Drôle de sujet. Je ne pensais pas y revenir un jour…et pourtant. Il y eut un premier flashback hier, un petit. Puis un deuxième juste après, un gros. Ces deux flashbacks faisant, le passé est revenu en trombes et l’idée est née ou plutôt, a refait surface dans mon esprit. J’eus du mal à l’accepter mais les évènements étant là pour me le rappeler à deux reprises, je dû m’y résoudre et admettre qu’avant, je détestais le sport…

Premier flashback…au travail

Fin de journée, break, les langues se délient. Une toute récente collègue de travail engage la discussion sur « le sport » ; sur ses envies de s’y (re)mettre, « mais bon… », rajoute-t-elle. Le fameux « mais-bon » de tous ceux qui regardent avec un mélange d’envie et d’incompréhension totale ces tribus grandissantes de coureurs revenir d’une sortie sous la pluie ou dans le froid, le sourire aux lèvres. (Non mais Allo.)  Le « mais bon » évoquant  toutes les contraintes qui font que l’on ne s’y met pas. Le « mais bon » voulant dire que l’on aimerait bien mais que le déclic n’est pas là. En effet, c’est tentant, « mais bon »… Elle me demande alors depuis combien de temps je cours. Je réfléchis rapidement et réplique… « Odysséa 2011, un peu plus de 2 ans donc. » Étonnée, elle me répond spontanément qu’elle me croyait runneuse invétérée « depuis toujours ».

Ah bon, mais quelle idée…depuis toujours ? Non, certainement pas ! Il y a 3 ans à peine je détestais courir et il y a 10 ans…je détestais le sport tout court.

Premier flashback, première amorce de réminiscence…Étrange.

 

Deuxième flashback…des retrouvailles familiales  inédites

Quelques heures plus tard, je retrouve comme prévu une partie de ma chère famille américaine exceptionnellement en France pour quelques jours. Une partie de famille que je ne vois malheureusement que bien trop rarement. A vrai dire, cela fait 13 ans que nous ne nous sommes pas vus en chair et en os, 13 ans. J’avais 16 ans… Alors que je me prépare à les retrouver, je me sens un peu mitigée à l’intérieur. Cette crainte un peu stérile de ne pas avoir le temps d’expliquer tout ce qui a pu se passer en 13 ans, ou encore celle de ne plus se reconnaître ? Je descends les escaliers de chez moi, ils sont là, dans le salon. Merveille, en un clin d’œil je sens que rien n’a changé, je les retrouve comme en 2000. Nous échangeons avec autant de chaleur que les journées sont froides ces temps-ci, nous nous lançons des « my dear, comment vas-tu, i wanna know everything, où en es-tu, tell us ! ». Comme j’aime l’anglais…l’américain même. Bref, très vite et très naturellement j’évoque mes implications assez récentes (à l’échelle de mes 29 ans) dans le sport. Mes tantes lèvent les bras et débordent d’exclamations en tous genres ! « You, my dear ? You’re into sports ?! Wow.. » Sur le coup je suis surprise, j’ai envie de dire : « et bien, oui…évidemment, quelle question ! »…et puis je me rappelle… « 13 ans Marie, cela fait 13 ans qu’elles ne t’ont pas vue… ».

A l’époque de nos dernières vacances communes au Texas (2000), j’étais scotchée alternativement devant les TV Shows américains ou mon PC, invariablement munie d’un muffin ou d’un donut, si possible très calorique. Je détestais profondément bouger. Marcher à la rigueur. Courir ? What the f… ??

Alors ma tante négociait et nous trouvions des arrangements. En dessous de 2 miles je devais venir marcher avec eux ; au dessus de 2 miles j’avais le droit de rester. A chaque fois je priais pour que le circuit soit long, très long, donc pas pour moi. Et dire que nous avons passé une quinzaine de jours dans les merveilleuses montagnes du Colorado ; quinzaine pendant laquelle la perspective de marcher en forêt relevait du supplice et récoltait l’intégralité de mon désintérêt…

Elles me rappelaient toutes ces choses que j’avais profondément enfouies et savamment oubliées. Elles me remémoraient avec douceur et bienveillance l’adolescente gourmande et paresseuse que j’étais ; pas blasée non,  mais…adolescente !

Après les avoir écoutées je me devais de les mettre à jour, de leur expliquer…Alors je leur racontais ma découverte du sport juste après le bac. Des débuts en karaté il y a 10 ans, du tennis et du squash, puis une longue épopée de danses multiples suivies de nombreuses heures de fitness au Canada et enfin…la course à pied – beaucoup plus récente.

En effet, pour rentrer dans l’armée française : pire erreur d’orientation que j’aie pu commettre de toute mon existence mais qui m’aura malgré tout apporté un certain nombre de choses, je devais passer l’épreuve du 3000m pour la Gendarmerie et le Luc Léger pour l’armée de l’Air et l’armée de Terre. Quelle ne fut pas alors mon désespoir de devoir mettre un pied devant l’autre et répéter indéfiniment ce mouvement, qui plus est rapidement, si possible.

Débuter la course à pied…je me souviens !

Mon 1er réflexe fut de m’acheter une montre GPS. Déjà que mon intérêt pour la discipline était en dessous du niveau de la mer ; je ne risquais pas de trouver une quelconque motivation au fin fond de mon petit être paresseux. Il me fallait une aide extérieure, qui a bien marché d’ailleurs. J’ai commencé par le commencement. Apoplexie au bout d’1km puis de 2, puis de 3. Je ne dépassais pas les 3km. Le recrutement se faisait sur cette distance, je n’allais pas non plus en faire plus ! (#nonmaisoh !) Malgré tout je m’améliorais, mais surtout, je commençais à trouver ce grand sketch jadis grotesque, relativement intéressant. Les épreuves sportives de l’armée arrivaient: bingo, je faisais partie des dernières femmes à lâcher au Luc Léger, récoltant la remarque d’un adjudant un peu sévère : « vous n’auriez pas du vous arrêter, vous en aviez encore sous la semelle ». On ne répond pas à un militaire comme ça mais malgré mon sourire à peu près poli je mourais d’envie de lui dire « oh, je suis au bord de la mort là ; ça se voit pas ? ». Visiblement non. Après l’épreuve de course vinrent ensuite les suspensions pour les femmes (tractions pour les hommes) puis le parcours d’obstacles. J’y prenais goût. ..

Figurez-vous qu’in fine je suis rentrée dans l’armée de l’air, finissant mes « classes » à Salon de Provence majore de promotion en Formation initiale et 3ème de promo en Formation de l’officier. Le sport n’était pas la seule discipline, fort heureusement. C’est d’ailleurs la course à pied qui m’a fait perdre 2 places à la « deuxième mi-temps » ! Les deux premiers du classement étant des Dieux du fractionné, des amoureux du bitume, des fous de la piste, des adeptes du « je vomis après avoir franchi la ligne d’arrivée et je le vis bien». Moi pas vraiment. Toujours ce mélange de dilettante freestyle et de surpassement hyper exigeant. Un cocktail bourré de paradoxes voir antinomique mais bien réel pourtant. Là aussi, le jour de l’évaluation finale, le coach me glissait un terrible : « tu aurais pu faire mieux ». [Je déteste cette phrase].

Tout cela pour ça…

Finalement, toutes ces dernières années, à force d’avancer, à force d’avoir des déclics, à force de vouloir faire mes preuves, de vouloir expérimenter, ressentir, me fixer des objectifs, les surpasser – j’ai parcouru un certain nombre de disciplines sportives. Parfois pour de mauvaises raisons, perdant beaucoup trop de poids mais souvent pour de bonnes raison, retrouvant ainsi une vraie forme (et de vraies formes!)

Cette forme qui ne correspond pas à une norme ou à un idéal de performance mais à ce qui nous convient le mieux et pas seulement dans l’instant présent, sur la durée également.

Intégrer du sport à sa vie, c’est comme prendre conscience qu’on ne peut donner n’importe quoi à son corps et qu’il mérite des aliments sains. C’est comme réaliser qu’en dormant mal et trop peu, on peut difficilement trouver une balance émotionnelle satisfaisante ou une forme physique durable. C’est comme reconnaître qu’en étant proche de ceux qu’on aime, on est souvent mieux que seul dans sa bulle avec ses fantasmes. C’est comme redonner du temps au temps et décélérer le flux des infos et des événements souvent assommants d’une société systématiquement pressée. C’est une prise de conscience, une envie qui naît, un jour, à tout âge. Ça n’est jamais une fin en soi ni une réalisation mais un nouveau départ.

C’est une porte qui s’ouvre sur un chemin neuf…

7 Commentaires

  1. C’est très beau ce que tu dis à la fin de ton article. On est pas mal à avoir une histoire similaire. Le sous titre de mon blog est depuis quelques temps  » avant je détestais courir » parce que c’est finalement ce qui me caractérise le mieux. Ce nouveau départ, cette quasi rédemption. Par contre, quand on te rencontre en vrai et même à travers tes écrits, on a du mal, effectivement, à croire que tu n’as pas toujours eu ton dynamisme communicatif. Je comprends la remarque de tes collègues.

    • Merci Jean-Guillaume ! Je pense qu’on a tous des aspects en soi différents qui s’inhibent ou se révèlent selon les périodes de la vie. J’ai toujours été « vivante » mais pas toujours eu envie de l’exprimer…comme quoi 🙂 Bravo pour ton histoire à toi aussi !

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