Un doux samedi d’avril, Alison et moi étions inscrite sur le listing des « media » participant à la compétition de Crossfit de la salle « WOD Le Trapèze » à Boulogne. Le deal était de participer à 4 entraînements, pour arriver à peu près initiée le jour J. Bilan des courses nos agendas respectifs n’auront pu accueillir que 2 entraînements (dont 1 de FitBoxing) ce qui nous aura valu une compétition de CrossFit hardcore, à l’image de la discipline. Pour autant le CrossFit s’est aussi révélé être un monde à part entière, bourré de codes, d’habitués, de philosophie même, qui peut être merveilleusement efficace pour peu que l’on si prenne bien. Voici mes conseils.

Débuter le Crossfit

Le jargon

Pour commencer le Crossfit il faut déjà commencer par s’acheter un dico ! Si vous êtes des habitués du jargon running: « SL », « EF », « 30 »30″; Pilates: « Hundred », « Magic Circle »; Yoga: « chien tête en bas/haut », « chaturanga », ou autre ou encore d’aucun jargon qui soit, il va falloir ré-apprendre une nouvelle langue ! Mélange d’anglais et de français, les exercices de Crossfit sonnent très cool et très dynamiques. Le simple fait de les lire sur le grand tableau d’ardoise du cours vous fera monter le cardio.

Mon conseil: s’il y a une chose que vous devez savoir avant toute autre c’est la signification de l’acronyme « WOD » qui signifie « Workout Of the Day ». Dans le Crossfit on ne parle pas tellement de séance ni de circuit ni d’exercice, mais de WOD. Pour le reste, c’est en pratiquant que vous apprendrez WOD après WOD différents mouvements. D’autant qu’après les avoir réalisés une fois, vous devriez vous en rappeler !

Les entraînements

Le Crossfit n’est pas un mic mac de WOD au hasard, mais une combinaison de piliers inter-dépendants.

Alison et moi avons fait un WOD complet lors de notre toute 1ère rencontre avec le Crossfit. Je tiens à préciser que nous étions samedi après-midi, que j’avais personnellement eu la matinée pour me reposer, que j’étais bien. Pourtant, le WOD était d’une intensité borderline, cette limite que recherchent les Crossfitters pour progresser sans cesse. J’aime bien l’idée du dépassement et de la progression mais mon corps n’est pas le centre de ma vie, j’ai un métier, une vie, un esprit aussi et je n’aurais pas pu imaginer ce même WOD en semaine après le boulot. C’est pourtant ce que la plupart des Crossfitters de la « box » (autre mot du jargon désignant la salle où se pratique le CrossFit) font.

Mon conseil: le CrossFit repose sur des piliers solides et diversifiés qui permettent de travailler sa condition physique de manière complète et très efficace. Cependant, pour ne pas vivre un enfer à chaque WOD il faut arriver à en faire 2 voire 3 par semaine au minimum (ne serait-ce pour travailler les différents volets du CrossFit). Tout le monde n’a pas le temps et l’énergie physique nécessaires pour une telle assiduité.

Je vous conseille quoiqu’il en soit d’exiger de passer par des cours d’initiation aussi longtemps qu’il le faudra pour assimiler les différents gestes (certains sont très techniques et il est hors de question de vous blesser parce que vous essayez de suivre le pack). Visez la progression et demandez au coach des adaptations sur certains exercices (charge moindre, variantes, etc.)

La communauté

Si vous trouvez que les runners forment une communauté soudée, allez donc voir ce qu’il se passe dans une Box ! C’est différent mais tout aussi intéressant. Je ne suis pas du tout fan des gros muscles et des ambiances qui font un peu « foire » autour d’un mec épuisé qui essaie pour la 15ème fois de monter une corde à la force de ses bras. Malgré cet aspect qui est présent dans les ambiances de compétition (pas dans les WOD d’entraînement je vous rassure), j’ai découvert une vraie bienveillance entre les membres de la Box, une entraide incroyable et un état d’esprit ultra « sport ».

Derrière leurs gros « bibis » (comme ils aiment dire); il y a un coeur qui bat ! (#délire). En vrai il y a littéralement un coeur qui bat au sens propre et pas qu’un peu, mais il y a surtout beaucoup de gentillesse. J’en ai tellement bavé le jour de la compétition de CrossFit que si en plus j’avais été entourée par des gros musclors imbuvables qui se regardent le nombril, je crois que j’aurais claqué la porte avant la pause déjeuner 🙂

Mon conseil: si vous aimez la dimension communautaire dans le sport, vous serez servi avec le CrossFit. Si comme moi vous êtes de nature assez indépendante et n’avez pas besoin d’un sentiment d’appartenance aussi fort à un groupe sportif, vous serez moins dans le trip mais cela ne vous empêchera pas de faire de belles rencontres et de vibrer sport à votre manière.

Faire une compétition de Crossfit

En équipe

Venons-en au sujet brûlant qui aura immobilisé mes quadriceps en mode « tétanisé » pendant quelques jours, fait couler quelquesunes de mes larmes et activé un peu de ma colère sur le moment. La compétition de Crossfit organisée au WOD le Trapèze confrontait des équipes mixtes de 3 personnes, dont systématiquement 2 hommes et 1 femme parmi lesquels 2 membres de la box (comprendre: mecs ou nanas sur-entraînés) et 1 blogger/journaliste.

Présentation des équipes (Alison – équipe 4 aux côtés de Stéphane et Robin/ Marie – équipe 3 aux côtés de Fabien et Adrien):

compétition de CrossFit le Wod le trapèze équipe Hotsteppers

L’équipe 3: Adrien – Marie – Fabien (CP: Stéphane Lopez)

équipe d'Alison à la compétition de crossfit le wod le trapèze

L’équipe 4: Stéphane – Alison -Robin (CP: Stéphane Lopez)

J’étais un peu triste de ne pas être avec Alison d’autant que nous avions fait notre 1er et unique WOD d’entraînement sous forme de « partner WOD » (les répétitions sont réparties comme vous voulez entre votre partenaire et vous, ce qui permet de miser sur les forces de chacun tout au long du WOD). Mais je sais ce que représente l’organisation d’un tel évènement, surtout quand il faut composer avec les desiderata voire les annulations de dernière minutes des journalistes (les bloggers sont beaucoup plus cools HAHA), je n’ai donc rien dit.

J’avais également passé une nuit d’enfer (quasi blanche) à cause d’une otite (le truc des enfants) et j’étais sombrement HS. Bref, j’ésperais en dernier recours qu’il n’y ait pas de course à pied, étant encore un peu juste (surtout à vitesse élevée dans un contexte de compétition où les gestes sont parfois un peu bâclés).

1er WOD – run et air squats lestés

Manque de bol, l’annonce du 1er WOD tombe: [400m de course avec gilet lesté de 6kg/40 Air Squats (toujours avec le même gilet)] x 4 – For Time (ce qui signifie que le WOD doit être réalisé sous un temps donné).

Il est à peine 10:00 et je suis déjà en train de flipper (c’est dingue comme une blessure – hernie discale – peut impacter votre système de peur). Je demande à l’un des juges s’il peut y avoir une alternative à la portion course; il n’y en a pas, c’est la même règle pour tout le monde. On m’a tellement incitée à faire la compétition de CrossFit que sur le coup je suis un peu agacée…je me demande s’ils savent ce qu’avoir une hernie discale et ne pas POUVOIR faire certains efforts veut dire. Je n’ai pas l’habitude d’être celle qui a des contraintes, moi qui ai eu longtemps la possibilité de faire ce que je voulais comme je voulais en arrivant en plus à performer, mais je ravale mon orgueil et ma peur et j’enfile mon gilet par balle lesté.

40 squats synchros entre 2 portions de 400m (gilets lestés 6kg pour les femmes/9kg pour les hommes) – (CP: Stéphane Lopez)

Heureusement, mon équipe et celle d’Alison sont dans la 1ère vague ce qui nous évite de cogiter – c’est parti. Nous enchaînons les tours l’un après l’autre, mes jambes se raidissent et je manque tellement d’oxygène que ma tête commence à tourner pendant les squats. La règle étant de les faire en synchro à 3, c’est moi qui donne le rythme. Je ne fais des pauses qu’à partir du 3ème tour, juste pour éviter le malaise ! Le gilet lesté pèse sur ma poitrine et m’empêche de respirer, c’est assez délirant comme situation !

Alison et son équipe mènent largement et finissent plus d’1’30 avant nous mais nous arrivons juste derrière, en 2ème position de notre vague. Au final, après le passage de toutes les vagues, mon équipe finira 8ème sur 13, à quelques secondes derrière les autres. Pas ouf mais pas nul non plus, 5 équipes sont derrières nous. L’équipe d’Alison termine quant à elle 2ème du classement général après ce 1er WOD !

Alison et Robin entre la phase run et les 40 air squats #rage (CP: Stéphane Lopez)

Mon conseil: échauffez-vous toujours au moins 10′ avant un WOD, nous sommes partis beaucoup à froid et l’effort était super violent. N’abandonnez jamais mais imposez votre rythme à ceux qui vous accompagnent et qui ont tellement de jus que vous avez l’impression d’être un énorme boulet obligé d’accélérer ! A partir du moment où la compétition se joue en équipe, c’est le groupe qui prime et le groupe c’est aussi le respect du plus faible. Mes co-équipiers étaient des amours mais j’aurais pu moins me défoncer et aller plus à mon rythme.

2ème WOD – haltéro et tractions

Le 2ème WOD de cette compétition de CrossFit comprend une alternance d’haltéro et de tractions. Cette fois-ci contrairement au 1er WOD où tout le monde devait tout faire, les répétitions peuvent être réparties entre les 3 membres de l’équipe. Pendant qu’une personne enchaîne les reps, la 2ème se repose et la 3ème doit maintenir une position de « hold » (pour l’haltéro) et de « suspensions » (pour la partie tractions). Inutile de vous dire qu’après les dégâts du 1er WOD, je me suis dévouée pour enchaîner les « hold » et les « suspensions », pendant que mes co-équipiers accumulaient avec une aisance hallucinante les soulevés de charge et les tractions. Leur score diaboliquement élevé nous fera remonter en haut du classement et passer le cut, autrement dit: accéder aux phases finales (8 premières équipes seulement). L’équipe d’Alison maintiendra sa place dans le Top également.

3ème et 4ème WOD – Hotsteppers blackout

Après une pause déjeuner autour d’un plat inspiré du régime « paléo » (les CrossFitters sont très attachés à une alimentation ultra-saine), le 3ème WOD était annoncé. J’étais tellement fatiguée et pas en forme que le plaisir que l’on vous somme de prendre avant chaque challenge sportif était déjà loin, très loin. Et là ce fut le drame. Mes 2 partners Fabien et Adrien me montrent les différents éléments qu’il faudra enchaîner dans le WOD.

Je ne me rappelle plus de rien si ce n’est de « Burpees Over The Box Jump » qui correspondent à un burpee enchaîné par un saut pieds joints sur une boîte de plyo (60cm de hauteur pour les hommes, 40cm pour les femmes). J’ai les cuisses tellement tétanisées depuis le 1er WOD que je n’arrive même plus à les plier pour sauter. Je tremble de tous mes membres inférieurs et je sais que je vais m’étaler.

A ce moment là je décide d’arrêter la compétition. Je me rends compte que je suis en train de vivre un calvaire alors qu’il ne s’agit que de sport…Cela n’a aucun sens. En parlant de sens je tombe dans un délire existentiel de « mais pourquoi je fais ça ? »!

Pour vous donner un ordre de comparaison, je sais ce que « souffrir » dans le sport veut dire et je connais les limites à ne pas dépasser. Même au 40ème km du Marathon de Paris que j’ai couru en 2014 je n’étais pas à ce point là dans la zone rouge écarlate de l’effort, celle qui frôle la débilité. C’est à ce moment là que mes larmes ont coulé (je me serais passée du spectacle…). Un mélange de fatigue, de colère, de déception.

Bref, mon équipe a trouvé une remplaçante pour pouvoir continuer, ils en avaient encore sous le pied 🙂 Alison, quant à elle n’a pas cessé de me surprendre. Arborant fièrement son débardeur indigo Hosteppers, elle ira jusqu’au bout de la compétition, traversant le 3ème et le 4ème WOD dans un état de fatigue que je lui ai rarement vu atteindre. Quelle athlète !

course en relais compétition de crossfit

WOD n°3 – course en relais entre 2 exercices de burpees (Alison en arrière plan) (CP: Stéphane Lopez)

 

sprint rameur compétition de crossfit le wod le trapèze

WOD n°4 – dernière ligne droite en rameur pour Alison sous les encouragements de son équipe (CP: Stéphane Lopez)

Mon conseil: il y a quelque chose de grisant à se dépasser dans le sport. On se sent vivant, tellement vivant. Mais il y a la zone rouge et la zone noire. Apprenez à vous connaître et à vous respecter en acceptant de vous balader dans votre zone rouge de temps en temps mais en vous méfiant de votre zone noire. C’est un peu une zone de mort où l’on prend des risques énormes pour quoi au final ? une course ? un WOD ? un match ? Je ne suis pas sûre que cela en vaille la peine.

Podium !

Après toutes ces émotions, le classement final fut annoncé et ce n’est rien de moins que l’équipe d’Alison qui finira sur la 1ère marche du podium, talonée par la mienne: sur la 2ème ! La 3ème marche sera occupée par une équipe constituée à 100% de membres de la Box. Les bloggers et journalistes de l’évènement terrassés par l’effort ayant quitté la compétition à mi-journée pour la plupart.

course avec gilet lesté 6kg

Moment de récup entre #besties (CP: Stéphane Lopez)

Alison et moi remercions sincèrement et chaleureusement toute la fine équipe de la Box – WOD Le Trapèze de Boulogne qui apporte au Crossfit cet esprit de famille auprès duquel il est toujours bon de se ressourcer. Nous avons autant souffert physiquement que rencontré des personnes attentives et foncièrement humaines. Le Crossfit reste une pratique sportive exigente qui demande beaucoup de patience et d’humilité. Si vous êtes prêt à prendre le temps de progresser, à renoncer à la tentation de la performance rapide, à vous respecter, à vous investir, à vous dépasser, à vous découvrir, à vous rencontrer: foncez ! 

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2 Commentaires

    • Merci ! Bon je ne suis pas allée au bout et si c’était à refaire je ne la referai pas. Surtout ne te précipite pas et prends le temps de progresser avant. Déjà le crossfit ça peut être un peu bourrin mais alors les competes c’est encore autre chose. Ce qui est sympa ce sont les partner WOD. Du coup tu fais tout en équipe !

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