dehors du « look », seul le test en situations et sur de nombreux kilomètres fera foi. En effet, le 1er avis sur une chaussure peut être trompeur. L’avantage des athlètes Kalenji est qu’ils courent jusqu’à 200km/semaine ce qui permet un retour rapide et réaliste sur l’efficacité des produits.

Dans tous les cas, cela reste quand même hyper subjectif ! Il faut trouver chaussure à son pieds ! D’où l’enjeu difficile pour les marques qui doivent proposer des produits adaptés à un maximum de personnes et ne pas trop typer leurs modèles.

Nutratletic: accompagnement nutritionnel

Très récemment j’ai entamé un partenariat avec Nutratletic. Avant je faisais le strict minimum au niveau nutritionnel. Je m’achetais des produits spécifiques pour la compétition (gels, boissons, etc.) mais c’est tout. Nutratletic m’apporte des conseils, un suivi (prise de sang et recommandations), surveille d’éventuelles carences et me propose les produits adaptés. En dehors de ça mon hygiène de vie n’est pas idéale. Ma vie professionnelle en horaires décalés ne m’aident pas … Souvent quand je m’entraîne à l’heure du déjeuner je ne mange pas. Je pense avoir une grosse marge d’amélioration à ce niveau là aussi bien d’un point de vue personnel que pour mes perfs sportives. La seule vraie erreur que j’aie pu faire dans ma carrière était lors de mon 1er marathon. J’étais très (trop) affûté et je suis partie en ayant faim. J’ai eu une grosse défaillance au 40ème km (hypoglycémie) et j’ai fini avec des crampes partout. Il a fallu que je suive de la rééducation à la marche pour retrouver l’amplitude de mes muscles !

Après le Julien Bartoli pro, place au Julien perso…

As-tu des appréhensions particulières ?

Oui, de ne pas être assez prêt pour le jour J. Pour autant j’aime bien la présence d’autres compétiteurs de niveau international pour me jauger sur les grosses courses.

Es-tu plutôt zen ou plutôt stressé ?

Avant une course je suis plutôt très stressé ! Je veux toujours bien faire…mais je suis battant, je ne lâche rien. Je n’ai abandonné qu’une fois dans ma carrière à cause d’une déchirure au mollet (seule grosse blessure).

Qu’est ce qui t’aide à te dépasser ?

La performance. Progresser. Faire mieux sans arrêt. Je suis rarement content de moi. Ma femme me rappelle souvent d’être indulgent avec moi même…

Quel athlète admires-tu le plus ?

Cela peut sembler bête mais je dirais Roger Federrer ! Sa longévité de carrière m’impressionne tout autant que sa capacité à retourner un match même après un début difficile. Son état d’esprit également, ce côté zen, pas stressé, à l’inverse de moi, m’inspire.

Comment envisages tu ta carrière de coureur ?

Je vais toujours continuer à avoir mon boulot, pour des raisons financières mais pas uniquement. J’ai besoin de cet équilibre entre le travail et la course. Ça me permet de rester motivé.

Aimes tu l’idée de notoriété ?

Oui, c’est très important pour moi. Etre médiatisé est super boostant – cf mes partenariats: Kalenji, Nutratletic mais aussi Veinoplus et récemment les lunettes CB. J’ai besoin d’avoir du soutien, d’être encouragé et j’ai de plus en plus l’occasion de rencontrer ceux qui me suivent en vrai. D’ailleurs, je tiens à remercier ma famille, mon club, mes sponsors qui me font avancer chaque jour !

Qu’aurais tu fait dans la vie si tu n’avais pas été runner de haut niveau ?

Je suis tombé dedans tellement jeune que ça aurait été difficile d’imaginer autre chose. Le haut niveau est ensuite venu petit à petit, poussé par l’envie de réussir. Mon rêve suprême est d’être en équipe de France tout comme l’était celui d’avoir un partenaire équipementier ce qui est désormais chose faite !

Dois tu faire des sacrifices au quotidien pour maintenir ton niveau ?

J’ai une femme, 2 filles de 5 et 7 ans dont je m’occupe tous les jours, mon travail dans lequel je m’investis et évidemment la course à pieds. Il faut gérer tout ça mais je continue !

Merci Julien Bartoli pour cet échange complet et enrichissant ! A très vite sur les pistes et longue vie à ta passion !

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