Marcher dans le désert. S’extraire du temps. Laisser sa montre, son téléphone, son argent au départ et ne partir qu’avec l’essentiel pour Être. Ne plus chercher à Faire. Oser le détachement et l’ascèse. Oser l’inconfort pour se libérer. Se rallier à un groupe animé par la même quête et la même spiritualité: chrétienne en l’occurrence. Accepter de faire tomber les masques. Offrir son vrai visage aux autres et à soi même plutôt que sa jolie image ou ses plus beaux aspects habituellement soigneusement sélectionnés. Tel est l’objectif des goums, ces marches d’une semaine qui se développent dans des coins merveilleux sauvages et reculés de France et du monde. Telle est l’envergure de l’aventure à laquelle je m’étais engagée du 6 au 13 août 2016 et qui ne s’est pas tout à fait terminée comme je l’avais prévue… Une épreuve tant physique que personnelle dont je ressors marquée et enrichie.

Un Goum en semi-autonomie: qu’est ce que c’est ?

Les Goums existent depuis plus de 50 ans. Je vous laisse le soin de découvrir leur origine et les raisons qui m’ont portée à en faire un dans cet article écrit quelques jours avant mon départ: « mon goum: un raid 100% déconnecté pour l’été« .

Marche

De 15 à 30km par jour selon la technicité du terrain et son dénivelé, le goumier marche de longues heures par jour. En août ces heures sont d’ailleurs particulièrement ensoleillées et chaudes. Comme nous vivions au rythme du soleil, de son lever au coucher, il m’est arrivé un jour lors de mon périple de ne jamais lâcher le soleil des yeux, du matin au soir. A chaque fois que je prenais une direction différente en référence à ma carte IGN, je me retrouvais face à ses rayons puissants. Sa lumière vive ne s’est pas atténuée une seule seconde jusqu’à ce qu’il disparaisse sous l’horizon. Une véritable cure de lumière !

Semi-jeûne

Les goumiers mangent un peu moins de 100g de riz le matin avec du lait concentré, du sucre et du café (de la Ricoré en fait: pas du tout mon ami en l’occurrence !) ou du thé et 100g de riz le soir, agrémenté d’oignons et de morceaux de corned beef. Le tout accompagné de soupe puis de bouillon, riche en sel et en minéraux. Tout le reste de la journée et malgré les heures d’effort: c’est le néant calorique ! Tous vos espoirs de sucre, de barres, de chocolat, de féculents ou de graisses qui viennent naturellement en tête au cours de la journée et particulièrement après l’effort font face à un vide intersidéral. Il faut se remplir autrement. Si le contenu des repas a été validé par des nutritionnistes pour ne mettre personne en danger, il aura été ma plus grande source de lutte.

Ensemble c’est tout

Les goumiers partent à 15-20, la plupart ne se connaissant ni d’Eve ni d’Adam. Chaque semaine est initiée par des goumiers assez expérimentés que l’on appelle « lanceurs ». C’est véritablement eux qui inspirent le groupe et le propulsent dans son cheminement tout en gérant les aspects pratiques de l’itinéraire et des lieux de bivouac. Un prêtre chrétien prend également sur ses vacances pour accompagner le groupe et lui offrir une présence spirituelle plus forte, sans compter la célébration de messes en plein air chaque matin. La vie communautaire est un aspect essentiel des goums. Chaque personne ayant une vie bien remplie et active, des qualités, des forces, des atouts à offrir au groupe. Certains sont plus communicants, d’autres plus introvertis. Certains animeront les chants avec brio, d’autres seront de précieux soutiens physiques lors d’étapes difficiles, d’autres encore prépareront le repas pendant que le reste se repose à l’arrivée d’interminables km. Le groupe est la force de chacun et chacun devient une force pour le groupe. A méditer en ces temps ou règne l’individualisme.

[pullquote]Le groupe est la force de chacun et chacun devient une force pour le groupe. [/pullquote]

Spiritualité

Si les Goums sont chrétiens, ils ne sont fermés à personne pour peu que le goumier ait une quête spirituelle. Il faut être prêt à ne pas faire un effort pour l’effort ou à ne pas manger moins « pour maigrir ». Il faut véritablement accepter de faire un certain vide pour revenir plein d’autre chose, plus riche, plus profond. Il faut vouloir aller plus loin.

[pullquote] »Il faut vouloir aller plus loin. »[/pullquote]

eglise ispagnac marcher dans le désert

Nuits à la belle-étoile

Ah, les étoiles ! Quelles sont belles quand on étend son petit tapis de sol gonflable et que l’on déroule son sac de couchage pour s’y reposer après une longue journée d’effort, un maigre dîner et une douce veillée. J’ai eu l’occasion d’admirer chaque galaxie et de voir la lune grossir un peu chaque nuit. Pour autant, dormir à la belle n’est pas toujours une mince affaire. J’ai eu froid et n’ai pas réussi à récupérer. Les nuits peuvent atteindre les 8°C en altitude sur les Causses et moins encore en ressenti quand il vente. Si mon sac de couchage Lafuma testé pour l’occasion aura été d’un bon confort en termes de conception, il n’aura pas été suffisamment chaud. Un test détaillé est prévu à la rentrée. En revanche, mon collant de récupération Skins ultra léger m’aura servi de pyjama tout en aidant mes jambes à éliminer les déchets de la journée écoulée: super efficace. Review à suivre également en septembre.

Mon Goum: entre joies et difficultés

Mon Goum à moi aura duré 5 jours au lieu de 8. Je suis partie avec mes amis goumiers le Samedi 6 août à 16h pour une 1ère nuit sous les étoiles sur un plateau surplombant Ispagnac. J’ai ensuite marché jour après jour avec plus ou moins de difficultés mais surtout souffert de nuits trop courtes et non réparatrices. J’ai finalement choisi Mercredi 10 août au matin de rentrer seule et de quitter l’aventure (expression qui fait un peu « real TV »!). Comme promis au groupe qui devait rentrer à bon port le Dimanche 13 à 8:00, je les y ai attendu et retrouvé, pour un dernier petit déjeuner, un vrai.

goum marcher dans le désert

La joie

Se délester d’une liste interminables de choses qui nous agrippent chaque jour est un véritable bonheur. Ne pas savoir quelle heure il est, ce qu’il se passe dans l’actualité, si l’on a reçu un mail. Être totalement déconnecté des réseaux sociaux, de son boulot. Ne pas savoir quel métier font les autres goumiers (« règle » amusante proposée à chaque goum pour faciliter de véritables rencontres au delà du « statut social ») est très enrichissant et ne fausse pas le jugement. Il n’y a d’ailleurs pas vraiment de jugement. La fatigue, la faim et le contexte collectif auquel l’indépendante que je suis est mal habituée pourrait être propice à des conflits mais il ne l’est pas. La volonté commune de se défaire de ses élans primaires et individualistes est forte et touchante. Chacun galère à sa façon et pour ses raisons propres mais tout le monde fait des efforts. Et ça, c’est libérateur. Joie également de se retrouver dans une forme olympique à l’arrivée (une fois la fatigue récupérée), le corps affûté, le cardio performant, l’esprit souple. Le lendemain de mon retour au réveil, mon cœur battait paisiblement à 47 pulses/min, soit 10 de moins qu’habituellement. Il se passe quelque chose pendant un goum: la paix s’installe dans la lutte en quelque sorte. Une sorte de décapage abrupte du corps et de l’esprit, mais n’en n’avons nous pas finalement tous besoin ?

Les difficultés

La souffrance est le revers de la joie ou plutôt, préliminaire à la joie. Difficile de rire et chanter béatement sous un soleil de plomb quand tu ne penses qu’à manger et que tu as mal dormi. J’en ai bavé. Chaque matin je me demandais ce que je faisais là et pourquoi j’avais consacré une de mes 3 semaines de vacances à faire un truc pareil. Moi qui suis chrétienne pratiquante, j’étais au niveau zéro du recueillement et de la prière, plus préoccupée par les bruits de mon estomac, la sécheresse de mes cheveux, ma peau bronzée trop vite qui pelait et mes chaussettes pas encore sèche qu’autre chose. Chassez le confort, il tente de revenir au galop! Mais quand il ne peut s’installer, c’est la lutte. Il se passe tout un tas de choses dans la tête. Les autres t’énervent 1000 fois plus vite que d’habitude.  Tu pensais avoir des forces et tu ne vois que tes limites. Tu pensais être spirituelle et tu te retrouves bouffée par des préoccupations matérialistes. Tu tournes en boucle. C’est là qu’il ne faut pas s’isoler.

La chance

J’ai eu la chance de marcher dans le désert avec des personnes riches et belles qui m’ont dit à quel point mon sourire et mon énergie avait été un plaisir, moi qui croyait ne dégager que souffrance et complainte. Comme quoi on peut être bien injuste avec soi même. J’ai eu la chance de me connaître encore un peu mieux en réalisant que même dans un format bien rodé j’arrivais malgré moi à suivre mon propre chemin, à être fidèle à mes sensations, à respecter mon corps – quitte à quitter le collectif. J’ai réalisé que mon histoire et mon expérience m’avaient amenée à ne plus rechercher le dépassement de moi même à tout prix mais l’expérience. Or mon expérience de goum bien qu’écourtée aura été forte. La faire durer au delà de mes capacités d’acceptation m’aurait laissé un goût amer. Mon choix et son timing m’ont préservée de ce mauvais goût et gardée dans une vraie sérénité, loin de toute conception « d’échec » ou d’incomplétude.

Quitter le confort l’espace d’un instant pour retrouver son âme est une expérience que je conseille à chacun d’entre vous. Que cet instant dure 1h, 1jour, 1 week-end ou 1 semaine, il vaut la peine d’être vécu. Quand l’effort physique n’est pas trop égocentrique et porteur de sens, il est une véritable source de liberté. Goûtez y, vous aurez envie d’y revenir 😉

 

3 Commentaires

  1. Beau témoignage, emprunt de réalisme et d’humilité. Votre analyse sur l’individu et le groupe, notamment, est intéressante. De même que votre approche technique et physique.
    Peut-être est-ce votre dernier Goum, mais vous semblez avoir évacué les questions qui ont probablement pesées sur votre estomac et votre récupération… pour que ce soit le premier;)

    • Merci Fx ! Je ne suis pas sûre de réitérer l’expérience. 8 jours c’est long. J’ai beaucoup aimé mon expérience de 4-5 jours mais je ne me vois pas me confronter à nouveau à toutes ces difficultés au risque de ne pas finir à nouveau. Mais je pense qu’il existe de multiples voies pour grandir et de toute évidence ce Goum m’a donné envie d’en explorer d’autres pour ne pas oublier de me nourrir régulièrement à la bonne source 😉

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