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Blessure sportive: se relever et se projeter

Près de 16 mois se sont écoulés depuis que ma blessure au dos est survenue, m’empêchant de courir mais aussi de nager, de pédaler, bref de faire quelque sport que ce soit. Autant dire que j’ai eu l’impression redoutable de ne vivre qu’à moitié depuis cet arrêt. Une hernie discale n’est pas une tendinite ou une entorse; c’est une bien pire saloperie. Non seulement parce que c’est hyper douloureux. Mais aussi parce que vous ne pouvez jamais savoir quand ce sera terminé. Et entre temps, pas de période de répit. Or, j’ai depuis reçu plusieurs messages de certains d’entre vous qui vivez une blessure sportive similaire (ou pas) et j’aimerais malgré tout vous dire qu’il existe une voie de sortie dans cet épisode noir. J’aimerais même partager avec vous mes objectifs pour l’année à venir !

Le temps fait bien les choses

Je ne parcourais plus les réseaux sociaux au début, sauf ceux imposés par mon travail, malheureusement en plein dans le secteur sportif ! En même temps que je me soignais du manque de sport, pas uniquement d’un point de vue physique mais d’un point de vue social, je me soignais de cette invasion de posts souvent égocentrés de runners ou groupes de runners qui selon moi ne mesuraient pas leur chance. Je parcours aujourd’hui à nouveau tous ces canaux et constate que la blessure sportive frappe encore et toujours. L’ironie étant que la mienne n’était pas liée à une pratique excessive mais à une maladie du disque: génétique, en gros on n’y peut rien, ça vient sans prévenir et il faut faire avec.

Aujourd’hui, c’est le bonheur, je peux à nouveau nager (très mal certes mais ça c’est parce que je n’ai jamais eu la chance d’apprendre le crawl avec quelqu’un qui avait suffisamment de patience pour gérer mon incompétence physique ET mon angoisse relative de l’eau!), pédaler, soulever des poids (cours de bodypump au top), danser (zumba, bodypump, impro), bouger librement. Je me défais petit à petit de l’habitude de la douleur qui vous transforme en un robocop des temps modernes. En gros, vous êtes tellement conditionné à avoir mal ou à être bloqué que tous vos gestes ont perdu en amplitude, se sont atrophiés. Tout votre espace vital à rapetissé. C’est cet espace vital qu’il faut préserver et soigner avec la plus grande des bienveillances possibles pour être prêt le jour où votre corps aura retrouvé du poil de la bête. Je n’ai volontairement pas cité la course à pied dans le lot de mes libertés retrouvées parce que j’estime que je serai pleinement libre à nouveau quand je pourrai faire un footing d’1h sans aucune inquiétude. Aujourd’hui, quand je cours sur pistes et alterne marche/course, même à bonne allure: aucune douleur. Quand je cours hors piste en alternant Run et bike (super fun en plus !): quelques courbatures mais aucune douleurs. Quand je cours non stop hors piste pendant 45′-1h: bim, douleurs. C’est chiant mais c’est pas grave. Mon corps n’est pas une machine et il faut croire qu’il lui faut encore du temps. Alors voilà mon plan pour l’année à venir.

Mon plan de reprise en 8 points

Point 1: continuer encore et toujours d’avoir cette approche « multisport » tellement enrichissante. Mixer du renforcement musculaire au cardio, l’un sans l’autre n’ayant pas trop de sens.

Point 2: dans la logique de l’étape 1, m’essayer à des compétitions hybrides ! Petits triathlons, duathlons, Run and bikes, … L’exercice n’est pas moins athlétique même si le côté ludique est associé par certains au qualificatif « moins sérieux ». Perso je trouve que la monotonie c’est l’enfer et que notre corps est bien trop riche pour n’en exploiter qu’une partie !

Point 3: reprendre les courses/voyages. J’avais adoré mon week-end prolongé à l’occasion du semi de Barcelone et réalisé qu’une course à l’étranger comme je le raconte sur le blog Go Euro a forcément une saveur encore plus forte. D’une certaine manière, vous savez que peu importe le chrono, l’expérience sera riche. Pas de semi en ligne de mire pour l’instant mais certainement des 10km qui permettent aussi de profiter du voyage au delà de la course.

Point 4: vivre l’expérience et chercher le plaisir. C’est une évidence me direz-vous mais ça n’est pas parceque tout le monde est d’accord que tout le monde le fait. Combien de fois ai-je pu entendre certains coureurs m’expliquer en long en large et en travers pourquoi ils n’avaient pas fait tel ou tel chrono sur une course. Pire qu’une justification, une plaidoirie pour eux mêmes. La culpabilité et les remords (voire la jalousie envers les potes qui ont fait mieux ce coup ci) faisant rage, le plaisir se retrouve enfoui au 100ème dessous. Et oh, même sans RP on vous aime quand même les amis !

Point 5: choisir les bons défis et ne pas faire de tout un défi. Nous avons tous des vies privées et pros où tout s’enchaîne. D’ailleurs, il est devenu habituel de dire « je suis surbookée » d’un air à moitié déconfit et à moitié fier. Comme si avoir le temps était louche ! Et bien depuis cette blessure, j’ai eu un peu trop de temps pour moi au début. Puis petit à petit, ce temps je l’ai habité avec autre chose que de l’action. J’ai arrêté de m’ennuyer et repris goût au luxe de ne pas faire les choses en courant (au sens propre et figuré). Certes cela implique de ne pas tout accepter donc de renoncer à pas mal d’invitations, de plans et autres trucs cools. Mais j’ai trop souffert et m’attriste encore trop de voir aujourd’hui certaines personnes parfois proches n’accorder que des « créneaux » bien balisés pour se voir. Tout est fait vite, tout est fait mal, même les relations humaines. Stop. Si j’ai toujours été mal à l’aise avec le speed et le superficiel, c’est encore plus probant aujourd’hui. Je m’entoure de ceux qui comptent pour moi et je leur donne du temps. Le reste est secondaire.

Point 6: partager son goût du sport. Faire du sport seul est parfois nécessaire et les agendas respectifs (cf point 5) ne permettent pas toujours de faire ses séances, ses Runs ou autres « créneaux sportifs » avec les gens qu’on kiffe ! Pour autant, et sans être une fan des grosses collectivités, partager des moments à 2-3, quitte à renoncer à sa vitesse de croisière (qui n’est pas celle de son pote) ou à l’objectif de sa séance,  peut apporter beaucoup plus de joie il me semble.

Point 7: arrêter de se comparer. Ah la comparaison…la source de tous les malheurs. Ces 16 mois de badtrip m’auront appris que la comparaison à l’autre est vaine à un point…l’autre n’a pas la même histoire, pas les mêmes forces, pas les mêmes fragilités, pas les mêmes besoins. Ceux qui pensent dominer le monde et n’avoir aucune fragilité sont en réalité profondément fragiles. Apprenez à accepter et assumer vos downs, vos abandons, vos contre-perfs. Plus vous les accueillerez avec patience (vous avez le droit d’être déçus, mais pas d’en faire une maladie!), plus vous serez forts !

Point 8: retrouver un peu de liberté. Ceux qui auront la chance de voir le film « free to Run » à sa sortie, auront certainement un moment d’introspection à la fin du film quand l’un des protagonistes leur dira de ne pas oublier de regarder le ciel, plutôt que leur montre. Bien sûr certains d’entre vous me diront que leur niveau n’est pas le mien et que compte tenu de leurs objectifs, ils doivent absolument checker leurs temps. Ok. Sauf que je me rappelle encore ces séances de fractionnés où (même à mon niveau amateur) je regardais furieusement mes temps et me mettait en colère quand je n’allais pas à l’allure que je voulais. C’était dur et sans hargne je n’aurais jamais réussi à suivre un bout de prépa marathon de Paris en 2014 c’est sur. Mais de là à transformer ces moments de sport, même intenses, en questions de vie ou de mort, non. Attention à ne pas bondir trop vite de la hargne à l’insatisfaction maladive…

Se remette d'une blessure sportive

Alors, à toi qui m’a écrit un long message privé pour me dire que nous étions fatalement dans la même m…. et que c’était la fin: merci de ne pas l’inclure dans ta désespérance et à moi de te montrer qu’il n’y jamais de fatalité ! Certes on ne revient après une blessure sportive longue comme on était « avant ». Mais ça c’est parce qu’il se passe beaucoup de choses dans la tête et que l’on murit nécessairement. Les capacités physiques peuvent revenir à 100% et même s’améliorer. En revanche ce sont les envies qui changent et c’est bien normal. Que serait la vie avec les mêmes envies de 0 à 99 ans ? Les beaux jours arrivent et je m’apprête à prendre de radieuses vacances; j’ai super hâte, mais alors vraiment hâte de vous croiser bientôt à nouveau en tenue de sport (pas forcément au départ d’un semi avec un objectif de ouf de RP, du moins pas pour le moment), mais juste (et c’est déjà énorme), pour partager un moment ensemble. D’ici là, prenez soin de vous et croyez en vous, même et surtout dans les moments de blessure sportive.

 

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