Le CrossFit, on en parle, on en voit un peu à toutes les sauces. On voit des mecs et des nanas devenir super accros, super tankés, super à fond dans leur pratique, on se questionne. On se dit que la méthode a l’air intéressante et qu’elle mérite d’être découverte. Alors on accepte un test. Un test qui ne se passe pas du tout comme prévu et qui déçoit, qui dégoûte carrément même ! Alors, on ravale sa déception, on attend un peu et on se dit que l’on va aller encore plus loin. On interviewe différentes personnes et on creuse. C’est (re)parti.
Ma première expérience de CrossFit était dans une box d’Ile de France. Poussée à participer à une « compétition media » après 4 séances d’entraînement seulement (finalement 2 par manque de temps). Vaste connerie. Je sortais tout juste de 3 ans de galère à cause d’un pincement discal au niveau lombaire. Le genre de blessure qui te force à renoncer aux « je ne m’échauffe pas » ou autres « je fais le mauvais mouvement mais je m’en fous » – à vie !
Le genre de blessure qui rend un peu plus intelligent. Sauf quand on te confronte à une pratique qui l’est beaucoup moins.
Poussée à « en chier » au delà de mes capacités physiques; les coachs n’avaient rien à faire de ma contrainte physique. Marche ou crève, tu fais la compète ou tu sors.
Pardon ? Mais je croyais que le CrossFit était loin des clichés ? Pouvait s’adapter à chacun ? Rendait plus fort ? Apparemment oui, dans les salles qui tiennent la route.
C’est ce que soutient Emmanuelle, aide-soignante de 44 ans qui s’entraîne depuis 1 an et demi jusqu’à 4 à 6h au Reebok Crossfit Louvre. Selon Emmanuelle, très satisfaite de sa pratique:
« Le CrossFit devrait apporter agilité, souplesse, amélioration du cardio, tonicité voire prise de masse musculaire, bien être au quotidien et remise en forme globale (psychologique comme physique) »
Emmanuelle témoigne de sa nette progression et de l’évolution évidente de sa forme physique. Il n’y a selon elle aucune contrainte ou inconvénient à sa pratique. Elle note juste dans son cas, la difficulté d’adaptation à certains mouvements (de gymnastique par exemple). Elle ajoute également que les risques du Crossfit sont inhérents à ceux de n’importe quel sport: addiction et blessure, surtout si l’on ne suit pas les conseils des coachs.
Clémence, journaliste et blogueuse spécialisée sur le sujet du Crossfit et ayant plus de 10 box de Crossfit en test à son actif, rejoint cette vision:
« Bien enseigné, le CrossFit devrait apporter plus de confiance en soi et en son potentiel ainsi qu’une bonne santé et une meilleure qualité de vie. »
Les deux femmes s’accordent également à dire que le Crossfit n’est pas une discipline élitiste réservée aux cadors du sport !
« Le CrossFit est basé sur des mouvements fonctionnels. Il peut vraiment être conseillé à tout le monde. Ayant des soucis de laxité au niveau des articulations et ayant eu des inflammations à répétition, j’ai vu mon évolution grâce à des adaptations proposées par des coachs qualifiés. » (Emmanuelle)
Je ne peux que rebondir sur le terme « adaptations ». Mon expérience a été catastrophique, mais je conçois qu’elle ne le soit pas pour tout le monde. Ce qui m’a rendue folle est de voir la folie du muscle prendre le pas sur le cerveau d’une trop grande partie des adhérents de la box.
La « compétition média » n’était en fait destinée qu’aux crossfitters avérés (comprendre: « surentraînés ») de la salle alors qu’une « compétition découverte » aurait pu être tellement plus cool, sympa à vivre et tellement moins brutale.
« Le seul but est de se dépasser mais avec douceur et d’avancer à son rythme. » (Emmanuelle)
Dans l’absolu, comment ne pas être d’accord ?
Un jour pourtant, un coach de Crossfit m’a donné l’exemple d’une personne âgée qui pourrait avoir besoin de renforcer ses triceps pour continuer à sortir de sa baignoire sans difficulté. J’avais adoré cette image et cette idée du « renforcement musculaire pour tous », pour mieux vivre. C’est ce que pointe du doigt en particulier Clémence:
« D’un jour à l’autre, nous sommes confrontés à des exercices différents, du cardio à la gym en passant par l’haltéro et la force athlétique (aussi un peu de strongman – NDLR: exercices dédiés au développement de la force brute). La routine n’existe pas et le but final est d’être polyvalents, pas juste à soulever de la fonte sans discernement. Nous cherchons tous plus ou moins à être de meilleures versions de nous-mêmes afin de vivre mieux. Car le CrossFit est basé sur les mouvements fonctionnels, qui sont utiles au quotidien. » (Clémence)
CrossFit soulevé de pneu
© Artiga Photo/Corbis
  
Si le témoignage personnel de nos 2 répondantes semble positif, toutes les boxes ne peuvent pas se valoir; tous les coachs ne peuvent pas avoir la même qualité d’écoute. Comment ne pas se fermer des portes sans prendre des risques parfois non négligeables ? Comment (à qui) faire confiance ?
« Une bonne box c’est une box qui offre un vrai accueil et surtout une mise en confiance et surveillance par les coachs des différents mouvements effectués. Si on ne respecte pas tes capacités du moment, c’est que tu n’es pas dans une bonne salle. Beaucoup trop de salles de CrossFit se sont ouvertes ces dernières années et ne sont malheureusement pas toujours au normes du respect des valeurs de la pratique. Il faut chercher sur Internet une « box affiliée » » (Emmanuelle)

Clémence insiste encore plus de son côté l’aspect « bienveillance » indispensable à toute box de CrossFit. Vouloir se dépasser est une chose; mais pas en jouant à la guerre du plus fort.

« Une box de CrossFit est, normalement, un espace où chacun laisse son ego à la porte. On a tous commencé un jour et on a tous des points faibles. Aussi, se retrouver dans une ambiance qui met mal à l’aise (parce qu’on débute et qu’on se sent regardé de haut, parce qu’on est trop maigre/en surpoids/pas assez musclé, ou pour n’importe quelle raison) n’est pas normal. »

Qui plus est, n’est pas coach ou salle de Crossfit qui veut ! N’est-ce pas?
« Le CrossFit est très encadré. Les salles qui veulent faire du Crossfit doivent payer une affiliation et faire former leurs coachs par la maison mère. Le tout premier diplôme pour pouvoir enseigner le CrossFit est le Level 1, qu’il faut renouveler régulièrement. Il y a 4 niveaux de certification. Il existe également des cours spécialisés (toujours dispensés par la marque CrossFit) comme le « CrossFit pour les enfants », « la mobilité »,… Certains diront qu’obtenir le diplôme est à la portée de tous et qu’il suffit de payer pour l’avoir. Reste qu’en France, le level 1 n’est pas suffisant pour enseigner le CrossFit. Bien des coachs ont un BPJEPS ou équivalent…
Et n’oublions pas que CrossFit est une marque qui tient à son image. Les débordements ou les approximations ne sont pas les bienvenus ! » (Emmanuelle)
La dimension communautaire que j’avais très bien sentie lors de ma courte expérience est également selon Emmanuelle l’un des points forts du CrossFit. On retrouve au sein des box un esprit de corps que tout humain recherche quelque part dans son quotidien (famille, boulot, sport). Clémence confirme.
« En 3 ans de pratique, j’ai découvert une communauté géniale et des gens merveilleux. Mon séjour aux CrossFit Games a été mémorable. Rencontrer d’autres passionnés, vibrer devant les épreuves, voir les meilleurs athlètes du monde, c’est une expérience incomparable ! »
Les deux témoignages recueillis par ces 2 femmes au profil assez différent montrent un aspect positif du CrossFit et de ce qu’il peut apporter. J’ai personnellement pris beaucoup de recul cet année face à la dimension « communautaire » borderline de certaines pratiques sportives et j’ai été choqué lors de mon expérience Crossift – vous l’aurez compris – négative, par le côté ultra extraverti de la discipline qui ne convient pas forcément à tout le monde. Vous pouvez avoir envie d’être plus fort, de vous dépasser, d’avancer mais je ne suis pas sûre qu’être poussé(e) à bout à chaque « WOD » et rentrer dans une transe (que j’ai pu voir) quasi bestiale soit une nécessité pour progresser. Quant au fait que certains coachs soient bien plus compétents et bienveillants que d’autres, je suis bien prête à le croire. Reste à voir dans quelques années si le niveau d’intensité proposé dans les box est si bénéfique que ça à long terme. Jusqu’où doit-on aller pour se sentir vivant ? That is the question.
Je vous invite à lire dans la même veine, l’article « CrossFit, nouveau sport miracle: avantages et inconvénients » ainsi que mon article sur l’ultra-trail, qui reprend quelques axes de réflexion sur « l’ultra-sport », communes avec le CrossFit !

Laisser une réponse

Please enter your comment!
Entrer votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.