Convaincue par Henri Kam, directeur associé de KCO, société organisatrice d’événements sportifs: The trail Yonne, La grande Odyssée, Le rassemblement européen de la marche nordique, etc. de venir goûter au plaisirs du trail en Haute Maurienne Vannoise, il m’aura fallu peu de temps pour googliser rapidement l’événement, convaincre un ami de m’accompagner et m’inscrire. Une inscription spontanée, motivée par le « goût d’ailleurs » promis par cette course qui a posteriori, on peut le dire, m’aura fait voyager bien loin dans les méandres de mon mental

Récit d’une épreuve contre la montagne qui vous pousse dans vos retranchements et vous fait vivre une « matinée » assez inoubliable…

 

30km à l’assaut des hauteurs de la Haute Maurienne vanoise

Un paramètre sous-estimé: l’altitude !

Contrairement à d’habitude, je n’avais pas vraiment étudié le profil du parcours. De toutes manières, j’avais signé pour 30km et 1600m de dénivelé positif (D+) et je savais que ce serait dur, mais « dur à quel point ? »;  impossible de l’anticiper car il s’agissait d’une première en montagne. Ma seule référence était l’EcoTrail de Paris 31km et 600m D+ que j’avais réalisé en 3h…je m’étais dit naïvement qu’avec le double de dénivelé je pourrais viser 4h. Comme j’ai sous-estimé la belle montagne ce jour là ! Le dénivelé est une chose, le type de route et l’altitude en sont une autre. Piégée par l’hypoxie des hauteurs j’ai réalisé l’ensemble de la course à bout de souffle, incapable de comprendre pourquoi j’étais dans un tel état jusqu’à ce que l’un des bénévoles sourie et me dise: « vous êtes arrivée hier soir ?! (rires) il ne faut pas chercher, vous vous prenez l’altitude en pleine figure ma petite ! ». Voici pour commencer le schéma du parcours 30km qui m’aura joué des tours mais n’aura, malgré tout, pas eu raison de moi !

Comme le schéma ci-dessus l’indique, nous sommes partis de Lanslebourg, à 1400m d’altitude, pour grimper au point culminant du parcours, à 2500m d’altitude.

3 temps forts marquent ce parcours de 30km:

La 1ère montée vers le Lac de Larcelle, soit près de 900m de D+ en 8km;

La 2ème montée vers le Fort de la Turra (une tuerie!), soit 400m de D+ en 1km et finalement,

La descente depuis le Fort de la Turra jusqu’à l’arrivée, soit 1100m de D- en une douzaine de km.

Temps fort 1: de Lanslebourg (départ) jusqu’au col du Mont cenis

Arrivée à 8h30 à Lanslebourg (nuit passée dans un gite à quelques km), dernières vérifications, briefing d’avant course à 8h45 et top départ à 9h00. Nous étions près de 500, un nombre réduit mais idéal pour ce type de course qui doit rester à la fois accessible à tous et « à taille humaine ». Je sens que je ne suis pas très en forme, une espère de fatigue étrange dès le départ m’inquiète un peu. Après à peine 1km de course nous sommes arrêtés par un goulot d’étranglement qui n’est autre qu’une mini montée avec main courante, le long de laquelle les coureurs ne peuvent que se suivre un par un. Le temps que les centaines de coureurs partis sur le circuit du 15, du 30 et du 50km s’enchaînent, l’attente fut assez longue – de quoi sensiblement disperser les participants partis tous en même temps. Une fois passés nous débutons l’ascension vers de lac de l’Arcelle essentiellement en sous-bois. Je souffle comme un boeuf qui fume et qui n’a jamais fait de sport de sa vie. Cela m’énerve et je me retrouve rapidement dans les derniers. Visiblement je suis la seule que cela dérange; les nombreuses femmes que je croise ont une philosophie plus saine que la mienne et avancent humblement dans la montagne sans trop se préoccuper du chrono, chose que je ferai avec résignation très rapidement, à mesure que je réaliserai l’ampleur du défi ! Je me mets à discuter (mon arme fatale !) avec une coureuse qui me dit qu’elle s’apprête à partir en Laponie la semaine suivante et qu’elle vit cette course comme une ballade intensive de préparation physique…- les gens ont de ces projets … – puis, je rejoins un duo d’amies: Hélène et Françoise, avec qui je resterai jusqu’au 1er ravito, au Col du Mont Cenis. Elles sont hyper motivées et ont eu l’occasion de faire plusieurs randos avant le jour J; intelligent pour l’acclimatation…Nous discutons un peu et très rapidement je leur fais part de mes difficultés: nausée, vertiges, envie d’arrêter. Ce fut une chance de « courir/marcher » à leurs côtés pendant toute cette 1ère partie de parcours. Elles m’ont clairement empêché de lâcher … Nous franchissons une, puis deux cascades, nous agrippons une main courante pour longer une petite falaise. Je suis hyper concentrée, non seulement parce que j’ai naturellement le vertige mais parce que je me sens particulièrement à l’ouest et que j’ai la hantise de perdre l’équilibre…Finalement, nous voyons le panneau 10km…atteint en plus de 2h; je me dis que nous en sommes au tiers de l’épreuve et que c’est déjà ça mais l’envie d’abandonner ne m’a pas encore complètement quittée…

Après quelques km de route légèrement en descente (je revis !), nous arrivons au 1er ravitaillement, au col du Mont Cenis. Vidange de poche à eau sur la tête, remplissage intégral à nouveau, quelques fruits secs, beaucoup de boisson énergétique, une envie folle de me cacher derrière un rocher et de me laisser mourir là en silence (à peine une blague) mais je repars…C’est alors que débute la 2ème montée…celle où j’ai cru un long moment avoir perdu l’usage de mes poumons et où j’ai compris la distinction entre « trail urbain » et « trail de montagne« . Mazette…

Temps fort 2: du col du Mont Cenis (ravito #1) jusqu’au Fort de la Turra

Je regarde le haut du sommet et je faiblis. Il va falloir que je me retrouve « là haut » coûte que coûte. Mes deux acolytes de course prennent les devants et me sèment. Je me sens vraiment super nase. Mon ego est travaillé au corps et j’ai du mal à arrêter de me dire « non mais Marie, allo, t’es dans les derniers, tu rames ma fille ! ». Je commence à grimper. Je m’arrête. J’essaie de respirer. Je reprends. Je regarde mon GPS: 2km/h. Ok, merci le GPS. Je continue. Je regarde derrière moi: c’est magnifique mais j’en ai le tournis. Je me reconcentre sur la montée. Je fais quelques pas. Je m’arrête. Je vais tellement lentement que mon GPS est à 0 ! Blasée, j’arrête de le regarder et me tourne vers le sommet: il faut que je l’atteigne ce #**#& de point culminant à 2500m…je bois (de l’eau) pour oublier, pour penser à autre chose. Mon coeur bat beaucoup trop vite, au point que la pipette de ma poche à eau rebondit sur ma poitrine. Ça craint ! J’attrape une main courante et monte quasiment à quatre pattes…une éternité plus tard, je finis par arriver.

Je regarde en arrière…splendide…

Vue sur le Lac du Mont Cenis depuis le Fort de la Turra

Temps fort 3: du Fort de la Turra jusqu’à Lanslebourg (arrivée)

C’est une fois arrivée en haut de ce sommet magnifique et exigeant que commence une longue portion de descente. Je reprends un peu courage en me disant que je serai sûrement plus à l’aise sur ce terrain. Un peu plus à l’aise certes mais à aucun moment sur ce parcours je n’ai eu la sensation d’avoir de quelconques facilités. Mon souffle est partiellement revenu, c’est alors qu’arrivent tout un cortège de douleurs. Les lombaires (habituel), le genou, les quadriceps…tout cela reste acceptable bien que j’aie mon départ pour le GR20 Corse dans une semaine en tête, avec une obligation de ne pas me blesser sur cet EDF Cenis tour. Je ralentis donc et me lance dans près d’une heure de descente, dans une parfaite solitude: personne devant, personne derrière. Je repense alors à l’interview de Julien Bartoli suite à sa victoire sur le 27km du Trail de l’Aubrac qui m’avait cité « la grande solitude du trailer » comme l’une des difficultés majeures de la course. Moi qui n’aime pas l’isolement me voilà servie, qui plus est, ça n’est pas comme si je débordais d’énergie – au contraire, j’étais plutôt dans une phase où j’aurais rêvé de mes proches pour m’encourager (quoique, j’aurais pleuré du coup…pas top). Le ciel m’entendra alors et je croiserai un âne sur le bord de la route ! J’adore les ânes ! J’adresserai quelques mots à cet animal intelligent (sans doutes les frais du manque d’oxygène sur mon cerveau un peu déjanté), je photographierai quelques fleurs violettes ravissantes sur le bord de la route puis je repartirai en trottinant. Au diable le chrono, je ne cherche plus rien d’autre que d’arriver…Le ciel m’entendra alors une 2ème fois, mettant cette fois-ci un humain de sexe masculin sur mon chemin. Foudroyé par une crampe, Naguib s’était arrêté un moment, me permettant de le rattraper, suite à quoi nous finirons les 10 derniers km de la course ensemble. Naguib aura été mon 2ème sauveur. La solidarité des coureurs m’émeut toujours. Sensiblement fatiguée et souffrant d’une douleur croissante à la cheville gauche, les descentes à pic sur les pistes de ski sont violentes pour mes muscles crispés et je ne peux pas courir…plutôt que de me lâcher en me disant « bon courage », Naguib restera avec moi, courant quand je pourrai courir, marchant quand je ne pourrai plus. Il me prêtera son bandana trempé dans une source d’eau glaciale pour compresser ma cheville (très efficace) et m’encouragera jusqu’aux derniers mètres tout en ne cessant de m’aider à relativiser ce chrono interminableNous apercevons enfin l’arche d’arrivée. Je ne peux plus courir mais Naguib m’encourage et là je me dis que quand même, si je franchis un finish en marchant, je risque de mal le digérer … je puise alors au fond du fond et j’accélère sur une petite dizaine de mètres pour rejoindre avec épuisement et joie mélangés mon ami Charles arrivé depuis plus d’1h et Emmanuelle, iPad en mains, toujours aussi proche des coureurs, elle qui connait l’effort du sport mieux que n’importe qui.

I did it !

Quelques derniers mots…

Voilà, j’aurais vécu ma 1ère expérience de trail en montagne et je m’en rappellerai. A tous ceux qui sont tentés par l’aventure, allez-y ! Sachez simplement qu’une légère acclimatation à l’altitude, ne serait-ce qu’un ou deux jours avant le jour de la course n’est pas superflue…sachez aussi qu’un trail en montagne n’a rien à voir avec un trail urbain, même à dénivelé égal. Le terrain montagnard est exigeant, il est difficile d’allonger la foulée, on est souvent en tension, souvent en vigilance tout en étant aussi en émerveillement devant les paysages colorés et magnifiques. C’est fort et sollicitant. Le corps en prend un coup, le mental aussi. Je me suis retrouvée face à mes limites dans cette expérience, pas seulement physiquement mais aussi mentalement. Autant d’envie d’abandonner, de ne pas aller au bout étaient toutefois le symptôme d’une grande fatigue latente aggravée par un oxygène un peu trop cher. Je me retrouve in fine au fin fond du classement mais je digère avec le sourire tout ce que j’ai pu vivre en 5h20 de temps. Tous ces discours que l’on se tient à soi même, tous les schémas de pensée qui s’activent, tous les délires qui remontent, toutes les envies qui s’exacerbent quand on court…Ah la course à pieds et le trail, quelle école de vie et de connaissance de soi – on n’a jamais fini d’apprendre et c’est ça qui est bon, même quand c’est excessivement dur.

Pour l’heure, je remercie les organisateurs pour leur beau travail, tous les bénévoles pour leur engagement, tous ceux qui m’ont permis de ne pas abandonner et qui m’ont entendue râler un peu trop, tous ceux qui ont terminé et même pour certains, gravi les marches du podium !, Charles pour son amitié et son plaisir palpable a avoir lui aussi, expérimenté ce type d’épreuve pour la 1ère fois, Emmanuelle B. pour sa gentillesse et sa passion du sport, les ânes pour leur soutien, les fleurs pour leur beauté, l’altitude pour avoir un peu boosté mon stock minable de globules rouges parisiens, et vous pour vos très nombreuses marques de soutien sur Facebook ! La récup’ m’ouvre les bras, je m’y laisse prendre…A très vite sur les pistes 😉

La Haute Maurienne vous tend les bras pour l’année prochaine…

8 Commentaires

  1. […] presque exhaustive, du moins, les accessoires, textiles et matériels essentiels y sont. Après un 1er trail alpin en Haute Maurienne Vanoise le dimanche 4 août 2013, j’ai mieux réalisé l’ampleur de l’effort que ce périple Corse va me demander: […]

  2. Wahou, félicitations Marie! J’adore tes récits de courses et cette capacité que tu as à te surpasser… Je crois que tu as débuté la course à pieds après moi mais tu oses te lancer sur des trucs de fou qui me semblent pour l’instant inaccessibles. Bravo, bravo, bravo!

    Anne-Gaëlle (nous nous étions croisées à Barcelone 🙂 )

    • Merci Anne-Gaëlle, je me rappelle parfaitement de toi et de ton superbe chrono à Barcelone 😉
      Je pense que tout ça te serait parfaitement accessible; regarde le temps que j’ai mis pour finir…après il faut être capable d’encaisser la « douleur » et c’est pas forcément le truc dont tout le monde rêve quand on ne regarde que l’effort et pas tout le reste ! Je pense qu’on ose quand on a envie 🙂 D’ailleurs, je suis en train de mieux réaliser ce qui m’attend sur le GR20 dans une semaine et je me dis…ouh la la !!

  3. GENIAL! J’adore tes récits! Et celui-là mélange humour, approche psychologique, découverte, désillusion, expérience… bref, excellent!
    L’altitude, dur de s’y faire. Je l’ai compris de mon côté depuis quelques temps mais même avec de l’entrainement, pour le trail de Font-Romeu, on traine minimum à 1800m d’altitude, et ça joue beaucoup…ben ça passe mais difficilement! Pour moi c’est la première difficulté en montagne, passé 1500m d’altitude, le niveau minimal selon les athlètes qui s’entrainent en altitude pour bénéficier des effets. Bref, on pourrait discuter des heures surtout ça!
    Je met le lien de ton blog sur le mien je kiffe 🙂

    • Merci Mathieu ..:) Je ne connais rien à la montagne et cette course l’a bien prouvé ! Du coup, il vaut mieux, après digestion de l’effort, voir ça comme une belle nouvelle expérience et ne pas perdre de vue tout ce qui est positif 😉 Il y a de quoi disserter après chaque course j’ai l’impression !

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